Cercle d’échange : Le développement durable dans sa matrice

9 avril 2014

Que ce soit dans la mise en commun de moyens (échanges de matériel), l’emploi partagé (groupement d’employeurs), l’environnement (panneaux photovoltaïques, compostage, bois-énergie), les achats groupés ou les circuits courts (plateforme alimentaire), le développement durable s’inscrit dans la matrice des cercles d’échanges. Rencontre avec Frédéric Rouan et Pascale Croc, directeur et présidente du Cemes-Cesam 16-17.

 

 

p41.jpgOriginaire de Saumur, dans le Maine-et-Loire, Frédéric Rouan arrive en Charente-Maritime en 2000. Jusqu’en 2010, il travaille à l’ADASEA, comme chargé de direction. Après la dissolution de l’ADASEA, la Chambre d’agriculture 17 le recrute en tant que conseil en développement local sur le territoire de Haute Saintonge. Par ailleurs, le salarié de la Chambre est mis à disposition du cercle d’échange, où il occupe les fonctions de directeur.

Viticultrice à Thézac, Pascale Croc
exploite avec son mari Garry Charé 25 ha de vignes et une centaine d’ha de terres. En bio, ils produisent Pineau, Cognac, jus de raisin pasteurisé. Les deux associés travaillent avec une équipe de cinq salariés dont trois en CDI. Car un atelier prend une part croissante à la Ferme de l’Orée : celui des cultures légumineuses telles que lentilles, pois chiches et toutes les huiles produites à base de tournesol, colza, chanvre, lin, cameline. Les agriculteurs font partie du GIE des Paysans mouliniers des estuaires charentais, basé à Saint-Georges-de-Didonne. Le moulin extrait de l’huile en première pression à froid. Lors de la fusion du Cemes-Cesam, Pascale Croc a pris la présidence de la nouvelle structure.

Ils travaillaient déjà ensemble depuis pas mal d’années mais en 2011, le Cemes 17 et le Cesam 16 ont fusionné. Désormais, les deux cercles d’échanges ne forment plus qu’un. Le réseau déploie sa toile sur tout le territoire charentais, de la presqu’île d’Arvert à Montlieu et Montguyon en passant par les collines de Vars ou du Co-
gnaçais. Si le cercle d’échange a élargi son périmètre, il a aussi étendu son « champ des possibles ».

Loin est le temps où le cercle d’échange se contentait de mettre en relation deux agriculteurs pour optimiser l’utilisation du matériel (ce qui était déjà un concept assez audacieux). Après s’être révélé pionnier dans le domaine de l’emploi (les groupements d’employeurs), le cercle d’échange intervient désormais dans l’environnement, l’économie locale. Rien d’étonnant à cela. Le développement durable s’inscrit dans son ADN. Par ailleurs, il le fait à sa manière, par l’action de groupe.

Mutualisation du matériel

Association loi 1909 sans but lucratif (ni politique, ni syndical), le cercle d’échange a pour finalité première la mutualisation du matériel. A la différence d’une cuma qui possède son propre parc matériel, le cercle d’échange organise la circulation des ou-tils entre les adhérents, en fonction des besoins et des relations entre les uns et les autres. Au cœur du dispositif, les animateurs du cercle d’échange. Ce sont eux qui, avec leur base de données, connaissent les ressources existantes. Le cercle d’échange vit à travers eux. La tour de contrôle du Cemes-Cesam, son point fixe se trouve à Saujon. L’équipe se compose de trois animateurs (deux femmes, un homme), d’une secrétaire comptable et du directeur. Chacun est polyvalent.

Si, pour le matériel, le cercle édite tous les ans un tarif de location (en collaboration avec le réseau Trame), les adhérents s’en servent… ou pas. Ce tarif n’est qu’indicatif. « Nous ne margeons pas sur l’échange de matériel. Si les personnes veulent s’échanger gratuitement les outils, libre à eux. »

Un tarif d’adhésion à l’association d’un peu plus de 200 € par an ouvre droit à tous les services proposés par le cercle, sauf ceux du groupement d’employeurs (adhésion spécifique de 16 €).

Car le partage de moyens va bien au-delà du simple matériel. Il englobe la main-d’œuvre. Le réseau des cercles d’échanges l’a très vite compris. En 1999, il crée un groupement d’employeurs, Cemes emploi. Celui-ci compte à ce jour 370 adhérents et emploie 17 salariés en CDI. La viticulture arrive en tête des demandes. Sur les 17 salariés en CDI, les trois-quarts sont employés dans les vignes. Le groupement d’employeur fonctionne sur l’idée du temps partagé, de la complémentarité entre exploitations, en termes de taille et/ou d’activités culturales. Les tarifs pratiqués par le groupement d’employeurs se situent 50 c au-dessus de la grille du SMIC mais le groupement décharge de toutes les démarches. C’est lui qui emploie, lui qui s’occupe des formalités administratives. En 5-6 ans, l’activité de Cemes emploi a quasi doublé.

Le domaine de l’environnement

C’est d’abord par les panneaux photovoltaïques que le cercle d’échange a investi le domaine de l’environnement. En 2009, il propose aux adhérents de les accompagner dans leur pré-étude, le montage des dossiers, le suivi des projets. Sont ensuite venues se greffer les composantes Déchets verts, Bois énergie. Bref, tout ce qui concourt au développement de l’énergie renouvelable. « Pour fonder leurs recommandations, nos animateurs partent d’expériences concrètes doublées de la mise en commun d’un savoir-faire professionnel » souligne Frédéric Rouan.

Qui dit développement durable dit aussi économie de coûts. A travers le cercle d’échange, les adhérents pratiquent les achats groupés, de fuel, de compost, d’équipements de sécurité (chaussures…).

Sans doute attendait-on moins le cercle d’échange sur le terrain de la commercialisation. Pourtant le partage de débouchés participe lui aussi de la valorisation des ressources du territoire. Une approche transversale que défend avec conviction Pascale Croc. En 2009, le cercle d’échange a créé une plateforme alimentaire pour la distribution de fruits, légumes frais, pain, produits laitiers. Objectif ? Alimenter la restauration scolaire de la Cara (Communauté d’agglomération Royan atlantique) et, dans une moindre mesure, celle de Haute Saintonge. « A l’origine, indique la présidente, existait une demande des représentants
politiques. Nous, en tant que réseau, nous avons choisi de relever le défi. »

Le cercle d’échange coordonne l’action sur l’ensemble du territoire. A ce jour, une trentaine de producteurs participent au circuit court, en bio comme en non-bio. En 2012, 26 tonnes de produits frais furent ainsi livrées aux collectivités, lycées, cantines scolaires. Un autre réseau, le MOPS (Marennes Oléron produits saveurs), regroupant 5 producteurs, conduit la même démarche. Les deux bénéficient du soutien du Conseil régional, du Conseil général, de la Chambre d’agriculture.

Alors que le circuit court gagne du terrain, l’approche collective facilite la dimension commerciale, rend les débouchés plus
fiables et plus pérennes. Les producteurs peuvent se consacrer davantage à leur cœur de métier. Un cercle vertueux.

 

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