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« Messieurs Les Négociants, Soyez Les Bienvenus » !

17 mars 2009

pineau_runion_1_opt.jpegRéserver des sièges d’administrateurs au négoce ! C’est la décision votée en assemblée générale par le Syndicat des producteurs de Pineau reconnu ODG. Jean-Marie Baillif, à la tête du syndicat depuis un an, y voit un pas supplémentaire vers une situation plus équilibrée production/négoce, à côté de la mise en place d’autres outils de régulation.

 

 

 

« Acceptez-vous la modification des statuts ? » A cette question posée en assemblée générale extraordinaire du Syndicat des producteurs de Pineau, la centaine d’adhérents présents à Saintes le jeudi 24 avril a répondu par l’affirmative. Le résultat du vote fut le suivant : oui, 101 voix ; non, 4 voix ; abstention, 1 voix. Par cette décision, les producteurs ont validé la mise en conformité des statuts du syndicat des producteurs afin qu’il devienne ODG (organisme de défense et de gestion de l’appellation) dans le cadre de la réforme de l’INAO. Ils ont par ailleurs accepté l’ouverture du syndicat reconnu ODG aux négociants Pineau, en tant que « membres associés ». Au sein du conseil d’administration du syndicat, le collège des membres associés se voit octroyer 6 postes sur un total de 25 sièges. L’assemblée générale ordinaire qui a suivi l’AGE a renouvelé le tiers sortant du conseil d’administration mais a aussi élu pour la première fois les six nouveaux membres associés issus du négoce. Se présentaient Francis Barat (H. Mounier), Philippe Coste (Distilleries de Matha), Philippe Ménard (Sté Ménard & fils), Patrick Raguenaud (Sté Marnier Lapostolle), Michel Villemin (Unicognac) et Zarif Youssofi (SAS Puy Gaudin). Sur 131 bulletins exprimés, les candidats ont recueilli entre 125 et 131 voix. Autant dire que tous ont été élus.

discrétion

A Saintes, ce 24 avril, on pouvait noter la très grande discrétion des nouveaux partenaires négociants, même parmi ceux qui sollicitaient le suffrage des urnes. Volonté délibérée de leur part ou hasard des calendriers de voyage ? Cette seconde piste semblerait la bonne car les responsables d’entreprise sont bien souvent les commerciaux de leurs sociétés et sont donc amenés à de fréquents déplacements sur les marchés. Ceci étant, les négociants ont peut-être encore du mal à se vivre comme membres à part entière du Syndicat des producteurs de Pineau reconnu ODG, même si ce sont eux qui ont souhaité l’intégrer. Il faudra certainement du temps pour que le clivage producteurs/négociants s’estompe. Par ailleurs, certains d’entre eux ne ressentent-ils pas une certaine frustration à ne pas avoir obtenu la parité au sein du conseil d’administration ? Philippe Coste, P-DG de la Compagnie commerciale de Guyenne, le laisse entendre : « Nous interprétons notre présence au conseil d’administration du syndicat reconnu ODG comme un signe d’ouverture fort, mais, c’est clair, nous aurions souhaité être plus nombreux. C’est un début. Nous espérons la reconnaissance, par la viticulture, du rôle commercial actif joué par le négoce et qu’ainsi les décisions puissent se prendre ensemble, de manière paritaire. » Philippe Coste promet d’être un partenaire constructif et actif à l’intérieur du conseil d’administration. Il fera alors mentir ceux qui pensent « que les négociants Pineau n’en ont rien à faire de siéger au syndicat reconnu ODG » et se demandent « s’ils n’ont pas voulu cette place uniquement pour faire de l’esbroufe et essayer de paralyser le système » !

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Le syndicat propose un rendement annuel exprimé en hl de Pineau.

S’il y a quelqu’un qui ne partage pas cette opinion, c’est bien Jean-Marie Baillif, président du Syndicat du Pineau depuis juin 2007. Son « bienvenu Messieurs les négociants » ne laissait guère de place à l’ambiguïté. Militant du dialogue depuis sa prise de fonction, il pense que les différences entre viticulture et négoce, bien qu’importantes, « ne sont rien à côté de ce qui les unit ». « Bien sûr, nous pouvons être tentés de nous battre pour que ces différences subsistent sous une forme conflictuelle. Nous pouvons aussi poursuivre la construction entamée par nos prédécesseurs pour faciliter, réguler, harmoniser la production et la commercialisation. » Dans son intervention, il a particulièrement remercié Francis Barat, président du Comité national du Pineau, « qui a œuvré pour que le consensus s’installe. Cela peut paraître très simple vu de l’extérieur, mais il a fallu que chacun mette de l’eau dans son vin afin de parvenir à une situation constructive et positive ».

les outils de régulation

A travers ses différentes interventions, Jean-Marie Baillif s’est attardé sur ce qui, semble-t-il, lui tient le plus à cœur : les outils de régulation devant participer à l’équilibre de la filière. Parmi ces instruments, il y en a un auquel se raccrochent tous les autres : le rendement. De longue date, le syndicat des producteurs souhaite que ce rendement s’exprime en hl de Pineau des Charentes et non en hl de moût. Une meilleure visibilité fait partie des raisons avancées. Car, hors région, tout le monde a beaucoup de mal à établir la correspondance entre volume de moûts et production de Pineau, après mutage avec le Cognac. Et puis on ne vend pas du moût mais bien du Pineau ! Ainsi profitant de la réécriture du décret d’appellation sous la nouvelle forme de cahier des charges, la profession a libellé de la façon suivante le chapitre consacré au rendement de base : « Le rendement de base est exprimé en hl de “Pineau des Charentes”. Il prend en compte la totalité des superficies de moût et de Cognac mis en œuvre pour son élaboration. Le rendement de base en fixé à 30 hl vol/ha. » Pour s’appliquer, cette modification devra recevoir l’aval de la commission décret de l’INAO, chargée de se prononcer sur les nouveaux cahiers des charges. Un avis favorable s’est déjà manifesté, celui de la Commission nationale eaux-de-vie de l’INAO. Une première étape ! A côté du rendement de base, le syndicat a fixé un rendement butoir de l’appellation exprimé en hl de moût (85 hl vol./ha), grâce à une formule mathématique qui permet de faire le lien entre rendement Pineau et rendement moût. En ce qui concerne le rendement annuel, fixé par l’INAO sur proposition de l’ODG, le syndicat propose, pour la prochaine récolte, un rendement Pineau de 37,18 hl vol. par ha, compte tenu de la QNV Cognac de l’an dernier (10,62 hl AP/ha) et un rendement moût 2008 de 72 hl vol./ha.

Dans le « new deal » de la filière Pineau, un autre outil de régulation figure en bonne place : la réserve de production. Mis en œuvre par l’interprofession, son principe est simple : une année, permettre de produire un peu plus que nécessaire, en conservant des « volumes sous le pied » libérables le jour où le besoin se fera sentir. Pour le président du syndicat des producteurs, il s’agit d’un outil indispensable si l’on veut essayer de gérer de manière efficace l’équilibre d’une filière. Face à une production de 100, l’interprofession peut par exemple décider de bloquer 20 %. Les premiers 80 % sont disponibles dans les 12 mois du vieillissement et les 20 % autres débloquables dans les trois ans. Entre l’année de production et l’année d’utilisation (N + 2), l’objectif consiste à lisser les excès comme les manques, pour que les acheteurs trouvent leurs volumes et que les prix se tiennent. Sur une période de quinze ans, il s’avère qu’excès ou manques sévissent au moins trois voire quatre années, sans que le déséquilibre porte à chaque fois sur plus de 20 000 hl vol. Et pourtant, ces volumes « baladeurs » suffisent à perturber gravement le marché. Pour J.-B. Baillif, ces 20 000 hl en trop ou en manque ne devraient pas résister à une tentative d’organisation.

Mise en place lors de la dernière récolte, la réserve de production 2007 s’est traduite par un volume très faible, compte tenu des conditions de l’année. L’interprofession du Pineau devrait proposer sa libération dès le mois d’octobre prochain. Sur la base d’un rendement Pineau de 37 hl vol., la réserve 2008 devrait s’élever à 10 hl vol., soit un rendement libre de 27 hl vol. Le président du syndicat du Pineau a émis le vœu que cette réserve de production 2008 soit plus largement souscrite que la précédente. Une hypothèse qui se réalisera d’autant mieux « que l’ha Pineau dégagera la même rentabilité que l’ha Cognac ». « Si nous voulons que le Pineau des Charentes continue d’exister et de se développer, nous devons limiter au maximum les allées-venues entre les deux appellations. »

Une politique de contrats triennaux entre producteurs et négociants permettrait-elle d’agir dans ce sens ? C’est l’espoir caressé par ses protagonistes, qui y voient aussi une manière de mieux partager la valeur ajoutée. En quelques mots, J.-M. Baillif a présenté sa vision du contrat :
« Le contrat est un outil qui sera soumis au bureau permanent du Comité interprofessionnel qui choisira de mettre en avant cet outil supplémentaire. »

l’observatoire des cours

L’observatoire des cours du vrac Pineau des Charentes mis sur pied par le syndicat des producteurs en mars 2008 (voir article page suivante) s’assimile-t-il à un outil de régulation ? On peut le voir ainsi, dans la mesure où l’observatoire des cours introduit une transparence sur le marché. Si la probité du syndicat n’est pas mise en cause, les négociants – que l’initiative, on l’aura compris, ne transporte pas d’enthousiasme – pointent du doigt les dérives toujours possibles d’un système déclaratif. « Pour un lot de Pineau, il est toujours possible d’indiquer un prix de
250 € l’hl vol. alors qu’il n’est que de 230 ! » Un négociant entonne la vieille trompette de l’entente : « surtout lorsqu’il s’agit de prix, toutes les ententes au sein d’une interprofession sont parfaitement interdites ». Un de ses collègues s’inquiète de la spirale inflationniste que pourrait alimenter un tel outil. « Dans une filière, ce qu’il faut rechercher, c’est le prix où tout le monde gagne sa vie. A 150 €, les viticulteurs “crèvent la faim”. Mais à 220-230 € l’hl vol., chacun tire son épingle du jeu. Faut-il aller beaucoup au-delà ? Le Pineau est un produit de niche, par essence fragile. Si une hausse de prix entraînait son déréférencement de plusieurs enseignes, le Pineau ne courrait-il pas le risque “d’Armagnaquisation”, c’est-à-dire de délitement du marché par manque de visibilité ? » Autant dire que l’observatoire des cours est attendu au tournant et qu’il devra faire ses preuves.
Une bonne manière aussi de tester l’envie de la filière à travailler ensemble.

 

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