Anne-Marie Merle, cannage, paillage : La noblesse de la paille

7 janvier 2015

Avec ou sans couleurs, Anne-Marie Merle sait donner du piquant au plus banal des fauteuils, un look branché à un tabouret tout bête. Son secret ? Mettre beaucoup d’elle-même dans ses torons de paille…

p40b.jpg« Le paillage, explique-t-elle, c’est très mystérieux. Au départ il n’y a rien, on part d’un trou, rien n’est déterminé. A vous de jouer ! Il faut veiller à la régularité, à la tension, à la résistance… cela demande beaucoup de maîtrise ! En comparaison, le cannage est plus facile, malgré son allure de dentelle. Le cannage, c’est un peu comme un canevas, une fois que le dessin est défini, il suffit de suivre, ça prend du temps, c’est tout. Le paillage demande beaucoup de rigueur. La paille est une matière vivante devant laquelle il faut garder toute son humilité. »

Anne-Marie Merle est venue à l’artisanat par l’un de ses virages qui changent parfois une vie. Un licenciement, un déménagement vers la campagne profonde. Il lui fallait se trouver de nouveaux repères. Au départ, c’est une kyrielle de petits boulots en CDD – secrétariat dans des administrations, aide à domicile, promotion du tri sélectif – dans lesquels elle s’essouffle à chercher un intérêt : « Il me restait mon jardin pour m’éclater, sourit-elle. » Pour tenter de se retrouver, elle passe un bilan de compétence qui la met devant trois options possibles : continuer les CDD, opérer une reconversion totale ou entreprendre en son nom…

La modernité de la couleur

Un peu perplexe dans un premier temps, elle choisit de mixer les deux dernières pistes. Un stage ANPE de réfection de petits meubles lui permet de confirmer son goût pour le travail des mains, « et, dans notre société du tout jetable, je suis attachée à l’idée de réparer les objets abîmés ». C’est de son propre chef, en revanche, qu’elle pousse la porte de Denis Guérin, un artisan-pailleur installé à Aytré près de La Rochelle, qui propose aussi des formations. Anne-Marie Merle est une fille de paysan, elle a toujours aimé la paille, « un matériau noble et superbe qu’on tient souvent pour quantité négligeable… regardez pourtant les merveilles de précision et de sophistication qu’offre la marqueterie de paille par exemple ». Et c’est la modernité que la couleur peut apporter au matériau qui « fait tilt ».

Après deux formations d’une semaine chacune chez Denis Guérin, elle continue à travailler seule pour se perfectionner, tout en gardant un emploi pour « conserver ses marques », et c’est en 2004 qu’elle décide de se lancer. « Pour trouver des clients, il a fallu pousser des portes, aller à leur rencontre. » Pendant 6 à 7 ans, elle sera présente tous les mois sur le marché bio de Champniers. « Les premières années, ça me ramenait environ un client par mois. » Elle participe à des salons, continue à se perfectionner et peu à peu, elle affirme son savoir-faire et sa spécificité.

« J’ai une signature, est-elle bien obligée de reconnaître, comme en s’en excusant. Je suis persuadée que pour bien travailler un siège, il faut au départ beaucoup d’écoute et de relationnel avec ses propriétaires. Il faut faire parler les clients pour savoir ce qu’ils attendent, savoir les décourager aussi quand ils ne le savent pas vraiment, ne pas refaire pour refaire quand l’objet peut encore attendre…. L’important, c’est qu’en retrouvant leur siège, ils voient le travail accompli et qu’ils en retirent de la satisfaction… ça sera toujours un fauteuil ou une chaise, mais en jouant sur l’épaisseur, sur la couleur, sur les textures, on peut la faire vivre autrement. Et bien sûr, lorsqu’ils reviennent avec un autre objet, c’est une belle marque d’estime pour mon travail. »

Comme dans de nombreuses professions, ces dernières années et leur cortège de problèmes économiques n’ont pas été très porteuses pour l’activité d’Anne-Marie Merle. Elle a récemment dû quitter le local qu’elle occupait dans le quartier de l’Houmeau à Angoulême. Même si elle regrette l’animation de ce quartier, Anne-Marie est en train de fignoler, près de sa maison de Linars, un nouvel atelier qu’elle espère inaugurer au printemps, un espace qu’elle veut construire à son image, chaleureux et ouvert, un lieu de vie et de rencontres.

Pour en savoir plus :

Sophie Clavaud,
création en feutre de laine
16110 La Rochefoucauld
06 23 94 18 38
http://sofyfamily.canalblog.com
Création à façon, collectif d’artisan d’art
151, rue de Montmoreau
16000 Angoulême
05 45 98 30 28
http://creationafacon151.blogspot.fr
Christine Danger, Un art à part
Les Fosses – 175 route d’Orlut
16370 Mesnac
06 30 33 47 70
www.metiers-art.com/un-art-a-part
Philippe Hafner, tapissier décorateur sellier
9 rue de la Somme
17430 Tonnay-Charente
05 46 823 455 – 06 84 150 844
http://hafner-tapissier-sellier.com
Valérie Lebrec, maître verrier vitrailliste
Atelier des vitraux Saint-Louis Hôtel d’entreprises – bâtiment E 2 Rue Ampère – 17180 Perigny
05 46 44 00 81
vitraux.saint.louis.free.fr
Anne-Marie Merle cannage, paillage, tissage
5, impasse des Bétonnières
16730 Linars
05 45 25 00 31 – 06 75 07 66 30
merleamarie@gmail.com
Geneviève et Luc Rockenbauer, peintres en décor et en trompe-l’œil
3, chemin de la Foy
17610 Saint-Sauvant
06 66 82 55 89 – 06 07 15 69 36
www.atelieravr.fr

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