Chambre d’agriculture, acteur du territoire

10 octobre 2011

Après presque quatre ans à la tête de la Chambre d’agriculture de la Charente, Florent Morillon passe le témoin à Patricia Gaudry. Ensemble ils tracent le bilan d’activité et les perspectives d’avenir d’un établissement para-public départemental, acteur clé de la technique, de la formation et du développement, dans une période marquée par le désengagement de l’Etat et la montée en puissance des questions d’environnement.

Florent Morillon, durant ces quatre années, quels furent vos grands chantiers ?

p32.jpgQuand je suis arrivé à la Chambre, en novembre 2007, les élus m’assignèrent quelques dossiers prioritaires, dont celui de l’équilibre budgétaire de l’établissement. A l’époque, la situation n’était pas très confortable. En 2008, l’équipe de direction et moi-même présentâmes un plan de redressement basé sur une diminution des dépenses ainsi qu’une augmentation des recettes. La diminution des dépenses passa très classiquement par un mécanisme d’appel d’offre doublé de nouvelles règles de fonctionnement (redéfinition des postes). Sur un budget de 6,5 millions d’€, l’économie représenta au final plus de 400 000 €. Parallèlement, les recettes progressèrent d’environ 200 000 €. Alors que le budget s’était bouclé à – 160 000 € en 2007, il atteint l’équilibre en 2008 et finit à + 80 000 € en 2009. En terme de coût de fonctionnement « per capita » (rapporté au nombre de salariés) la Chambre d’agriculture de Charente affiche le coût le plus faible des quatre départements picto-charentais, grâce à une rationalisation des tâches. Ceci dit, l’établissement reste toujours sur « le fil du rasoir ». Il n’est jamais facile à un directeur « de tenir les cordons de la bourse », surtout lorsque l’objectif est de sauvegarder les emplois. En permanence il faut jongler avec les contraintes budgétaires fortes. Comme tout organisme de service, les frais de personnel représentent chez nous 70 à 75 % du budget. La Chambre d’agriculture de Charente compte une centaine de collaborateurs (97 exactement) contre un ratio moyen de 84 au niveau régional. Cette charge de personnel est un peu la résultante d’une agriculture charentaise extrêmement diversifiée, de l’élevage aux céréales en passant par la vigne, les légumes, les fruits à coques… En tout, la Chambre se déploie sur plus de 50 domaines d’activité. Cela participe à la richesse et à la complémentarité de notre territoire. Pour autant, il faut jouer serré, dans un contexte de désengagement de l’Etat. Nous l’avons bien vu avec l’installation des J.A., dont les fonds furent divisés par deux.

Dès votre arrivée, vous avez beaucoup misé sur la communication

J’avais ressenti un certain déficit de ce côté-là. La Chambre ne disait pas suffisamment ce qu’elle faisait. Elle s’était également un peu éloignée du terrain. En trois ans, l’opération « Agri-contacts » nous a permis de rencontrer plus de 2 000 exploitants. En 2008, un premier rapport d’activité fut édité. Nous avons aussi développé la formation. Dans le département de la Charente, la Chambre d’agriculture se classe aujourd’hui en tête des organismes de formation aux agriculteurs. Le temps de formation est passé de 140 à 280 jours et a concerné plus de 1 100 personnes, dans des domaines très différents, tant réglementaires que techniques. Un gros besoin de communication se dessine aussi à l’égard des non-agriculteurs. Je pense à la sécheresse et à la nécessité d’investir dans des réserves de substitution. Ce dossier se révèle très difficile à plaider. Nous devons l’expliquer aux non-agriculteurs, comme nous devons leur expliquer que l’agriculture biologique, aussi intéressante soit-elle, ne peut pas constituer le type de production unique. A ce compte, on ne pourrait nourrir que la moitié de la population française. Ce sont des choses qui doivent être dites. Même chose pour l’installation ou la problématique de l’emploi viticole. L’un comme l’autre représente de gros chantiers de communication. Beaucoup de travail reste à faire en la matière.

Patricia Gaudry, vous dirigiez jusqu’à maintenant le service Production végétale. En prenant la direction de la Chambre, vous élargissez votre domaine d’intervention. Dans quel sens allez-vous agir ?

Je ne veux pas présumer de la position des élus mais il est clair qu’un des challenges des années à venir tournera autour de l’environnement, du Plan Eco-phyto, du développement de l’agriculture durable et de la concertation de tous les acteurs autour de ces enjeux. Cela fait partie de notre mission que d’essayer d’instiller plus de cohérence dans les actions, en faisant la chasse au gaspi, aux phénomènes de redondances. Certainement, pourrait-on imaginer un portail internet commun entre les différents intervenants viticoles, BNIC, Chambre, IFV, afin que les professionnels sachent qui fait quoi. Privilégier le partenariat, c’est aussi sécuriser l’information et la valider. Notre but consiste à valoriser notre rôle d’accompagnement, de développement, de conseil, en jouant la complémentarité avec les autres acteurs.

Entre complémentarité et concurrence, la marge est parfois étroite

F. Morillon – Oui et non. Chacun connaît assez bien sa sphère de compétence, là où il est le meilleur. Travailler en complémentarité ne veut pas dire empiéter sur le territoire du voisin. Sinon, cela reviendrait souvent à ce que l’agriculteur paie deux fois pour le même service. Prenons l’exemple de la Chambre d’agriculture. La moitié de son budget est couverte par l’impôt. A ce titre, les agriculteurs ont déjà « pré-payés » un certain nombre de services, qu’ils ne doivent pas acquitter par ailleurs. Ainsi, à chacun son boulot. Aux syndicats le boulot de syndicats, aux Chambres le boulot de Chambre, à l’interprofession le boulot d’interprofession.

Florent Morillon, comment se sont passés ces quatre ans ?

Ils ont défilé très vite. C’est vraiment très enrichissant de travailler dans une Chambre d’agriculture, surtout dans un département comme celui de la Charente où vous passez d’un monde à l’autre, du monde des éleveurs à celui des viticulteurs. Moi qui ai mes racines ici, qui suis issu du monde rural, j’y ai trouvé un immense intérêt. En travaillant avec les élus, j’ai appris énormément de choses, de même qu’avec les représentants de l’Etat. De par ses réseaux, la Chambre est un peu à la croisée des chemins.

Et vous Patricia Gaudry, comment appréhendez-vous ces prochaines années ?

Déjà, en intégrant l’INAO Paris (auparavant P. Gaudry travaillait à l’Ofilval* où elle effectuait un pur travail de juriste) je me suis rapprochée des professionnels. L’intégration au pôle technique de la Chambre a élargi ma vision des choses. Ce fut extrêmement enrichissant. J’espère conduire un vrai projet collectif avec tous les partenaires de la filière.

Propos recueillis par Catherine Mousnier

* Filière élevage de FranceAgriMer.

 

 

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