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« La Meilleure Façon De Sauver La Double Destination »

8 mars 2009

Tout en comprenant les inquiétudes qui se font jour, Jean-Pierre Lacarrière, le président de l’interprofession, se montre convaincu du bien-fondé des orientations prises, comme étant les seules possibles et de nature à ménager l’avenir. Il s’est fait pédagogue du futur système d’affectation parcellaire à la réunion d’Alliance Fine Champagne face à des contradicteurs remontés.

La réunion d’une coopérative associée est rarement le lieu d’échanges musclés. Pourtant tel fut le cas à Alliance fine Champagne où Bernard Gauthier et Gérard Roy* firent état de leurs points de divergences avec l’orientation régionale. J.-P. Lacarrière y avait répondu par avance en brossant les tenants et les aboutissants du nouveau système. Il y est revenu par la suite, en réponse aux contradicteurs, ainsi que B. Guionnet et J.-B. de Larquier. Echanges.

jean_pierre.jpgJean-Pierre Lacarrière – « Toutes ces mutations posent un certain nombre de questions, engendrent aussi des inquiétudes. C’est tout à fait légitime. Pourtant, ce que les gens ont parfois du mal à comprendre, c’est que le nouveau système d’affectation nous permettra de sauver la double destination, en gardant la possibilité de produire des vins de base, des jus de raisins, des moûts concentrés. Comment ? D’abord parce que les cépages restent double fin. Ensuite parce que l’affectation Cognac introduit une différenciation réglementaire avec les surfaces “autres”, dont les hauts rendements seront inscrits dans le décret Cognac. Ces textes nous protégeront pour l’avenir. Sinon à quoi nous exposions-nous ? A passer sous les fourches caudines du rendement vin de table, dont on ignore ce qu’il sera après la réforme de l’OCM : 90, 80 hl/ha ? Je sais bien que l’INAO fait peur, que le contrôle fait peur. Mais le recours à l’arsenal juridique des appellations me semble la seule façon sérieuse de gérer l’économie régionale. Je ne fais pas de l’INAO une religion. C’est un outil qui permettra de sécuriser le rendement Cognac et les rendements “autres“. L’INAO est le seul moyen réglementaire qui nous permette de nous appuyer sur des textes suffisamment sérieux, opposables aux tiers et qui sont reconnus par la Commission européenne. »

Gérard Roy – « Je crois faire partie des gens très conscients de la nécessité de connaître au préalable la destination des produits. Je défends donc le principe d’affectation mais une affectation de surface et non une affectation parcellaire. Cette région présente des impératifs de qualité bien particuliers. Pour faire de très bons Cognacs, il faut pouvoir pleinement exercer sa faculté de tri. C’est toute la différence qu’introduit une affectation parcellaire par rapport à une affectation de surface. »

Bernard Guionnet – « Pour différentes raisons, je ne souhaite pas prendre parti pour cette affectation. Ceci étant, je vois mal comment l’INAO, philosophiquement parlant, pourrait, voudrait accepter une affectation qui ne soit pas parcellaire. En l’absence de suivi et de contrôle des parcelles identifiées, comment établir la différence entre une parcelle Cognac et une parcelle “autre”, pouvant produire 120 ou 200 hl/ha ? Même si je ne suis pas un “fanatique” d’une telle affectation, j’ai bien peur que nous n’échappions à l’affectation parcellaire. »

Jean-Pierre Lacarrière – « La première question qui se pose est la suivante : le Cognac veut-il oui ou non continuer à être une appellation ? Si oui, quelles sont les conditions à remplir pour qu’une appellation ne soit pas complètement “bidon” ? Si l’INAO rencontre aujourd’hui quelques problèmes, c’est peut-être que l’institution a pris certains arrangements avec le peuple, ou avec le ciel. La notion d’appellation impose un minimum de clarté, clarté que ne dispense pas l’affectation de surface. Ce type d’affectation ne correspond pas à grand-chose. Seule l’affectation parcellaire “tient la route”, en sachant qu’elle pourra être revue tous les ans ou tous les deux ans. »

Bernard Gauthier – « L’idée d’INAO dans le vignoble n’est pas nouvelle. Voilà 21 ans que nous avons pris la décision d’y travailler avec Pierre Mousset et quelques autres. Je pense avoir été l’un des moteurs du système d’appellation Cognac. Et c’est ici qu’a été fêté le cinquantenaire de l’INAO. Mais, à l’époque, mes collègues et moi-même souhaitions garder la spécificité Cognac. Nous ne voulions pas tomber dans le piège de l’AOC vin. Avec l’affectation parcellaire, vous nous y plongés. Autant l’affectation parcellaire se justifie pour produire un meilleur vin, autant elle ne signifie rien pour la qualité du Cognac. En vous faisant les défenseurs de l’affectation parcellaire, vous prenez une lourde responsabilité vis-à-vis des générations à venir. Car qui dit affectation parcellaire dit à terme délimitation parcellaire. Or, ici, nous sommes sur une délimitation géographique. Ce qui veut dire que toutes les vignes de l’aire délimitée peuvent produire du Cognac. Le négoce n’a pas tellement à craindre de l’INAO dans son fonctionnement, les liens avec le produit, le terroir. Mais nous viticulteurs avons beaucoup à y perdre, ne serait-ce qu’en considérant le fonctionnement de l’INAO, marqué par un immobilisme total. Regardez le cas du Follignan. Il a fallu des années et des années pour le faire reconnaître cépage accessoire du Cognac. L’agrément des eaux-de-vie est en route depuis 1993 et n’est toujours pas finalisé en 2006. L’affectation des ha oui, mais pas l’affectation parcellaire, qui est anti-économique tout en n’étant pas un facteur qualitatif. »

Jean-Pierre Lacarrière – « Je ne ferais pas le procès de qui est responsable de quoi. L’affectation parcellaire est peut-être un piège mais la fin de l’OCM une réalité. J’ai toujours dit à ceux qui se trouvaient suffisamment astucieux pour proposer un nouveau système de le faire mais personne ne s’est manifesté. L’affectation parcellaire un piège ! Je demande à voir. En tout cas, il n’existe pas d’autre solution sérieuse. Ou alors trouvez-moi un autre système de contrôle des affectations. »

Bernard Guionnet – « Avec le régime de double fin, nous avons eu un régime d’exception. Imaginez qu’avec la QNV d’exploitation, nous sommes parvenus à faire produire des vignes qui n’existaient pas. Cela m’étonnerait que, demain, la philosophie de l’INAO tolère de faire produire des vignes avant la troisième feuille. Les dérogations dont a profité la région appartiennent à un temps révolu. Rien ne sert de se voiler la face. Il vaut mieux être clair tout de suite. C’est tout l’intérêt d’un tel débat. »

Jean-Bernard de Larquier – « Quelque part, au-delà du réglementaire, c’est l’économie qui nous commande. Je suis d’accord avec ceux qui veulent conserver une certaine souplesse. C’est bien pour cela que nous soutenons l’affectation parcellaire. Car si nous en étions restés à l’affectation de surface, nous n’aurions jamais obtenu la dérogation des hauts rendements à 200 hl vol/ha. Or nous savons que la rentabilité des débouchés “autres” sera conditionnée par les volumes. Et nous avons besoin de ces débouchés. Car vous n’aurez pas de mal à deviner avec moi ce que donnerait un rendement Cognac calculé sur 75 000 ha entièrement affectés au Cognac. »

* Bernard Gauthier fut président du CRINAO Charentes et a siégé au Comité national INAO. Gérard Roy fut président du Syndicat de cru de Petite Champagne et siège au CRINAO.

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