« L’affectation ne se fera pas sur notre dos »

8 mars 2009

Pas question de changer la donne réglementaire tant que la restructuration ne sera pas faite ! Pour atteindre à la rentabilité des ha Cognac, Jean-Louis Brillet et les membres de son syndicat estiment qu’il y a encore 4 000 ha en trop sous le régime de la double fin et 9 000 ha sous un régime d’affectation parcellaire. Avant toute modification de système, ils réclament donc un nouveau plan d’adaptation, plus incitatif et plus clair sur les moyens « de faire gagner ceux qui bougent ».

ag_svbc_tribune.jpgLe SVBC ne se déclare pas opposé au principe d’affectation. « Si la double fin apporte une indéniable souplesse, elle présente par contre l’inconvénient de ne pas pérenniser le revenu/ha. Par ailleurs, la distinction entre vignes Cognac et vignes “autres” permise par l’INAO est certainement une bonne chose » reconnaît Olivier Louvet, trésorier du syndicat et président de la commission « économie et coûts de production » au BNIC. Par contre le SVBC ne veut pas entendre parler d’un changement de système avant que le problème structurel n’ait été réglé. « On veut faire passer en force un projet alors que l’on sait très bien qu’il ne marchera pas tant qu’il y aura trop d’ha de vignes qui pourront se porter sur le Cognac. Changer de système, pourquoi pas mais faisons-le sur des bases saines ! » De cette conviction chevillée au corps, Jean-Louis Brillet en a fait le fil rouge de la réunion qui a rassemblé les adhérents du syndicat le 10 mai dernier à Foussignac. Malgré un Epiflash de la Chambre 16 signalant les premiers risque mildiou, les rangs un peu clairsemés du départ se sont progressivement comblés, des chaises venant se rajouter à d’autres chaises et, au final, l’assistance était loin d’être ridicule.

Pour estimer le nombre d’ha « baladeurs » qu’il faudrait faire disparaître avant toute modification éventuelle, le syndicat s’appuie sur le Projet d’avenir viticole, document actualisé tous les ans par le BN. Le postulat de base de l’étude consiste à partir du point d’équilibre économique d’un ha Cognac (recettes couvrant les dépenses). Le Projet d’avenir viticole arrive ainsi à un chiffre de 8 hl AP/ha en système double fin et à 9 hl AP/ha en système d’affectation, la différence d’1 hl AP s’expliquant par le fait « qu’il n’y a plus rien au-dessus du Cognac ». Sur ces bases, l’étude en tire la superficie qui conviendrait d’être dédiée au Cognac – 57 000 ha dans un système double fin, 52 900 ha dans un système d’affectation – et, in fine, les superficies à restructurer – 4 000 ha ou 9 000 ha – une fois déduites les surfaces vouées aux autres débouchés. Dans la salle, un viticulteur a pourtant exprimé sa perplexité : « Ce chiffre de 9 000 ha de restructuration est un peu ambigu car aujourd’hui tous les ha n’ont pas vocation à aller au Cognac. » Réponse de Jean-Louis Brillet : « Chaque viticulteur doit avoir le choix de ses débouchés. On ne peut obliger personne à vendre aux jus de raisin ou aux vins de base mousseux. N’importe qui est libre d’arracher une partie de sa surface pour ne produire que du Cognac. » Prenant son exemple personnel, il a signalé avoir restructuré 17 % de son vignoble. « J’estime qu’il serait normal que je profite d’ores et déjà des 9 hl AP/ha, or personne ne semble prêt à me les accorder. » Dans le cas où un régime d’affectation parcellaire déboulerait sans un ajustement préalable des surfaces, il estime « que ce sont 10 000 ha qui nous reviendraient dans la figure, avec comme traduction immédiate un rendement ha de 5 hl AP. Car, dit-il, pas question de dépasser les besoins du marché. Il y aurait donc une répartition du volume global avec, comme conséquence, une diminution pour tout le monde de la partie Cognac. On partagerait la misère. Dans ce cadre-là, les monoculteurs vignes seraient plus pénalisés que les autres. » Et le président du SVBC d’enfoncer le clou : « Nous ne sommes pas contre un système d’affectation mais nous y mettons une condition sine qua non, celle d’obtenir 9 hl AP/ha. » Pour ce faire, il ne voit qu’une seule solution : poursuivre la restructuration.

Le chiffre de 3 000 ha sans débouché cité dans le rapport Zonta inspire à Jean-Louis Brillet le terme de « rapport politique », dans le sens noble du terme certes mais tout de même. « A travers ce rapport dit-il, on a cherché le compromis entre toutes les parties, les départements, les zones en périphérie. Nous, avec le Plan d’adaptation viticole réactualisé tous les ans, nous défendons une vision fondée sur l’économie. » L’idée du syndicat est de prolonger le Plan d’adaptation viticole lancé en 1998 ou en susciter un nouveau « pour arriver à rééquilibrer la région ». « Vis-à-vis de Bruxelles, notre demande de changement de régime ne s’en trouvera que facilitée et vis-à-vis des autres régions aussi. Un projet d’affectation peut-il être validé tant qu’il existe une telle surcapacité à produire ? » interroge le président du syndicat. Prenant à témoin Bernard Guionnet (voir ci-contre), il conteste le côté inéluctable de la suppression de la double fin ou en tout cas son caractère immédiat. « Cette suppression est sans doute souhaitable, envisagée, mais nous n’avons pas trouvé de traces écrites de sa disparition programmée. » De cet argument, il tire la conclusion que « Bruxelles nous donne peu de temps. Alors, tant qu’il est possible, servons-nous de la double fin pour mettre en œuvre la restructuration ». Jean-Louis Brillet a lancé un appel appuyé à Bernard Guionnet, chef de la famille de la viticulture, pour qu’il l’aide à mettre sur pied un nouveau Plan d’adaptation. Pour donner de la consistance à ce Plan, le SVBC évoque deux grandes pistes : des primes initiatives et la définition de « règles du jeu claires » pour celui qui reconvertirait, « ce qu’elles n’ont jamais été ». Concrètement, cela signifie l’obtention d’un quota d’exploitation qui permettrait au viticulteur de gérer son quota Cognac comme il l’entend, c’est-à-dire sur la surface qu’il veut. Manifestement, Jean-Louis Brillet considère cette idée de quota d’exploitation de loin la plus porteuse et de nature à délier les choses. « Il faut faire gagner ceux qui rendent la bonne copie. Ils doivent y trouver un véritable intérêt économique. Si nous y parvenons, d’autres suivront. » Olivier Louvet indique que depuis le début du Plan en 1998, il s’est déjà restructuré 6 000 ha. « Nous avons fait la moitié du chemin. Sur un potentiel de 76 000 ha, la reconversion de 9 000 ha représenterait chez chacun un effort de 1,5 ha. Ce n’est pas énorme. » Echo favorable dans la salle. « La restructuration constitue une bonne piste. Pour moi c’est la seule » a applaudi un propriétaire foncier qui s’est demandé pourquoi la situation viticole m… depuis vingt ans. « Nos négociants gagnent beaucoup d’argent et la viticulture ne gagne rien. Faisons le travail une fois pour toutes sinon nous allons en crever ! »

ag_svbc_salle.jpgAfin de s’assurer que l’idée de restructuration ne passera pas à la trappe, le syndicat n’exclut pas de recourir aux manières fortes. « Notre syndicat, fort de 350 adhérents, représente une belle surface Cognac et nous avons les leaders parmi les bouilleurs de cru. Les manifestations, nous savons faire. Nous avons de la main-d’œuvre, des salariés qui manifesteront à nos côtés. Aujourd’hui, mobilisation et action ! » a arrangué le président du SVBC. En contrepoint, Olivier Louvet a évoqué le danger de dérégulation à tous niveaux, en cas de déséquilibre des surfaces. Faisant allusion au « papi boom » qui se profile dans les années à venir, « nous aurons, a-t-il dit, trop de surfaces à un moment et pas assez de viticulteurs à un autre. Il faut trouver le lien même si ce n’est pas facile. Nous devons en discuter avec Bruxelles et au sein du BN. Tout n’est pas négatif, loin de là dans les projets actuels. Il faut simplement arriver à accorder nos violons. »

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