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… ou les vertus de la double fin

13 mars 2009

Dans les conditions actuelles, le syndicat présidé par Jean-Louis Brillet considère la double fin comme le « moins mauvais des systèmes ». Discours musclé du SVBC, contre l’affectation des hectares et contre le SGV, désigné comme « l’autre syndicat ». Jean-Louis Brillet souhaite que la viticulture se positionne en faveur d’une double fin « bis », sans distillation aidée mais accompagnée d’une restructuration pour tous, financée par une CVO, cotisation volontaire obligatoire.

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Ton mordant, propos acerbes, volonté de « mettre des chiffres en face des chiffres »… Lors de son A.G. qui s’est tenue à la Salamandre le 9 décembre dernier, le SVBC n’y est pas allé par quatre chemins. Au nom de la crainte de voir « tout affecté au Cognac », il ne veut pas entendre parler d’une affectation sèche, sans restructuration préalable. Et comme la restructuration – entendre l’arrachage – n’est pas vraiment à l’ordre du jour, il préfère encore défendre la double fin. « Un système qui n’est pas parfait mais qui a fait ses preuves », qualifié encore de « moins mauvais des systèmes », quitte à le bonifier par une restructuration « soft » de 10 % des surfaces. J.-L. Brillet décrit les vins de base mousseux, les jus de raisin « comme des produits systématiquement déficitaires, même à 180 hl vol./ha, dès lors qu’ils sont envisagés hectare par hectare ». « Les partisans d’une affectation aveugle idéalisent le système mais cela ne marche pas. Dès le départ c’était un projet moribond. » Propos relayés par Philippe Sabouraud dans la salle : « C’est scandaleux que des politiques locaux aient pu soutenir à Matignon le rapport Zonta/Boujut. C’est un projet purement politique et non économique. » Le SVBC dit ne concevoir les débouchés « autres » que comme « des compléments de revenu lorsqu’ils s’additionnent au Cognac dans un système de double fin ». Au moins s’agit-il de la reconnaissance implicite du phénomène d’addition, par rapport au discours entendu il y a quelques années sur « les hectares qui gagnaient de l’argent et ceux qui en perdaient » dans un système double fin. Aux yeux de J.-L. Brillet et de ses collègues, la disparition de la double fin ne semble pas gravée dans le marbre. « Le rapport Zonta l’annonçait mais en fait, que souhaite l’Europe ? Cesser de subventionner nos surproductions. La perte de la D.O. ne serait pas une catastrophe, d’autant qu’il resterait les jus de raisins. On peut toujours essayer de garder une double fin sans D.O. article 28. » Simulations chiffrées à l’appui, Olivier Louvet, trésorier du syndicat et l’un des deux membres du SVBC à siéger à l’assemblée plénière du BNIC, a indiqué que « le modèle double fin avec restructuration de 10 % mais sans D.O. était gagnant et même pas mal ». Pourquoi restructurer « un peu » ? Pour éliminer les vignes éponges. « Avec ce déséquilibre structurel, nous affichons notre faiblesse vis-à-vis du négoce. Il en profite, c’est son jeu. A nous de faire le ménage chez nous. » Pour « booster » l’arrachage, le SVBC propose l’idée d’une CVO, cotisation volontaire obligatoire d’un montant élevé, dont on pourrait se dédouaner, soit en arrachant, soit en apportant la preuve que l’on a bien restructuré depuis le lancement du Plan, en 1998. Jean-Louis Brillet reconnaît néanmoins que pour s’appliquer, ce projet devra d’abord recevoir l’accord de la viticulture et du négoce, tout comme d’ailleurs l’idée de conserver la double fin. D’où sa colère de n’occuper qu’un « strapontin » au BNIC. Pour remédier à cette situation, il a lancé un appel appuyé à l’adhésion. « Si nous arrivons à dépasser la barre fatidique des 500 adhérents, à ce moment-là, nous pourrons parler haut et fort. Il n’est pas exclu alors que nous demandions au BN des réélections. » O. Louvet a signalé que le seul montant des adhésions alimentait les recettes du syndicat. Pour l’année 2005, les cotisations restent inchangées : 25 € par exploitation. A ce jour, le syndicat annonce 355 adhérents, « 500 salariés et une couverture de plus de 10 000 ha de vignes ». « Nous sommes les professionnels du Cognac. Nous représentons une belle part de la monoculture charentaise, aussi bien en Charente qu’en Charente-Maritime. » A ce titre, le président du SVBC a exprimé le souhait que le ministre de l’Agriculture, ministre charentais, « le soit pour tout le monde ! » Et si cela ne suffit pas, il n’exclut pas « une grosse grosse manifestation ». « On ne se laissera pas faire. On ne laissera pas partir un projet d’affectation aussi fou. »

Moins de deux ans

salle_agsvbc.jpgLe SVBC avait donné à son A.G. un ordre du jour sous forme de leitmotiv : « Deux ans pour restaurer la rentabilité de nos exploitations. » Invité à s’exprimer, Bernard Guionnet, le chef de famille de la viticulture au BNIC, a contesté quelque peu le timing. « Vous parlez de deux ans mais vous n’avez plus deux ans devant vous. Cette année est morte. Pour adopter une CVO, il faut d’abord qu’elle soit votée et que l’extension soit demandée, une procédure qui réclame un délai d’au moins deux mois. » Au terme d’une intervention très balancée, le chef de famille de la viticulture a dit être à l’écoute de toutes les idées, « même celles des minoritaires, un grand principe en politique ! » Il s’est fait l’écho des craintes du SVBC. « Si, dans un système d’affectation, les 75 000 ha allaient au Cognac, la seule alternative consisterait à réviser rapidement le niveau de rendement. Et les 7 hl AP de rendement Cognac sans jus de raisin ne vaudraient pas plus que 6 hl AP avec jus de raisin. Il y a là un palier à passer. Je propose d’en discuter au sein du BNIC et de mettre noir sur blanc les risques et les atouts d’un régime d’affectation. » Mais le chef de famille de la viticulture n’a pas non plus éludé « des échéances fortes ». « Théoriquement, la QNV prend fin avec la récolte 2004. » « Pour obtenir un sursis de la QNV, poursuit-il, Bruxelles nous a demandé de présenter un projet d’avenir validé par l’interprofession. Ce qui fut fait. Aujourd’hui, vous proposez autre chose. Pour s’appliquer, ces propositions devraient recevoir l’aval du BNIC. Or, sur les 34 membres de l’assemblée plénière, votre syndicat ne peut compter que sur 3 ou 4 membres. » Sans exclure l’idée qu’une double fin sans frais puisse séduire une commissaire européenne à l’agriculture donnée pour libérale, B. Guionnet a émis d’autres hypothèses. Comme celle que le ministère de l’Agriculture n’entreprenne rien auprès de Bruxelles. « Le chef de cabinet du ministre de l’agriculture nous a dit que la double fin, “c’était fini”. Dans ces conditions, la QNV peut durer un an, deux ans ou zéro année. Si le ministère de l’agriculture ne demande pas la dérogation pour prolonger la QNV, on peut changer de système dès la récolte 2005. » Pour Bernard Guionnet, la double fin présente quand même un grand défaut, celui de ne pas permettre à la région de se « caler ». « Par définition, dit-il, la double fin est antinomique de l’affectation. » Mais comme l’évidence ne sied pas aux Charentes, l’ancien président de l’interprofession a tout de même tenté d’envisager une double fin mâtinée d’affectation (à noter que le Pineau pratique l’affectation dans le cadre de la double fin depuis une dizaine d’années). « En remplissant une déclaration d’affectation en juillet, on pourrait connaître en octobre les quantités disponibles. Même si l’on ne peut guère espérer aller au-delà, ce serait déjà très bien. » Et d’échafauder une éventuelle voie médiane : une double fin « a minima » assortie de six mois de déclaration d’affectation préalable. Bernard Guionnet allait-il en rester là ? Inspirateur du Plan de 1998 qui préconisait la reconversion d’une partie du vignoble charentais, il n’a pas pu s’empêcher de tirer à boulets rouges sur une Administration « incapable de faire exécuter l’arrachage de 3 ou 4 000 ha de vignes inscrit dans le rapport Zonta. « Tout le monde s’en fout », a-t-il tonné. « Les premières conclusions du rapport Zonta n’ont pas été suivies d’effet. C’est lamentable. »

Présente à la réunion en tant que représentante de Mme la sous-préfète de Cognac et des DDAF, Danièle Le Gall a réagi, d’autant qu’on lui donnait la parole. « Vous prétendez que l’Administration n’a pas fait son travail. C’est une analyse un peu rapide. Une prime d’arrachage à 100 000 F l’ha puis à 90 000 F a été mise en place. Mais l’arrachage procède d’une décision individuelle et manifestement, la volonté n’y était pas. » Sur l’adoption d’une position régionale opposable à Bruxelles, la chargée de mission a rappelé que tout devait impérativement passer par l’interprofession, selon la loi de 1975. « C’est à elle de faire remonter vos propositions. » Enfin, au plan réglementaire, D. Le Gall a fait observer qu’il était difficile d’envisager une double fin sans article 28. « L’analyse juridique suscitée par Antony Zonta a bloqué sur ce point. C’est bien l’article 28 qui donne l’assise juridique unique de la double fin. On peut toujours souhaiter une double fin améliorée mais ce point ne se réglera pas d’un coup de baguette magique. » Réaction de Jean-Louis Brillet à l’issue de la réunion : « La réglementation doit se mettre au service de l’économie et non l’inverse. »

Le SGV garde le cap

Au SVBC, qui incite à remettre sur l’ouvrage le Plan d’avenir viticole, le SGV oppose une position ferme : pas question de changer de cap.

Yves Dubiny, secrétaire général du Syndicat général des vignerons : « La région a adopté une position, validée par l’interprofession. A-t-on aujourd’hui la latitude de changer ? Je ne le crois pas. Nous restons fermes sur nos positions. Par contre, il faudra sans doute démystifier le discours et dire les choses clairement. La disparition de l’article 28 n’est pas une pure vue de l’esprit. On ne nous dira jamais à quelle date l’article 28 passera à la trappe. Par contre, le jour où cela arrivera, il vaudra mieux y être préparé. Sinon ce sera la dérégulation totale. Sans l’article 28, la région sera taxée au régime des vins de table. Vous me direz qu’à 90 hl vol./ha à 9 % vol., cela ne donnerait après tout qu’un rendement Cognac de 8,1 hl AP/ha. Mais les choses sont peut-être un peu plus perverses. Sans demande d’aides, le rendement applicable au vin de table ne connaît pas de limite. Déjà en 1983, quand la réglementation communautaire avait été modifiée, la région avait connu un certain flottement. Il ne faudrait pas qu’à l’occasion de la disparition de l’article 28, les Charentes mettent dix ans à s’en relever. » Yves Dubiny précise par ailleurs qu’avec ou sans régime double fin, les cépages Cognac resteront toujours double fin. Ils pourront continuer de produire du vin de table et du Cognac.

 

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