Atteindre la neutralité carbone en 2050 : l ’objectif actuel du gouvernement français

Actualité souvent brûlante, – l’affaire de la fraude à la TVA sur les quotas de carbone a éclaté à la fin de la décennie 2000 –, le carbone (grand ennemi pour certains, grand amour pour d’autres, ou encore sujet d’étude scientifique, social ou sociétal) est au centre de nombre de discussions et de décisions politiques et d’entreprises. Le ministère de l’Alimentation et de l’Agriculture se veut au centre de l’objectif de la neutralité carbone pour la France en 2050 : capter autant de carbone que le pays n’en émet. Centrale dans cette stratégie (car émettrice et captatrice), l’agriculture est quelque peu remise au centre des discussions. Pour son bien ? Pour son mal ? Première approche du triptyque « agriculture, carbone et climat » par le ministère.

Le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Julien Denormandie a signé dans le dossier « Agriculture, carbone et climat » un éditorial  sur l’interaction de l’agriculture et du carbone.
« L’agriculture doit poursuivre sa dynamique de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les agriculteurs sont déjà engagés dans cette voie. Les plans France Relance et France 2030 sont déjà pleinement activés pour les accompagner, avec des objectifs ambitieux. La loi Climat et Résilience a notamment fixé des objectifs ambitieux de réduc­tion du protoxyde d’azote de -15 % d’ici 2030, par rapport à 2005.
Des passerelles doivent ainsi être engagées entre agriculteurs créateurs de crédits carbone et acteurs économiques engagés dans des stratégies ambitieuses de neutralité carbone et désireux de compenser leur émission résiduelle sur le territoire national ou européen.
Il faut donc encourager le stockage carbone dans les sols, et en particulier dans les sols agricoles. En 2020, moins de 0,1 % des crédits carbone échangés sur le mar­ché mondial étaient générés par le secteur agricole. L’enjeu est donc aujourd’hui d’identi­fier des solutions efficaces qui permettront massifier le recours à l’agriculture française sur ce marché mondial.
L’agriculture a un rôle essentiel à jouer en ce qui concerne le stockage de carbone, en particulier dans les sols et la biomasse agricoles. On ne le sait pas assez mais après la mer (ndlr : environ deux-tiers de la surface de la terre), le sol est le premier puits de carbone sur Terre. En chérissant les sols ou en entretenant nos haies et nos prairies, les agriculteurs sont de véritables soldats du climat dans la lutte contre le changement climatique, tout en rendant de nombreux autres services environnementaux. »

La version Internet du dictionnaire Larousse explique que « l’ensemble des terres émergées représente environ 148 millions de km2, soit 29 % de la superficie du globe. Mais les parties émergées ne doivent pas seules être prises en compte. Il faut leur adjoindre les plates-formes continentales, recouvertes par des mers épicontinentales de faible profondeur, ce qui ajoute 35 millions de km2 et 7 % de la superficie de la planète. Dans ce sens étendu, les masses continentales couvrent ainsi 36 % de la Terre »1.
Ainsi, en France, nombre d’efforts demandés le sont pas une part infime de la population sur un tiers de la surface de la terre. En France, le secteur primaire représente 2,6% des emplois2.

1. https://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/terres_%C3%A9merg%C3%A9es/186017
2. https://www.vie-publique.fr/fiches/269995-les-grands-secteurs-de-production-primaire-secondaire-et-tertiaire

LE SECTEUR AGRICOLE ET FORESTIER, À LA FOIS ÉMETTEUR ET CAPTEUR DE GAZ À EFFET DE SERRE
Dans l’objectif de « réduire les émissions produites par le secteur agricole », le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation a pointé plusieurs approches jugées fondamentales, comme une gestion adaptée du bétail et des terres cultivées, et la diminution de la consommation d’énergie.
Quelques exemples concrets voient le jour petit à petit, comme l’agroforesterie (relayée par certaines grandes entreprises du Cognaçais), la plantation de 7000km de haies pour 2023 (plusieurs domaines se sont faits les relais de ces annonces), le plan national protéines végétales.

Le ministère souhaite « développer des puits de carbone agricole pour permettre aux agriculteurs de devenir de véri­tables acteurs de la lutte contre le changement climatique », tout en insistant sur la qualité de l’eau. Les ZNT entrent dans cette équation complexe, les cartes représentant les cours d’eau et fossés dans les communes sont parfois obsolètes (la gestion préfectorale parfois dépassée ou hors-sol).

Les puits de carbone correspondent au carbone absorbé par les sols agricoles. Plusieurs pratiques sont retenues par les autorités :
– le maintien et le développement des haies, des prai­ries permanentes et des zones humides ;
– l’introduction et allongement des prairies temporaires dans les rotations culturales ;
– l’insertion de cultures intermédiaires, intercalaires et de bandes enherbées ;
– l’implantation d’agroforesterie intra-parcellaire et de haies ;
– l’apport de composts ou produits résiduaires orga­niques, notamment grâce à l’extension du pâturage plutôt que la fauche, ce qui favorise le retour au sol de résidus et déjections.

LE MARCHÉ DE LA COMPENSATION CARBONE VOLONTAIRE
Comment générer des crédits carbone ?
« Lancé en 2018 par le gouvernement, le Label Bas-Carbone permet de certifier des projets de réduction d’émissions de gaz à effet de serre et de séquestration carbone dans tous les secteurs (forêt, agriculture, transport, bâtiment, déchets, etc.), porteurs de co-bénéfices, et de les valoriser économiquement. »

La structuration du marché Carbone en 2020
• 27 % des crédits-carbone mondiaux sur base volontaire sont issus de projets portant sur la forêt et le secteur des terres (hors agriculture) ;
• moins de 0,1 % des crédits carbone mondiaux sont générés par le secteur agricole bien que les projets semblent en nette augmentation (+ 900 % entre 2020 et 2021) ;
• seuls 1,5 % des crédits mondiaux sont générés sur le territoire européen.

En août 2021, un plan d’actions pour le développement du Label Bas-carbone a été lancé par le ministère de la Transition écologique, articulé autour de 6 axes :
renforcer l’expertise scientifique avec la mise en place d’un comité scientifique et technique associant tous les ministères compétents, dont le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, et instaurer une consultation publique systématique pour l’évaluation des méthodes ;
• accroître l’exigence environnementale du label en intégrant davantage les impacts environnementaux dans les méthodes (par exemple, préservation de la biodiversité) ;
• faciliter le financement, public comme privé des projets ;
• améliorer la communication et faciliter la compréhension de l’outil Label bas-carbone pour les porteurs de projet et financeurs ;
• mobiliser les financements publics et privés, notamment en constituant une enveloppe d’engagement auprès d’entreprises équivalente au financement d’un million de tCO2 (lancement d’un fonds d’amorçage) ;
• promouvoir le Label bas-carbone à travers la loi climat et résilience.

Six méthodes approuvées pour le secteur agricole
Le ministère affirme que « le nombre de méthodes bas-carbone a vocation à continuer à croître dans les années à venir afin de couvrir davantage de filières agricoles (productions ovine et porcine mais aussi viticulture) ».

« Carbon Agri », développée par l’IDELE, vise en premier lieu les exploitations ayant un atelier bovin.
« Grandes cultures », développée par un consortium autour d’Arvalis, vise les exploitations ayant un atelier grandes cultures, approuvée en août 2021.
« Plantation de vergers », développée par la Compagnie des Amandes, vise la plantation d’une culture fruitière pérenne (verger) sur une terre non cultivée actuellement pour cet usage.
« Haies », développée par la Chambre régionale d’agriculture de Pays de la Loire, vise la gestion durable des haies sur toutes les exploitations agricoles.
« Gestion des intrants », développée par SOBAC, vise la réduction des intrants dans toutes les exploitations.
« Fermentation entérique des bovins lait », développée par Bleu-Blanc-Cœur, valorise les réductions d’émissions permises par l’ajout d’oméga 3 dans la ration, en grande partie par le pâturage.

LES DÉTAILS DU LABEL BAS CARBONE PAR LE MINISTÈRE DE L’ÉCOLOGIE : https://www.ecologie.gouv.fr/label-bas-carbone#scroll-nav__6

TROUVER DES SOLUTIONS SUR-MESURE POUR CHAQUE EXPLOITANT
Le dispositif « Bon Diagnostic Carbone » du plan France Relance est accessible pour tous les agriculteurs et permet de de dresser un bilan sur-mesure identifiant les mesures concrètes à prendre en faveur de l’environnement, tout en veillant à leur intégration au projet économique des exploitations.
Grâce à une dotation de 10 millions d’euros du plan France Relance, cet audit personnalisé est financé à 90 % par l’État ; les agriculteurs n’ont à s’acquitter que de 10% du coût complet (soit environ 200-250 €).
Après une première phase d’appel à projets, opérée par l’ADEME, 218 structures ont été certifiées et reconnues pour réaliser environ 4 300 diagnostics. Pour bénéficier de cette mesure, les agriculteurs sont invités à les contacter directement.

Carte des structures certifiantes Bon Diagnostic Carbone

LES LIMITES
Outre les déclarations, volontés stratégiques et politiques mises en place, des limites existent quant à cette neutralité carbone pour 2050. Quelques questions élémentaires se posent.

Pourquoi certains compagnies aériennes volent à vide pour conserver leurs lignes entre les aéroports ?1
Pourquoi les grands frets (maritime et terrestre), l’aviation, et autres, continuent-ils de bénéficier de la non-taxation des carburants, alors qu’elle ne cesse d’augmenter pour les particuliers et les professionnels enracinés ?2
S’appuyer sur des rapports de McKinsey pour « la demande mondiale en crédits carbone volontaires pourrait être multipliée par 15 d’ici 2030 et par 100 d’ici 2050 », alors ce même cabinet est en proie à de larges critiques, dans la ligne de mire pour leurs conseils stratégiques au gouvernement.3

  1. https://theconversation.com/vols-a-vide-un-revelateur-du-bras-fer-entre-compagnies-aeriennes-et-aeroports-175276
    2. https://www.ecologie.gouv.fr/fiscalite-des-energies
    3. https://www.leparisien.fr/economie/conseils-sur-la-strategie-vaccinale-leducation-et-les-retraites-cinq-minutes-pour-comprendre-la-polemique-sur-le-cabinet-mckinsey-22-01-2022-ISXABCJZEZA5VNDL5FZBNP2TVQ.php

LES DOCUMENTS
Retrouvez les documents complets de l’étude du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation :
le communiqué de presse ;
le dossier de presse : Agriculture, carbone et climat.

 

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