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Aux agriculteurs « qui vont de l’avant »

15 mars 2009

banque_pop_9_opt.jpegDepuis près de quinze ans, la Banque populaire s’est fait une spécialité de récompenser l’esprit d’entreprise dans les secteurs de l’agriculture, de l’artisanat ou de la pêche. Moment convivial où se retrouve souvent promue cette capacité à « rebondir » qui fait la différence.

 

Quand l’échec ne tue pas, il renforce… Cette conviction populaire, la banque du même nom semble la partager. A la Chambre d’agriculture d’Angoulême, le mardi 20 novembre, sur les quatre dossiers sélectionnés*, deux aux moins témoignaient de cette capacité à rebondir. Maraîcher à Champagne-Vigny, Thierry Bonneau débute son activité il y a vingt ans avec quatre ou cinq variétés de légumes, qu’il livre à la coopérative maraîchère. Mais la réforme de la PAC et une chute des prix l’obligent à se remettre en cause. En 1995, il part sur un nouveau pied. Il élargit sa gamme à 70 variétés différentes, produit des plants de légumes et des fleurs à couper, se taille un certain renom dans les cucurbitacées (citrouilles), redécouvre des variétés de tomates anciennes. Parallèlement, il se lance dans la vente directe à la propriété et sur deux marchés, Angoulême et La Rochefoucault. Il ouvre un site internet : www.bonneau.maraîcher. Son épouse revient sur l’exploitation. Aujourd’hui, l’entreprise emploie deux salariés permanents et des occasionnels durant les mois d’été. En tout, l’exploitation fait vivre six personnes. Un grand projet anime le couple pour l’année 2008 : rien moins que de changer de site d’exploitation. L’idée est de déménager avec armes et bagages dans le Confolentais, sur une propriété de 15 ha où deux étangs naturels permettront de ne plus recourir à l’eau de l’adduction. « Nous repartons de zéro » note Thierry Bonneau. En perspective, la construction d’un ha de tunnel (contre 5 000 m2 de serres toilées aujourd’hui) et la volonté de creuser le sillon de l’agriculture durable. Déjà le désherbage concerne seulement 15 % de la production et des espèces sensibles comme les épinards, salades, mâches en sont totalement exemptes.

cognac casher et atelier de distillation

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Joël Turcot devant les bacs de refroidissement de ses eaux de distillation.

Le cas de Joël Turcot témoigne lui aussi de cette capacité à ne pas s’arrêter à la première difficulté. En 2002, confronté aux difficultés du marché du Cognac, ce viticulteur de Sainte-Sévère (16) se lance dans la production de cassis. Dans le cadre d’un CTE, il en plante six ha, en culture bio, sous contrat avec une coopérative de la région nantaise. La réussite lui sourit les deux premières années mais les choses se gâtent au bout de la troisième, sous l’effet de la concurrence des pays de l’Est. « La quatrième année, il aurait fallu le donner. » Il arrache ses cassis. En 2005-2006, se présente à lui l’opportunité de distiller du Cognac casher sur l’exploitation. Il la saisie. Que za quo ? Qui dit production casher dit suivi de tous les stades de l’élaboration par des personnes déléguées sur place par le Rabbinat, en l’occurrence le Rabbinat de Bordeaux. Car, à partir de la vinification et jusqu’à la mise en bouteilles, ne peuvent intervenir sur le lot de vin dûment réservé à la production de Cognac casher – scellé par un cachet spécifique – que des personnes de confession israélite, en général un chef d’équipe et des occasionnels. Le rôle du viticulteur consiste à entourer de ses conseils les intervenants. A noter que l’exploitation Turcot ne constitue pas un cas unique de fabrication de Cognac casher dans la région délimitée. Sur ces entrefaites, l’exploitation viticole s’agrandit, concomitamment à l’arrivée du fils. Le Gaec de la Grelière monte une nouvelle chaudière, augmentant ainsi sa capacité de distillation. Pourquoi ne pas aller au bout de la démarche et valoriser le savoir-faire de distillation en devenant bouilleur de profession ? Une nouvelle chaudière de 25 hl est installée, portant à trois le nombre de chaudières (une de 20, deux de 25). Au prix d’un gros effort, l’exploitation se dote d’un site aux normes et d’une série d’équipement : protection incendie, récupération des vinasses, groupe de froid, bacs de refroidissement des eaux de la pipe en circuit fermé, permettant d’économiser 75 % de l’eau… A côté du Gaec, les Turcot père et fils créent une SNC (Société en nom commercial) de distillation à façon.

C’est Jacques-Michel Taraud, chargé de clientèle agricole à l’antenne de Cognac de la Banque populaire Centre Atlantique, qui a présenté le cas de Joël Turcot, quelqu’un qu’il connaît bien. Ancien salarié du CER Charente, J.-M. Taraud avait l’exploitation Turcot dans son portefeuille. A noter que le viticulteur de Sainte-Sévère n’est pas client de la Banque populaire. « Pas encore » a rectifié le banquier fraîchement émoulu. C’est également J.-M. Taraud qui a brossé la fiche d’identité de l’exploitation lauréate, celle de Maria et Patrick Brillet, à Segonzac. Le chargé de clientèle a parlé de son « coup de cœur » pour la qualité du travail et la passion mise par couple à communiquer l’amour de son métier et du terroir. Si Patrick et Maria Brillet s’occupent de l’exploitation de Segonzac depuis 1986, la reprise du Domaine du Breuil à titre personnel date de 2003. Patrick Brillet n’a pas toujours été viticulteur. Un temps il exerça la profession de psychologue. Pourtant ses racines terriennes plongent loin dans le temps, sa famille exploitant un domaine viticole depuis 1684. C’est ainsi qu’en devenant viticulteur, Patrick Brillet a eu l’impression de retrouver son métier premier. Mais il l’exerce de manière innovante et c’est ce qu’a distingué la banque. Le couple nourrit plusieurs convictions. D’abord, qu’entre Bordeaux et Val de Loire, « ce n’est pas possible de penser que l’on produit une piquette infernale, surtout qu’à l’égal de ces grands vignobles, nous possédons le fleuve et de magnifiques plateaux argilo-calcaires ». Il croit donc à la diversification en vin de qualité. Une autre de ses convictions consiste à dire que « pour faire un bon vin, il faut absolument avoir un bon raisin ». En 1999, Patrick et Maria Brillet implantent un vignoble de 5 ha de Merlot sur les plateaux de Saint-Simeux surplombant la Charente, avec une densité de plantation de 5 000 pieds/ha. Pratiquant déjà l’agriculture raisonnée depuis plusieurs années, ils décident très vite d’abandonner l’agriculture conventionnelle pour passer à la culture bio, d’abord sur leurs 5 ha de diversification puis sur l’ensemble du vignoble de 57 ha. « Nous sommes persuadés qu’il s’agit de l’agriculture de l’avenir. Des pays comme l’Espagne et l’Italie sont bien plus en avance que nous. En France, nous sommes un peu à la traîne. » Et surtout n’allez pas croire que vignes bio riment avec « mollo mollo ». « Nos vignes sont bichonnées. » Même chose pour les étiquettes, qui font l’objet d’un soin particulier. Le Plantier de Chipre – c’est le nom du vin – a chipé son patronyme à la parcelle cadastrale (en vieux français, chipre veut dire cyprès). Les cuvées remportent régulièrement des récompenses. Le couple se répartit les tâches. Tandis qu’il se partage les aspects administratifs, Patrick s’occupe de la production et Maria gère le commercial, avec son mari en appui. Tous les ans, lors des Gastronomades à Angoulême, les Brillet proposent à leur clientèle et amis de découvrir leur nouvelle cuvée au bistrot Chez Paul. Le premier Cognac bio de l’exploitation sortira en 2009. Invités à la remise des prix, les maires des communes sont priés de dire quelques mots. Gérard Raby, maire de Segonzac, a salué le professionnalisme de ses concitoyens et aussi leur constance. « En cette période de flambée du Cognac, c’est bien que certaines personnes gardent la tête froide. » S’adressant plus particulièrement à Patrick Brillet : « J’ai travaillé avec ton père Jean. Tu as sans doute hérité un peu de sa sagesse. »

Le responsable de la Banque populaire Centre Atlantique a rappelé que l’agriculture constituait un axe de développement important pour son établissement. « La Banque populaire Centre Atlantique compte 4 000 agriculteurs dans sa clientèle (60 000 au national) et nous allons accentuer notre pression sur le terrain. » Il a félicité les lauréats pour leur « mentalité d’entrepreneurs qui ne veulent pas rester dans le statu quo ».

 

* Le prix départemental de la dynamique agricole organisé (et doté) par la Banque populaire fonctionne de la manière suivante : dans leurs secteurs respectifs, les chargés de clientèle agricole de la banque repèrent des cas de personnes, clients ou non, dont le parcours colle avec la cible (innovation, créativité, respect de l’environnement, esprit d’entreprise…). Un dossier sommaire est constitué puis soumis à un jury. En Charente, ce jury se compose de la Chambre d’agriculture, de l’ADASEA, de la DDAF, de l’UDSEA, des JA, des Centres de gestion, CER, AFAC, CGO et bien sûr de la Banque populaire. Sont désignés quatre lauréats dont un dans la catégorie jeune agriculteur. Les trois premiers dossiers sont dotés de 500 € chacun tandis que le lauréat qui arrive en tête reçoit un chèque de 800 €. Il arrive parfois qu’un dossier départemental soit retenu au national et se verra alors offert un voyage lointain (en 2007, le Sri Lanka). Pas d’heureux bénéficiaires charentais cette année.

Distillation – Circuit fermé d’eau de refroidissement

Un système plus économique

Pour se conformer, en tant que distillateur de profession, à la réglementation sur les ICPE, Joël Turcot a dû se doter d’un circuit fermé d’eau de refroidissement. Allait-il opter pour la solution classique du groupe de froid ? Il a préféré la formule couplant une tour de refroidissement à des bassins de récupération d’eau. Cette solution suppose, bien sûr, de disposer de terrain à proximité des chaudières (chez lui, emprise au sol de 500 m2). Elle se traduit aussi par une mise de fonds de départ plus élevée (dans son cas, environ 55 000 €). Par contre, à terme, elle s’avère bien moins coûteuse, par l’économie de consommation électrique engendrée. Les deux bassins de récupération, équipés de bâches résistantes haute température (durée de vie annoncée de 30 ans) représentent un volume de 250 m3, largement suffisant pour alimenter trois chaudières. Le système fonctionne en circuit fermé, sans aucun rejet d’eau chaude. L’eau qui arrive à 85° est réinjectée à 8°. La tour de refroidissement ne tourne que le jour, les basins assurant un refroidissement naturel la nuit. Une pompe réoxygène l’eau tous les 15 jours. Depuis plus de deux ans que l’installation existe, l’eau est intacte (analyses régulières). Le Gaec Turcot a réalisé par lui-même les travaux de terrassement et de raccordement des réseaux. J. Turcot estime que cette solution peut répondre à une problématique de bouilleurs de cru.

 

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