Baptiste Loiseau, le nouveau « nez » des cognacs Rémy Martin

11 juin 2014

Baptiste Loiseau a pris les fonctions de maître de chais de la maison Rémy Martin en faisant preuve à la fois d’humilité et de sens des responsabilités. Accéder à ce poste d’expert qualité à seulement 34 ans est un fait rare dans le monde du Cognac, mais l’homme a eu un parcours brillant qui n’a pas échappé aux dirigeants de la maison Rémy Martin. La transmission des « clés du trésor » des chais Rémy Martin s’est déroulée dans un climat de grande sérénité au cours des trois dernières années, sous la tutelle de
Pierrette Trichet. Désormais, la responsabilité d’expert qualité a été confiée à un nouveau « nez », qui travaille cette année seul sur la conception de la prochaine coupe de Louis XIII.

 

 

p42.jpgLe remplacement d’un maître de chais est un événement de première importance dans cette société de dimension mondiale, où la qualité des produits représente un enjeu majeur et stratégique. La fonction du maître de chais des Cognacs Rémy Martin a conservé toute la plénitude de l’expertise qualité au niveau de la filière de production, de la récolte des raisins à la préparation finale des qualités commerciales, juste avant la mise en bouteille. Bien qu’en interaction avec les démarches d’achats d’eaux-de-vie, elle en est complètement dissociée, ce qui apporte une véritable caution à la mission de responsable de la qualité. Prendre la succession de Pierrette Trichet est sans aucun doute une lourde responsabilité car Mme le maître de chais a vraiment marqué son passage. Elle a réussi à s’imposer dans un milieu où les hommes ont régné sans par-tage depuis toujours.

Pierrette Trichet et Baptiste Loiseau, deux personnalités assez semblables

Sous l’impulsion de Dominique Hériard Dubreuil, la société Rémy Martin a été la seule grande maison de Cognac à choisir de confier en 2003 la fonction de maître de chais à une femme, et c’était une grande première dans l’univers du monde du
Cognac. Aujourd’hui, la prise de fonction de B. Loiseau est également un événement hors norme du fait de sa jeunesse, de son cursus et surtout des conditions exceptionnelles de transmission des savoirs avec Pierrette Trichet. Aux dires des deux maîtres de chais qui « se pratiquent » au quotidien depuis sept ans, le partage des savoir-faire maison s’est déroulé dans un climat de générosité rare. Les personnalités de P. Trichet et B. Loiseau sont assez semblables, deux personnes passionnées par le produit, par la recherche permanente de qualité et ayant le souhait de connecter les connaissances fondamentales à la réalité. Lorsque, à la fin des années 2000, P. Trichet a fait part à l’équipe de direction de son souhait de quitter ses fonctions d’ici quelques années, on lui a tout de suite demandé de penser à organiser sa succession. Le jeune ingénieur-conseil recruté depuis quelques années lui semblait avoir toutes les capacités potentielles pour accéder à cette fonction.

Des années de recherche valorisées par des années de dégustation

Après 38 ans de carrière dans la société, P. Trichet a estimé qu’il était temps de passer la main. Le travail dans le laboratoire Rémy Martin de recherches et d’expérimentations sur la mise en œuvre des raisins, l’élaboration des vins, la distillation, le vieillissement des eaux-de-vie a été un challenge très intéressant. Les recherches avaient un seul objectif : comprendre les aspects fondamentaux des choses pour mieux maîtriser la qualité. Le fait de corréler les arômes à des marqueurs analytiques et de chercher une application qualitative sur les procédés de vinification, de distillation et de vieillissement a été une belle aventure scientifique. Son intégration à la commission de dégustation en 1993 a été un tournant dans sa carrière, qui lui a révélé un nouvel aspect des choses dans la connaissance du produit.

L’un des devoirs d’un maître de chais, c’est d’organiser sa succession

p43.jpgÀ partir de ce moment-là, P. Trichet a eu le sentiment de valoriser les connaissances qu’elle avait acquises durant plus de 15 ans dans le laboratoire : « Ma carrière au sein de la société Rémy Martin peut se résumer en deux grandes périodes : 17 ans de recherche sur le Cognac grâce à la démarche de visionnaire de M. André Hériard-Dubreuil, et ensuite une immersion profonde dans le produit par la dégustation. Devenir maître de chais ne m’avait jamais traversé l’esprit jusqu’au moment où Georges Clot est venu me dire : pourquoi tu ne postules pas ? J’avoue que déguster quotidiennement des dizaines d’échantillons d’eaux-de-vie nouvelles, des rassises et aussi des qualités commerciales m’a réellement passionné depuis 20 ans. Cela m’a permis de devenir actrice de mon activité. Le métier de maître de chais ne s’improvise pas. On ne naît pas maître de chais, on le devient en travaillant beaucoup. Aussi, quand j’ai décidé d’envisager d’arrêter ce beau métier, j’ai considéré que l’un des devoirs d’un maître de chais est d’organiser sa succession dans les meilleures conditions. B. Loiseau était certes jeune mais j’avais perçu chez lui une passion pour le Cognac rare. Sa capacité à déguster souvent et son état d’esprit très demandeur de connaissances sur le produit m’ont interpellée. Il avait également un cursus très solide, une expérience dans l’univers du vin et une aptitude à nouer le dialogue avec simplicité qui m’a semblé pouvoir apporter quelque chose de plus. Finalement, j’ai considéré que sa jeunesse était secondaire car la compétence était là. Dès que nous avons commencé à travailler ensemble, les bonnes impressions que j’avais eues se sont confirmées. Très vite, une complicité s’est nouée pour comprendre, connaître et toujours aller plus loin dans la valorisation de la qualité des produits. Je considère qu’il est aujourd’hui prêt pour assumer seul l’expertise qualité des Cognacs Rémy Martin. »

Un adolescent déjà fasciné par les alambics et l’ambiance des distilleries

Cette fonction unique et prestigieuse n’était pas pour B. Loiseau un objectif professionnel il y a encore 10 ans. Par contre, travailler au sein de l’univers de production du Cognac de la maison Rémy Martin représentait une ambition qui s’est concrétisée suite à plusieurs concours de circonstances. Au début des années 2000, il a fait le choix de suivre une formation supérieure d’agronomie et d’œnologie pour mieux « nourrir » sa passion du vignoble charentais et des eaux-de-vie. Cognaçais d’origine mais pas du tout issu de l’univers viticole, rien ne le prédestinait à faire carrière dans le Cognac, sauf qu’il a été littéralement aspiré par les arômes et les effluves du vin et des eaux-de-vie. Enfant, il a mis très tôt les mains dans la terre grâce à ses grands-parents qui étaient maraîchers à Crouin. Il a grandi dans les serres et, tout de suite, a aimé observer le développement des plantes. Adolescent, grâce à des amis de la famille, la découverte des alambics l’hiver l’a littéralement fasciné. L’appareil aux allures vieillottes devenait magique quand les odeurs envahissaient les distilleries et les hommes parlaient si bien de leurs vins, de leurs eaux-de-vie et du vignoble. Le jeune homme a été interpellé par la passion avec laquelle les bouilleurs de crus vivaient leur métier, travaillaient la qualité des eaux-de-vie et par les relations étroites qu’ils entretenaient avec les équipes de la société Rémy Martin. Le brillant élève qu’il était s’est découvert un centre d’intérêt majeur qui a été le fil conducteur de son cursus d’étude et ensuite de sa carrière professionnelle.

La découverte des vignobles d’Afrique du Sud et un regard permanent sur Cognac

Le Bac en poche, B. Loiseau a intégré l’école d’agronomie de Paris-Grignon, avec déjà le souhait de faire une spécialité œnologie en 3e année à Montpellier. La découverte de l’univers de la vigne et du vin dans les différentes régions viticoles a conforté sa vocation dans le milieu. La filière vigne et vin l’a littéralement aspiré, comme en témoignent ses propos : « En allant suivre le cursus de 3e année à Montpellier, j’ai réellement commencé à plonger dans l’univers de la vigne et du vin. En Bourgogne, en Champagne, dans le Midi, j’ai vu beaucoup de productions différentes et rencontré des vignerons toujours passionnés qui m’ont convaincu de découvrir plus en profondeur leur milieu. En mettant les mains dans les raisins, j’ai pris pleinement conscience de la notion de vision globale d’un vin de qualité. Les premières vendanges en 2003 au château de France en Gironde ont été pour moi très formatrices. J’ai terminé mon cursus d’étude en partant en Afrique du Sud durant 6 mois. Ce périple fut une expérience unique et très riche sur les plans professionnel et humain. » Malgré cette envie de découvrir les vignobles du nouveau monde, B. Loiseau ne perdait pas de vue son terroir natal puisque le thème de son stage de fin d’étude (effectué à la Station viticole du BNIC) a été consacré aux recherches sur les arômes des eaux-de-vie nouvelles (grâce à l’olfactométrie). Les premières immersions dans l’univers professionnel lui ont fait percevoir que la carrière de recherche à laquelle le destinait sa formation était trop déconnectée des réalités de terrain qu’il avait découvertes et beaucoup appréciées. L’opportunité d’un séjour en Nouvelle Zélande ne l’avait pas détourné de la région de Cognac.

Un premier emploi à la Station viticole et l’opportunité d’un poste chez Rémy Martin

L’opportunité d’un premier emploi à la Station viticole du BNIC pour conduire des recherches sur l’amélioration qualitative des eaux-de-vie le fait revenir en 2005 à Cognac et c’est là que tout s’accélère. B. Loiseau n’a pas la vocation d’être un homme de laboratoire qui consacre tout son temps à la recherche fondamentale. Son souhait serait d’une part de faire du conseil de terrain en cherchant à créer des passerelles entre le fondamental et les réalités du vignoble, des chais et des distilleries, et d’autre part de continuer à cultiver les pa-
pilles de son palais en dégustant le plus souvent possible des eaux-de-vie. La chance lui sourit puisque la société Rémy Martin souhaite recruter un ingénieur-conseil pour renforcer les relations techniques de la maison auprès des bouilleurs de crus et des distillateurs. Le jeune homme postule et, bien sûr, son CV ne laisse pas indifférent.

Un poste d’ingénieur-conseil qui « lui colle à la peau »

Le poste d’ingénieur-conseil « lui colle à la peau » surtout au sein de la maison Rémy Martin. Son rêve d’adolescent vient de se réaliser et en plus il a la possibilité de faire le métier qui lui plaît : « Dès mon arrivée dans l’entreprise en août 2007, j’ai été fasciné par l’état d’esprit au sein de la maison Rémy Martin, le respect réciproque entre les personnes, l’envie de travailler la qualité ensemble et la vision à long terme du produit. J’ai tout de suite adhéré au projet de travail qu’on me proposait et le fait d’être sous la tutelle de Pierrette Trichet s’est révélé être une chance unique. Elle m’a permis d’intégrer tout de suite la commission de dégustation pour me former tous les jours. Ma mission était de resserrer les liens entre la maison et les bouilleurs de crus en allant les rencontrer chez eux, dans leurs chais de vinification et dans leurs distilleries. Dès le début de la campagne 2007, j’ai passé beaucoup de temps à déguster avec P. Trichet pour comprendre le style d’eaux-de-vie de la maison. Elle a été d’une générosité rare avec moi, en prenant le temps de me faire découvrir et comprendre le style d’eaux-de-vie nouvelles recherchées par Rémy Martin. Je me suis littéralement passionné pour cet univers des eaux-de-vie en dégustant pour appréhender les notions de qualité, la non-qualité, le style Rémy Martin et aussi les autres typicités. La première année, durant les visites chez les bouilleurs de crus, j’écoutais beaucoup leurs réflexions, leurs attentes. Les échanges étaient riches et constructifs, et leur implication dans la recherche qualité était permanente. »

Une dégustation inoubliable des nectars de Grande Champagne

Le jeune ingénieur-conseil a exploré les crus de Grande et Petite Champagne avec une grande implication et un sens de l’humilité qui a éveillé l’attention et l’intérêt de P. Trichet. La suite de l’histoire est forcément belle. Un jour, B. Loiseau est convié à une dégustation des plus vieilles Grandes Champagnes stockées dans les chais de Merpins ; à sa grande surprise, il se retrouve en tête à tête avec P. Trichet. B. Loiseau garde un souvenir ému de ce rendez-vous : « Sur le moment, j’ai tout de suite perçu que cette invitation à partager les nectars des chais Rémy Martin n’était pas anodine. Quelle chance j’avais de pouvoir déguster des verres aussi grandioses avec P. Trichet ! C’était à la fois sublime, fort humainement et très impressionnant. Les deux heures de travail pour qualifier la structure qualitative d’échantillons aussi sublimes m’ont paru très courtes. A l’issue de cette dégustation mythique, j’ai pris conscience d’une part du travail énorme des générations précédentes pour distil-ler et élever d’aussi belles eaux-de-vie, et d’autre part de l’importance des responsabilités des hommes dans la révélation du potentiel de qualité des eaux-de-vie de Cognac. Cet événement a été un des éléments déclencheurs d’une nouvelle accélération de ma carrière professionnelle que ne j’avais pas imaginé. Allais-je être à la hauteur des responsabilités que l’on me proposait d’assumer d’ici quelques années ? C’était pour moi un nouveau challenge dans lequel je me suis totalement investi. La transmission de P. Trichet au cours des trois dernières années a été tout à fait exceptionnelle. Elle m’a tout donné et je lui en suis infiniment reconnaissant. »

 

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