Actualités au vignoble

24 avril 2013

Le mois dernier, l’affaire des phtalates en Chine avait fait monter la pression de plusieurs crans. Cote d’alerte en vue. Au cours des dernières semaines, le problème s’est largement dégonflé même si, de l’avis unanime, « la vigilance reste de rigueur ». En avril, la région est revenue à une gestion plus courante des affaires. Ce qui n’empêche pas une actualité fournie. A meilleure preuve, trois exemples : les discussions interprofessionnelles du Cognac ; la demande de plantations nouvelles formulée par le Pineau auprès de l’INAO ; et dans un registre plus entrepreunarial, l’acquisition du Maine-au-Bois par le groupe Pernod Ricard.

Discussions interprofessionnelles du Cognac – Au Bureau national du Cognac, le groupe de travail « Gestion de la production » s’est réuni plusieurs fois. En sont ressorties un certain nombre de propositions. Avec une quasi-certitude, on peut dire qu’une réserve de gestion sera mise en place sur la récolte 2013. Par ailleurs, les professionnels, comme ils s’y étaient engagés, ont réfléchi au cadre à donner à cette réserve de gestion. Un peu à l’image de ce qui existe pour la réserve climatique, la réserve de gestion pourrait jouer à l’intérieur d’un plafond (de 6 hl d’AP/ha) avec une possibilité de constitution annuelle (sur décision interprofessionnelle), dans une fourchette de 0,5 à 1,5 hl AP/ha. La réserve de gestion resterait toujours non contractualisable. « La réserve de gestion appartient à la viticulture, précise Christophe Véral, chef de famille de la viticulture au BNIC. Elle est là pour nous aider à reconstituer nos stocks en même temps qu’assouplir nos futurs marchés. Mais nous ne voulons surtout pas que la réserve de gestion pénalise le rendement Cognac. »

Sur le rendement Cognac 2013, si les échanges ne font que débuter, le représentant viticole a indiqué que l’on ne devrait pas être loin du rendement de l’an dernier (10,83 hl AP/ha) En tout cas, nous serions « à des années-lumière » des 12 de pur, un chiffre qui a pu être cité ici et là. « Il faut tout de même bien voir qu’avec le rendement de l’an dernier, nous étions déjà à plus de 800 000 hl AP alors que les sorties s’élèvent à 550 000 hl AP, évaporation comprise. Même si de bonnes perspectives existent, on ne peut pas faire n’importe quoi. » Selon C. Véral, le manque d’eaux-de-vie relève davantage d’un mauvais partage que d’une véritable pénurie. Quant à la petite tendance à la baisse du prix des rassises observées ces jours-ci, elle ne le dérange pas outre mesure. « Cela peut paraître bizarre que je tienne ce langage mais des eaux-de-vie de comptes 2 à 2 000 € ou des eaux-de-vie de comptes 4 à 3 000 € ne me paraissent pas une bonne chose. Ces prix ne sont pas en adéquation avec les ventes. Par ailleurs, le second marché ne représente que 5 % des transactions. Entre 450 et 500 000 hl AP se négocient à des prix normaux. »

Les statistiques Cognac du mois de mars affichent un repli de – 19 %. Faut-il s’en inquiéter ? Le chef de famille de la viticulture relativise : « Les ventes sur les lieux de consommation n’ont pas chuté. Ce sont les expéditions aux importateurs qui ont pâti, ponctuellement, du problème des phtalates. Ici, l’on confond souvent sorties et ventes, dans un sens comme dans l’autre d’ailleurs, autant pour exagérer les ventes que pour les minorer. » Lors de la réunion de la Sica des Baronnies, Patrice Pinet, directeur général de Courvoisier, a relayé ce chiffre de – 19 %, pour mettre en garde contre un excès de confiance. Colère – assumée – de Christophe Véral : « Vouloir faire peur à la viticulture en brandissant ce chiffre, c’est indécent. Ce n’est pas digne d’une grande maison. C’est vraiment déplacé. »

La phase 2 du Business plan piloté par Eurogroup va s’engager. Christophe Forget, président de l’UGVC, a indiqué que le panel de viticulteurs était en train de se constituer. Car, au terme d’une étude beaucoup plus qualitative que celle de la phase 1, le cabinet va interroger une trentaine de viticulteurs pour connaître leur approche du vignoble, leurs intentions de renouvellement, la productivité des vignes. Tout cela pour aboutir à des préconisations.

Dépôt d’une demande de plantations nouvelles par le Pineau – Le 11 mars dernier, le Syndicat des producteurs de Pineau reconnu ODG a déposé une demande de transfert de droits (en fait une demande de plantations nouvelles) auprès de l’INAO. Si la demande est suivie d’effet, ces droits nouveaux seront prélevés dans la fameuse réserve nationale prévue à cette fin. Tous les ans, des appellations y recourent, pour palier une perte de surface due à l’implantation d’une rocade, d’une ligne de chemin de fer… Dans le cas du Pineau, il s’agit d’un tout autre enjeu. Au terme d’une large consultation ayant impliqué tant les négociants que les viticulteurs, la filière a baptisé son initiative « Plan de sauvegarde de l’appellation ». C’est dire l’importance que le Pineau y accorde. Jean-Marie Baillif, président du syndicat des producteurs, s’en explique. « En dix ans, les surfaces dédiées au Pineau sont passées de 5 900 ha à 2 400 ha, Cognac et moûts compris. Les hectares « moûts Pineau » ont diminué d’un tiers (1 798 à 983 ha). Nous avons réussi à compenser le différentiel par une augmentation des rendements mais aujourd’hui, nous sommes au taquet. Au niveau de la production, nous ne pouvons pas aller plus loin et, au niveau du stock, nous sommes au minimum. En sept ans, nous avons déstocké une année de production. » Avec le plan de sauvegarde, que cherche la filière ? Que les producteurs réguliers, intégrés dans l’appellation, puissent s’engager encore plus dans la production. Pour ce faire, la profession a imaginé un plan pluriannuel, étalé dans le temps. Aux yeux du syndicat, cet étalement dans le temps représente une composante essentielle du dossier. La prévision de plantation permet d’ouvrir la mesure à davantage de producteurs ; c’est aussi une manière de s’assurer que les droits demandés seront bien utilisés (important vis-à-vis de l’INAO) ; et, last but not least, que les surfaces seront bien affectées au Pineau. Cette question de l’affectation reste un sujet sensible dans la région de Cognac. Pour y couper court, les nouveaux droits de plantation Pineau pourraient-ils concerner que des cépages « exotiques », hors cépages Vin Blanc Cognac ? « Non répond sans ambiguïté J.-M. Baillif. Le meilleur rempart au “yo-yo” est encore la bonne santé de l’appellation. En son temps, l’appellation Pineau a elle-même souffert d’ha nomades, en provenance du Cognac. » Qui plus est, un élément objectif peut limiter ces allers-retours : l’affectation N + 1 pour le Pineau, voire N + 2 si le Cognac passait à une affectation N + 1 (préconisation de la commission d’enquête INAO).

Le 18 avril, la demande du Pineau sera examinée par la commission permanente de l’INAO. La veille, une réunion tripartite aura réuni le Pineau, l’INAO et le ministère de l’Agriculture. C’est Christian Paly himself, président du Comité vins et eaux-de-vie de l’INAO, qui portera la demande du Pineau. Jean-Marie Baillif espère pouvoir annoncer les modalités pratiques de la mesure le 25 avril, jour de l’AG du Syndicat des producteurs de Pineau.

Pernod Ricard achète la distillerie du Maine-au-Bois – Effective depuis le 5 avril, l’acquisition du Maine-au-Bois (commune de Saint-Eugène près d’Archiac) par le groupe de spiritueux fut officialisée dans la région le 8 avril, pour cause de contraintes boursières. Nous y reviendrons dans le prochain journal. Disons juste que cette opération hors norme porte sur l’achat d’une distillerie de 21 chaudières de 25 hl vol., d’un stock d’eaux-de-vie, de chais de vieillissement et de vinification. « C’est un superbe outil industriel, une plate-forme remarquable, qui représente une très belle opportunité pour Pernod Ricard et pour la société Martell » a reconnu Philippe Guettat, P-DG de Martell Mumm Perrier-Jouët, présent à Saint-Eugène le 8 avril dernier. Le dirigeant a brossé le cadre dans lequel allait s’exercer l’activité du Maine-au-Bois. « Ce sera une entité juridique autonome qui poursuivra ces activités à la fois de vinification, de distillation et de marchand en gros. L’entreprise s’approvisionnera en amont et trouvera des débouchés auprès de clients en aval. L’idée est de faire tourner au mieux l’outil et de rentabiliser ses actifs. » Cela a été dit : Martell n’a pas vocation à être le seul client du Maine-au-Bois. « Nous nous sommes engagés à honorer l’ensemble des contrats. Cela ne changera rien aux relations du Maine-au-Bois avec Courvoisier » a annoncé le staff de Pernod Ricard. Malgré tout, un « coup de pouce maison » va être accordé à l’entreprise, en l’adossant à ARB, pour Augier – Robin – Briand, société filiale de Pernod Ricard. L’argumentaire des dirigeants : que l’activité du Maine-au-Bois permette de relancer la marque Augier – déjà présente en France – et, éventuellement, la marque Jules Robin. Une relance marketing et commerciale qui pourrait se traduire par un redéploiement sur de nouveaux marchés, de nouvelles cibles consommateurs. Olivier Gardais, directeur production de Martell, a été désigné comme directeur général délégué d’ARB et, de fait, responsable du Maine-au-Bois.

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