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CARC : Vers De Nouveaux Horizons

24 février 2009

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M. Jean-Paul Auboin, le directeur de la CARC.

L’assemblée générale de la Coopérative de la région de Cognac s’est déroulée dans le courant du mois de décembre à l’issue d’un exercice 2005-2006 satisfaisant. La coopérative, dont le siège est désormais implanté dans la zone industrielle du Mas-de-la-Cour, continue de faire preuve de dynamisme et de réalisme économique pour faire face à un marché des céréales de plus en plus fluctuant. M. Jean-Paul Auboin, le directeur de la CARC, nous a fait part de ses réflexions sur le déroulement de cet exercice et sur les éléments qui interfèrent sur la commercialisation des céréales.

« Le Paysan Vigneron » – Comment s’est déroulé l’exercice 2005-2006 de la coopérative ?

Jean-Paul Auboin – La coopérative vient de vivre un exercice de transition suite au déménagement dans la zone industrielle du Mas-de-la-Cour, au lancement de la nouvelle activité Ecovigne et à la réorganisation interne de l’entreprise. Les changements intervenus durant cet exercice sont importants mais le retour sur investissement que l’on peut en attendre ne s’est pas encore fait réellement sentir. L’activité Ecovigne n’a réellement démarré qu’au printemps dernier, à une période où le pic des besoins et des achats en matière d’accessoires de palissage était déjà passé. Ensuite, la suppression du magasin central de réception des produits phytosanitaires nous a obligés à mettre en place une organisation logistique pour assurer des livraisons directes dans les différents silos et sur le site de Juillac-le-Coq. L’augmentation des charges liée à toutes ces évolutions à marqué l’exercice.

« L.P.V. » – L’équilibre économique de la CARC a-t-il été affecté par toutes ces évolutions ?

J.-P. A. – Si l’exercice à certes était plus tendu, il n’y a cependant aucune inquiétude à avoir. Un certain nombre de charges administratives nouvelles et non amortissables liées en particulier au déménagement ont pesé sur notre résultat mais sans toutefois le rendre préoccupant. L’activité de la coopérative au niveau de ses deux secteurs d’activité essentiels, les approvisionnements et la collecte de céréales, est marquée par une croissance alors qu’au niveau régional le marché global est plutôt baissier. Les projets et les investissements que nous avons réalisés sont un gage de développement pour l’avenir à moyen terme.

« L.P.V. » – Quelle est l’évolution des ventes approvisionnements auprès de vos adhérents ?

J.-P. A. – Au niveau de ce secteur d’activité, nous avons réalisé un très bon exercice puisque le chiffre d’affaires a progressé de 3,5 % alors que le contexte climatique était plutôt propice à une réduction d’utilisation des intrants. Cela est dû à deux éléments majeurs, l’augmentation significative des ventes d’appros vigne et les tout premiers effets du démarrage de la branche Ecovigne. L’augmentation des surfaces des exploitations viticoles et les services apportés par les techniciens sur les plans technique et réglementaire ont contribué à nous faire gagner des parts de marché. Culturellement, les appros vigne représentent le cœur de marché de la coopérative et les adhérents sont apparemment réceptifs au savoir-faire que nous mettons en œuvre. Cela ne veut pas dire que nous nous désintéressons des appros sur les céréales qui contribuent aussi à la stabilité économique de l’entreprise. D’ailleurs, au cours du dernier exercice, nous avons aussi pris des parts de marché au niveau de ce secteur d’activité.

« L.P.V. » – Comment a évolué la collecte céréalière de la coopérative au cours du dernier exercice ?

J.-P. A. – La collecte au niveau des céréales et des oléagineux a été stable alors que celle des maïs a enregistré une diminution significative en raison de la climatologie. Les effets associés de la sécheresse et les restrictions d’irrigation ont pénalisé les rendements et la rentabilité de cette culture. Au global, le chiffre d’affaires des céréales baisse de 2 % en raison de la baisse des prix unitaires des céréales. Dès le début de la campagne on a assisté à une baisse des prix et ensuite les cours se sont stabilisés à des niveaux relativement bas. La commercialisation des céréales devient de plus en plus difficile à aborder du fait des brusques retournements de marché dont l’origine n’est pas essentiellement liée à des éléments rationnels.

« L.P.V. » – Quelles sont les perspectives de marché au niveau des oléagineux ?

J.-P. A. – Au niveau des oléagineux, on constate que le débouché énergétique a créé un appel d‘air pour le colza et les tournesols oléiques. La perspective de la mise en place d’usines opérationnelles pour élaborer des biocarburants va générer de nouveaux besoins qu’il conviendra d’être en mesure d’approvisionner. Pour satisfaire cette nouvelle demande d’oléagineux, il va falloir produire beaucoup plus de graines et on risque d’être confronté à des problèmes techniques majeurs. Les disponibilités en surface, la gestion des assolements, la lutte contre de nouvelles adventices (l’Orobanche) et une pression environnementale accrue représentent de véritables préoccupations auxquelles la profession va être confrontée.

« L.P.V. » – Le marché des céréales à paille est soumis à une forte instabilité ?

J.-P. A. – Il y a un certain nombre d’éléments concrets comme l’augmentation de la consommation, la diminution des stocks, la baisse de production dans les grands pays exportateurs (les USA et l’Europe), la diminution des surfaces cultivées (déprise agricole), l’extensification des cultures en raison des contraintes environnementales qui plaident en faveur d’une remontée des cours. Certains grands pays émergents comme la Chine et l’Inde, qui connaissent un développement économique rapide, créent de nouveaux besoins. On assiste dans les grands pays producteurs de céréales à une baisse des disponibilités pour l’alimentation en raison de la mise en place de filière de production d’éthanol qui logiquement prennent des surfaces. La baisse des disponibilités en céréales alimentaires est aujourd’hui une réalité qui a provoqué une remontée des cours. Cette tendance de marché haussière va-t-elle se pérenniser dans le moyen terme ? Les nombreux revirements du marché que nous avons connus depuis quelques années m’amènent à être assez prudent sur ce sujet.

« L.P.V. » – Comment expliquez-vous que les cours des céréales aient fluctué aussi fortement depuis quelques années ?

J.-P. A. – Il n’est pas anormal que les cours des céréales soient supérieurs à ceux des dernières années sans pour autant penser obtenir durablement des prix très élevés. Du blé vendu à 162 €/t n’est pas le reflet réel de la seule demande du marché mais plutôt la conséquence de cet élément associé à des spéculations financières. Il faut se rendre compte qu’au-delà la réaction naturelle du marché aux variations de l’offre et de la demande, viennent s’ajouter des phénomènes de spéculations qui amplifient les choses à la hausse comme à la baisse. Lorsque le marché commence à être dans une phase haussière, des fonds de pensions spéculent en achetant des lots et en raréfiant l’offre pour faire grimper les cours, et ces mêmes acteurs sont aussi les premiers à se désengager dès que les cours manifestent les premiers signes de faiblesse. Des arbitrages existent sur le marché à terme Euronext avec le système des options (un principe d’assurance des cours), mais le coût de ces prestations ampute sérieusement les marges. Les latitudes financières dégagées par la commercialisation des céréales ne sont pas suffisantes pour justifier l’adhésion à de tels systèmes. La commercialisation des céréales devient un métier difficile et il faudra peut-être s’habituer à des fluctuations de cours de 30 à 40 % d’une campagne à l’autre.

« L.P.V. » – La CARC est-elle partie prenante dans le projet d’usine biocarburants à La Rochelle qui fonctionnera à partir de la transformation de graines de colza ?

J.-P. A. – La coopérative s’intéresse beaucoup à toutes les démarches qui sont susceptibles d’assurer le développement de cultures générant de la plus-value aux agriculteurs. C’est pour cette raison que le conseil d’administration a pris la décision au mois de juillet dernier de prendre des parts dans la société Holding Agro. Invest de la Sica de La Pallice qui porte le projet du site pilote d’usine de biocarburants à partir d’ester éthylique de graines de colza. Cette démarche novatrice qui va être développée, a été mise au point par l’équipe de chercheurs de Valagro, il y a quelques années. La production de biodiesel avec ce procédé présente de nombreux avantages au niveau de la qualité du carburant et de ses conditions d’élaboration en phases avec les attentes actuelles de l’environnement. Toute la spécificité de l’approche repose sur la mise en œuvre du processus d’estérification directement au niveau des graines de colza et non pas à partir d’huile. Il n’est plus nécessaire d’utiliser des produits chimiques (l’hexane) pour extraire l’huile au moment de la phase de trituration. Ce principe d’estérification avec de l’alcool éthylique en remplacement de l’alcool méthylique est donc beaucoup plus respectueux de l’environnement. La faisabilité de cette nouvelle méthode de production de biodiesel a été validée sur le plan scientifique par l’équipe de Valagro et elle va maintenant trouver son champ d’application avec la construction de l’usine de La Pallice.

« L.P.V. » – Dans quel délai l’usine de production de biodiesel sera-t-elle opérationnelle ?

J.-P. A. – Les instances politiques ont donné leur accord pour l’implantation d’une unité de 10 000 t qui doit en quelque sorte confirmer la pertinence du procédé sur le plan industriel avant de développer une production à plus grande échelle. Cette première implantation sera mise en place dans les 18 mois à venir et on peut penser que la production de biodiesel à La Rochelle sera opérationnelle à la fin de l’année 2008.

« L.P.V. » – La coopérative s’est-elle engagée dans d’autres projets d’utilisation des céréales à des fins industrielles ?

J.-P. A. – Effectivement, notre volonté est d’essayer de saisir toutes les opportunités dans ce domaine et par l’intermédiaire de l’Union Entente (l’union de commercialisation des céréales), nous sommes rentrés dans le capital de la société Futuramat qui fabrique des matières premières biodégradables, des poches plastique, des pièces de plasturgie… C’est un créneau de marché en forte expansion qui fait appel à des technologies de pointe et à une matière première d’origine végétale. Cette entreprise située à Vouneuil-sous-Biard a souhaité nouer des contacts avec des acteurs régionaux de la filière de production céréalière et nous avons adhéré à ce projet au même titre que d’autres coopératives. Pour l’instant, les besoins en approvisionnement de céréales reste faible car la structure industrielle est en phase de création. Nous avons aussi noué d’autres contacts avec des industriels qui étaient à la recherche de graines de lin. Depuis deux ans, nous avons introduit cette nouvelle culture de façon contractuelle auprès des adhérents et les rendements de la récolte 2006 ont été plutôt encourageants.

« L.P.V. » – Le contexte de marché des céréales très fluctuant modifie-t-il fondamentalement la gestion économique et financière de la coopérative ?

J.-P. A. – Il est indéniable que les fluctuations de marché des céréales et des oléagineux nous ont amenés à mettre en place une approche de gestion de l’entreprise différente qui a montré toute son efficacité au cours des dernières années. Les prises de risques au moment de la commercialisation deviennent de plus en plus importantes et nous devons nous efforcer d’en minimiser les conséquences au niveau de la coopérative et de ses adhérents. Cela nous a amenés à être plus professionnels dans de nombreux domaines et depuis l’année dernière la coopérative est certifiée ISO 9001 et Agri-Confiance pour 25 adhérents (des céréaliers et des viticulteurs).

La force de l’entreprise réside dans l’importance du secteur approvisionnement lié à notre enracinement dans le milieu viticole. Dans ce domaine, nous faisons beaucoup d’efforts pour proposer à nos adhérents une information juste sur le plan réglementaire et des solutions techniques toujours plus rationnelles. La gestion des itinéraires culturaux va devoir intégrer à la fois des aspects techniques et aussi le coût énergétique de la production. La notion d’efficacité énergétique d’une culture est en quelque sorte le bilan entre l’investissement énergétique nécessaire à la maîtrise d’une production et l’énergie réellement dégagée. Nous développons aussi depuis deux ans sur le secteur de Rouillac des suivis culturaux innovants en utilisant le système Farm Star. Le principe de cette méthode repose sur un suivi annuel des cultures par des photos satellites qui permettent d’ajuster les fumures et les approches de protection phytosanitaire de manière différenciées d’un îlot à l’autre et même à l’intérieur d’une grande parcelle. Après deux années de test, plus de 500 ha de céréales vont être suivies en 2007 avec le système Farm Star.

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