cave des Coteaux de l’Angoumois : « Nous sommes toujours vivants »

24 avril 2013

Une affirmation qui va bien au-delà de la simple allusion aux Vins de pays charentais. Lors des dernières vendanges, Jacques Mounier, président des Coteaux de l’Angoumois, a été victime d’un accident. Il est tombé d’une cuve alors qu’il travaillait à la cave avec d’autres collègues. « C’est un miraculé » disent ses amis. « Essayer de produire les meilleurs vins possible » et « retrousser ses manches » restent la philosophie des adhérents coopérateurs, plus soudés que jamais.

 

 

p20.jpgOn connaissait Jacques Mounier comme un homme affable. On peut dire que c’est un homme courageux. Un peu plus de cinq mois après son accident, il participait à l’assemblée générale de sa coopérative. Il y a présenté les chiffres, les décisions du conseil d’administration. Ce n’est qu’en toute fin de réunion qu’il s’est adressé à ses collègues, avec une grande pudeur, qui n’avait d’égale que son émotion. « Entre parenthèses, je vous remercie tous pour votre solidarité. La parole est à vous. Il ne faut pas avoir peur. Ce n’est pas facile de parler en public. Pour moi non plus. » Sa fille était présente dans la salle, elle qui a rejoint l’exploitation familiale.

Récolte des Sauvignon

En ce matin de septembre, alors que débutait la récolte des Sauvignon, plusieurs adhérents travaillaient à la cave. L’un s’occupait du pressoir, l’autre lavait. Jacques Mounier, lui, était monté sur une cuve fermer le robinet de l’échangeur. Un de ses collègues entend un bruit, voit des bottes et une casquette derrière la cuve. J. Mounier avait fait une chute de 4 m. « C’était impressionnant de le voir ainsi, sans mouvement » raconte Bernard Jacob, présent sur le site lors de l’accident.

Les réactions s’enchaînent très vite : appel des secours ; on glisse un coussin sous la tête de Jacques Mounier ; on stoppe le pressoir, dégage les tuyaux et la pompe ; quelqu’un part sur la RN 141 guetter les pompiers et le Samu qui arrivent dans un temps record. Aux urgences, on diagnostiquera un traumatisme crânien, les côtes et le bassin enfoncés, l’omoplate cassée, des vertèbres déplacées, de multiples contusions. Inutile d’insister sur le climat d’inquiétude qui règne à la cave et au sein de la famille pendant et après l’accident. « Nous avons eu très peur ».

Le 17 décembre 2012, le jour de l’assemblée générale, le soulagement se lisait sur tous les visages. Bien que très fatigué, Jacques Mounier était là, debout. Il a seulement précisé en souriant que « cette année, il ne faudrait pas trop compter sur lui ; ou alors pour surveiller les travaux et servir à boire. »

Un exercice bénéficiaire

Exercice 2011-2012 bénéficiaire pour la cave de l’Angoumois, qui a dégagé un résultat de 10 000 €. Après avoir servi la réserve légale à hauteur de 10 %, le conseil d’administration a décidé d’affecter les 9 600 € restants à des « provisions pour ristournes sur les résultats passés ».

Si, compte tenu de son chiffre d’affaires, la coopérative n’a pas d’obligation légale de recourir à un commissaire aux comptes, le conseil d’administration a néanmoins proposé de garder le sien, « ne serait-ce que vis-à-vis de nos collègues adhérents mais aussi de nos clients ». L’assemblée a procédé au renouvellement du tiers sortant. Ont été élus à l’unanimité moins une voix : Martine Guédon (Scea de Chez Maurin), Bernard Jacob et Alain Charrier.

Au cours de l’année 2012, la coopérative a réalisé un certain nombre de travaux : sanitaires, bardage de la façade. Comme à l’ordinaire, ces travaux furent réalisés par les adhérents eux-mêmes « en se retroussant les manches », expression chère à J. Mounier, reprise plusieurs fois.

Sur la récolte 2012, c’est Olivier Chapt, l’œnologue de Gensac-Œnologie, qui a suivi l’ensemble des vinifications de la cave, comme il l’avait déjà fait en 2011. A la mi-décembre, les vins, justes collés, n’étaient pas prêts à la dégustation mais l’œnologue a évoqué un bien meilleur millésime qu’en 2011.

En terme de couleurs, la cave a procédé à une diversification assez marquée. Elle a notamment élaboré un gros volume de rosé, à l’expression aromatique ample, très tannique, un peu dans l’esprit du rosé clairet bordelais. Une partie importante de ces vins rosés, vendus en vrac, iront compléter l’approvisionnement d’un opérateur.

« Nous essayons de faire les vins les meilleurs possible » a souligné avec conviction et chaleur le président de la coopérative.

Si la cave possède « une belle batterie de cuves thermo-régulées », lui manque des garde-vins. « Un point clé, a noté l’œnologue. Nous devons éviter à tout prix les cuves en vidange et l’inertage en gaz ne suffit plus. »

« Des outils qui vous appartiennent »

Thierry Jullion, président de la commission promotion du Syndicat des producteurs de Vins de pays charentais, assistait à la réunion. Il a enjoint la cave de s’emparer des outils de communication. « C’est pour vous qu’ils ont été créés. » « Si nous voulons être reconnus, il faut occuper l’espace médiatique. C’est comme ça que progressera la notoriété de nos vins. »

La question de la visibilité des Vins de pays charentais est venue tout naturellement. Car qui dit moins de volumes, dit moins de consommateurs et donc moins de moyens pour communiquer. C’est un peu le serpent qui se mord la queue. Comment enrayer cette spirale ? « En ce moment, le Cognac aspire tout. Mais n’ayons pas la mémoire trop courte. La roue tourne. Ce serait trop dommage d’arrêter. Que de temps perdu ! » « Sauf que les producteurs vieillissent et que, derrière, personne ne veut reprendre » a réagi spontanément la salle. « Ce sont les jeunes qu’il faut convaincre, pas nous. »

« Peut-être avons-nous donné le mauvais exemple à nos enfants ? Peut-être avons-nous trop travaillé, mal travaillé » s’est interrogé l’intervenant. « Nous avons surtout oublié de transmettre une chose : l’amour du travail bien fait, a relevé Jacques Mounier. Il faut éprouver du plaisir à travailler ses vignes, ses vins pour arriver à sortir de bonnes choses. Et ça, ça ne se commande pas. Il y a tellement plus de personnes attirées par l’appât du gain, la rentabilité immédiate. » Des propos forts, qui sonnaient vrais, sans esprit d’animosité.

Les chiffres 2011 de la cave
Cépages Surfaces Rendement  moyen/ha
Merlot 12,33 ha 61 hl vol.
Cabernet 6,11 80
Sauvignon 5,43 80
Chardonnay 2,40 56
Pinot noir 0,80 70

 

 

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