Maison de la vigne et des saveurs

12 novembre 2010

Francis Cabrel chantait « La dame de Haute-Savoie ». La Haute-Saintonge a des terroirs dont elle est fière. La plus grande communauté de communes de France (124 communes) s’est offert un pôle d’accueil viticole. Objectif : donner aux touristes l’envie de partir à la rencontre des producteurs.

« Ici, nous ne montrons aucun alambic ». De cette apparente lacune, Jean-Bernard de Larquier en tire motif de satisfaction. Si les touristes veulent voir des alambics, autant qu’ils se rendent chez les producteurs. Mais avant, la Maison de la Vigne et des Saveurs aura pu les introduire à la geste viticole. « Nous savons tous qu’il est plus facile à certains de pousser la porte d’un lieu collectif, où ils se sentiront plus à l’aise. »

Quand Claude Belot, le président de la Communauté de communes de Haute-Saintonge, a pu concrétiser l’idée d’une Maison de la Vigne et des Saveurs (dans les starting-blocks depuis au moins 5 ans mais qui butait sur l’acquisition d’un terrain), il a souhaité s’entourer d’un groupe de viticulteurs. A vrai dire, il n’a guère laissé le choix sur le nom du chef de fil : « Ce sera M. de Larquier. » C’est ainsi que Jean-Bernard de Larquier et deux de ses collègues, Daniel Gillet et Daniel Bossis, ont fait office de « consultants techniques ». Avec la collaboration du BNIC, du Comité du Pineau et d’autres interlocuteurs, le groupe s’est réuni régulièrement pendant trois ans. Les six derniers mois, les réunions s’enchaînaient au rythme un peu infernal d’une à deux fois par semaine. A marche forcée, le levé de rideau a bien eu lieu avant le début de la pleine saison touristique. Le 10 juillet, la Maison de la Vigne et des Saveurs a ouvert ses portes. Il s’agit d’un lieu composite où s’entremêlent plusieurs niveaux d’activités, pour des centres d’intérêts et des publics divers. En gros, la maison a été pensée pour deux types de publics : un public de passage, composé de touristes en quête d’informations rapides, de services à la minute ; et un public plus local, aux attentes forcément différentes. Plus spécialement dédié aux touristes, le rez-de-chaussée s’ouvre sur un espace de découverte – l’espace d’interprétation de la vigne et du vin – la boutique ainsi que sur l’antenne de l’office du tourisme du canton d’Archiac, rapatrié dans les murs. Le rez-de-chaussée compte également une salle média à accès internet gratuit, comme d’ailleurs tous les pôles d’accueil de Charente-Maritime. Depuis son ouverture, l’endroit ne désemplit pas, preuve qu’un besoin existe (jeunes d’Archiac et des environs, travailleurs mobiles…). Le premier étage, davantage tourné vers la cible locale, s’articule autour de trois espaces : une salle de dégustation, une cuisine « pédagogique » et une salle de conférence modulable. Car, à côté de la dimension touristique pure, l’autre plus-value du lieu va consister à proposer des animations, des ateliers à thèmes tout au long de l’année : initiation et perfectionnement à la dégustation, ateliers cuisine (voir encadré)…Quant à la salle de réunion, d’une capacité totale de 150 personnes, elle peut être modulée en deux espaces de 70 personnes (salle Petite-Champagne et salle Fins-Bois). Une cuisine « traiteur » – uniquement pour réchauffer les plats – lui est accolée. Le bâtiment, 100 % accessible aux personnes à mobilité réduite, chauffé au bois l’hiver, répond aux normes HQE (haute qualité environnementale). Tout en ayant bénéficié des aides régionales et européennes, le projet, d’un montant total de 2,8 millions d’€, a été totalement autofinancé par la communauté de communes, sans recours à l’emprunt. Il s’agit d’une pratique récurrente de la collectivité territoriale. « Que ce soit pour les Antilles ou la Maison de la Forêt de Montlieu, la communauté de communes n’a jamais souhaité endetter le citoyen sur de telles acquisitions », indique J.-B. de Larquier.

adhésion du territoire

A l’ouverture, 37 vignerons de Haute-Saintonge ont adhéré d’emblée à la structure et à son espace de vente, sur les 117 producteurs vendeurs-directs (plus une coopérative) recensés sur le territoire. A vrai dire, on y retrouve une bonne partie du « groupe des Carmes » de Jonzac, groupe qui a pu compter jusqu’à 50 personnes. Naturellement, la maison accueille à bras ouverts les nouvelles adhésions, à une condition près toutefois, qu’elles émanent exclusivement du territoire de Haute-Saintonge. C’est une condition sine qua non posée par le président Belot. « Les investissements de la communauté de communes doivent profiter aux ressortissants du territoire. » Pour les viticulteurs, l’adhésion annuelle s’élève à 70 € HT plus une commission sur les ventes. Car, dans l’idée, la Maison de la Vigne et des Saveurs vise l’auto-financement de ses frais de fonctionnement. Dans son espace vente, la maison ne propose pas que des produits liquides (vins, Cognac, Pineau, cocktail, liqueur, jus de raisin, pétillants, effervescents…). Véritable vitrine régionale, elle a souhaité intégrer la composante « saveurs ». D’où son nom. On y retrouve donc toute la panoplie des saveurs du cru : miel, safran, foie gras, rillettes, noisettes, truffes, confitures… Moins élevée que celle des viticulteurs, la cotisation annuelle « saveurs » s’élève à 15 € HT plus la commission. Par ailleurs, chaque viticulteur ou producteur « saveurs » s’engage à organiser au moins une journée d’animation dans l’année (plus si affinité). Histoire qu’en marge de l’espace boutique, le visiteur puisse rencontrer les producteurs.

le visiteur acteur de sa visite

centre_vigne_saveurs.jpg« Bluffant »… C’est le mot qui vient naturellement à l’esprit après la visite de l’espace d’interprétation. Ni musée ni parc d’attraction, c’est une proposition légère et fraîche, qui vient titiller l’imagination sans pesanteur excessive ; ni trop, ni trop peu. L’exacte mesure. « Le visiteur est acteur de sa visite, il fait comme il veut » se plaît à répéter la responsable de la maison. Signalons quelques belles idées comme la racine de vigne en coupe qui plonge loin dans le sous-sol charentais ou encore la « rosace » de douelles miniatures, que les enfants jouent à monter et démonter ; la musique du chai, de la distillerie, couleur, lumière, senteurs… Pour tout dire, une incursion très vivante dans l’univers du vin et du Cognac, où les enfants ont toute leur place. Sans doute faut-il y voir le fruit de l’expérience des vendeurs-directs impliqués dans le comité de pilotage : des enfants sages et occupés sont le gage d’une bonne visite des parents. Des larges baies vitrées du rez-de-chaussée ou de la terrasse de bois du premier étage, une vue imprenable s’étend sur le vignoble… de Grande Champagne (nul n’est parfait).

Pour abriter leur projet, les initiateurs avaient pensé, au départ, à une vieille maison. Ils n’en ont pas trouvé. Ils optèrent pour un bâtiment moderne mais avec tous les attributs régionaux, pierre, bois… Le bâtiment n’est pas grandiloquent mais harmonieux, à l’extérieur comme à l’intérieur. La seule véritable inquiétude porte sur le parking, manifestement sous-dimensionné par rapport à la jauge de la salle. Un problème patent mais encore sans solution faute de terrains disponibles.

Sur l’axe Cognac-Jonzac mais plus encore Périgueux-Royan, l’embranchement d’Archiac voit passer 6 000 véhicules/jour en période estivale. L’endroit paraît suffisamment stratégique pour espérer capter un vrai courant de fréquentation. Mais la finalité de la maison ne s’arrête pas à la période juillet-août. Elle est formatée pour vivre toute l’année. Son originalité vient de là : être un véritable outil œnotouristique, au service des locaux comme des gens de passage.

Ateliers à thème : le sel du vin
Sans ateliers à thème, l’œnotourisme perd de son sel. Une « mise en bouche » consubstantielle de l’activité.
Comment parler d’un vin ou d’un Cognac sans le déguster ? Quoi de mieux que de cuisiner un foie gras pour s’approprier sa cuisson et devenir, chemin faisant, un inconditionnel des palmipèdes gras. En matière de produits de bouche – comme dans beaucoup d’autres domaines d’aillleurs – l’étape de l’expérience semble incontournable. La Maison de la Vigne et des Saveurs a bien capté cette dimension. Elle propose des cours de dégustation et des ateliers culinaires. Les « hostilités » débutent le 9 octobre avec une dégustation de Pineaux, suivie, le 23 octobre, d’une dégustation de Cognac. Sylvain Lenhart, le sommelier chargé d’animer ces dégustations, a longtemps travaillé à Londres avant d’œuvrer à Royan.
Les cours de cuisine débuteront mi-novembre. De l’initiation au perfectionnement, ils seront animés par Jean-Jacques Belin, chef cuisinier depuis 40 ans. Passionné du Japon, où il se rend régulièrement, J.-J. Belin fut un proche de Bernard Loiseau. A la retraite, il est devenu consultant.
(Maison de la Vigne et des Saveurs : 05 46 49 57 11).

 

 

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