25eme Printemps des vins de Blaye : le bel âge

24 mai 2019

La jeunesse énergique des vins de Blaye au sein du patronage historique de sa citadelle

 

Au cœur de la citadelle de Blaye, entre le souvenir vivace et fort de Vauban, le soleil printanier, le calme de la Gironde, vignerons, artisans, techniciens, en un mot, les professionnels des Blaye Côtes de Bordeaux ont remué leur-savoir dans l’immuable monument historique, entre le fleuve et les vignes, les 13 et 14 avril derniers lors du 25e printemps des vins Blaye, où le public fidèle a vécu quelques heures pour se mettre au parfum des effluves de la rive droite des vins de Bordeaux.

 

Ne devinez-vous pas pourquoi je meurs d’amour ?
La fleur me dit : salut : l’oiseau me dit bonjour :
Salut ; c’est le printemps ! c’est l’ange de tendresse !
Ne devinez-vous pas pourquoi je bous d’ivresse ?
Ange de ma grand’mère, ange de mon berceau,
Ne devinez-vous pas que je deviens oiseau,
Que ma lyre frissonne et que je bats de l’aile
Comme hirondelle ?…

Un cœur sous une soutane, Arthur Rimbaud

 

Il n’y avait ni Rimbaud ni soutane, mais bien le cœur des vignerons de Blaye Côtes de Bordeaux lors de leur 25e printemps, dans, et sur, les murs de citadelle citadine. Ce sont plus de 16 000 personnes (un record pour l’événement) qui se sont réunis les samedi et dimanche 13 et 14 avril derniers autour de la centaine de vignerons, avec une influence parfois très dense dans les quatre lieux de dégustation : salle de la Poudrière, salle du Pavillon, salle du Couvent des Minimes et salle de Liverneuf.

 

La centaine de producteurs ont pu faire découvrir, ou re-découvrir, leurs vins aux visiteurs, principalement grand public (dont 8 000 pass dégustations vendus). « Il y a les amateurs de vin, en général, ceux qui viennent déguster sont là le matin. Nous avons mis en place des animations pour les familles : nous avons une garderie, où les parents peuvent laisser leurs enfants le temps d’aller déguster. »

Pour la diversification des journées, cinq ateliers premium (masterclass vignerons, escape game, atelier assemblage, atelier cuisine et atelier peinture au vin) et et quatre animations (casino du vin, balade en petit train, balade en bateau sur l’estuaire avec dégustation de vin et visite commentée de la citadelle) se sont relayées afin de faire découvrir aux dégustateurs et visiteurs de tous âges l’appellation du nord du Bordelais (lire dans les encadrés).

Les premiers retours des vignerons demeuraient excellents, avec la venue de curieux issus d’autres régions voire de l’étranger aux accents anglophones. Ce quart de siècle fait désormais partie d’un rendez-vous, portes ouvertes officieuses pour certains, vraies retrouvailles pour d’autres avec les petites activités bien remplies (jusqu’à 700 participants à la course des garçons de café).

Le travail logistique (installation des barriques, stop-gouttes, crachoirs, tabliers) a permis aux vignerons de s’installer directement, et localement, avec leurs vins pour un résultat particulièrement ensoleillé.

 

Clos de l’Échauguette, la vie d’un clos classé à l’UNESCO

 

Au cœur de la citadelle de Blaye, le clos de l’Échauguette siège dans un monument historique, classé au patrimoine mondial l’UNESCO. Ce sont 15 ares de merlot avec une orientation sud-est, vendangés manuellement puis élevés en fûts de chêne, et vinifiés à la cave des Châteaux Solidaires (située à Cars, 5 kilomètres à l’est de Blaye : collectif mutualiste collectif d’une dizaine de châteaux et de petits apporteurs).

 

Pour la petite histoire, l’Académie française définit ainsi l’échauguette. Étymologiquement : XIe siècle, escalguaite, « action de veiller ». De l’ancien bas francique *skarwahta, proprement « guet (wahta) fait avec une troupe (skara) ». « Dans les fortifications et les châteaux forts, guérite construite en surplomb, grâce à laquelle le guet disposait d’une vue étendue sur les environs. »

Lucile Auger, responsable relations presse à l’Union des Côtes de Bordeaux, a présenté la vie de ce petit clos éponyme.

« Il y a quelques années, l’équipe du syndicat viticole a décidé de reprendre en main cette parcelle pour créer une cuvée : la cuvée du clos de l’Échauguette. Le premier millésime commercialisé fut 2015, donc cela reste assez récent. Aujourd’hui, nous sommes sur le millésime 2016. Toute la parcelle est travaillée en bio : labour à cheval, hôtel à insecte, jachère fleurie pour la pollinisation, nichoirs à abeilles, poules de Bresse qui picorent les petits limaces et escargots qui viennent ronger les feuilles de vignes, ce qui permet de ne pas traiter (les poules sont enlevée à la véraison et vont en villégiature chez un vigneron). Ce sont autant de petites choses pour essayer de faire de ce vignoble un petit vignoble bio mais aussi à vocation pédagogique. Nous sommes aussi partenaire de la Gironde verte, qui permet aussi pour écolier de venir et de découvrir comment travaille-t-on la vigne dans le respect de la nature. »

Outre ce vignoble aux allures de Tradition, l’interprofession a installé un pluviomètre connecté, afin de rester à la pointe en terme d’innovation, permettant des expérimentations grandeur nature.

« C’est un vignoble syndical, il appartient à tous les vignerons de l’appellation. Il contient 737 pieds de vignes et la cuvée produit une cuvée de 737 bouteilles numérotées (ainsi qu’une édition très limitée de magnum, précisa Émilie Paulhiac du Syndicat Viticole de Blaye). C’est un outil de communication assez extraordinaire, en vente à la maison du vin, dans la boutique des vignerons de l’appellation et au restaurant de l’hôtel de la Citadelle. »

 

Naissance et vie des vins d’appellations : petite présentation de l’AOC Blaye Côtes de Bordeaux et l’AOC Blaye.

 

Lors de l’atelier premium, Masterclass Vignerons vin rouge, Floriane Fustec, responsable technique de Blaye Côtes de Bordeaux et Jean-Michel Baudet, vigneron à Plassac en appellation AOC Blaye (entièrement en rouge) et président de Terra Vitis, ont présenté ces appellations, et leurs futurs évolutions. Le tout lors d’une dégustation, évidemment.

 

En viticulture, comme dans toute l’agriculture, tout part du sol et du sous-sol. Floriane Fustec a présenté la géographie des lieux. « L’AOC Blaye Côtes de Bordeaux, en face du Médoc, est située à côté de l’estuaire, rive droite. Nous avons plutôt des terroirs calcaires (opposés à la rive gauche, où il y a tous les terroirs graveleux). L’appellation est assez vaste, avec 450 exploitations et 90% de rouge et 10% de blanc. Trois zones majoritaires, avec des sols géologiques différents : une au niveau de Blaye (coteaux calcaires), une au nord (un petit plus de sable, donc ) et une à l’est (limoneux). »

Pour préciser l’évolution de ladite AOC, elle précisa qu’« anciennement, il y avait  côtes de Blaye blanc, et aujourd’hui, côtes de Blaye regroupe et blanc et rouge. »

 

Petite histoire et petits remous des AOC

 

Enraciné à Plassac, Jean-Michel Baudet a précisé quelques limitations géographiques, administratives et culturels, et expliqué les évolutions des AOC. « Au sud de l’appellation, en limite avec les côtes de Bourg. En bas de chez moi, le ruisseau de Brouillon est la limite d’AOC, autrefois une limite de canton, et en terme d’histoire, la limite culturelle de la langue d’oc et la langue d’oïl. »

Outre ces dénominations langagières des historiques provinces, les AOC (nées dans la première moitié du XXe siècle) ont vécu des remous toujours d’actualité. « L’appellation Blaye Côtes de Bordeaux existe depuis 2009, elle était autrefois Premières Côtes de Blaye, de 1936-1937 à 2008. Au fil des années, il y a toujours eu des réflexions par rapport à la hiérarchisation, à la différenciation de différents styles de vin. Par le passé, nous avions la mention distinctive Cru Bourgeois. Elle s’est perdue au fil du temps, les producteurs l’ont moins utilisée. Le jour où ils ont voulu la réutiliser, les Crus Bourgeois du Médoc ont voulu en avoir le monopole. Il y a eu des bagarres juridiques, et à Blaye, nous avions énormément de difficulté à se mettre d’accord sur ce sujet-là. Lors de toutes ces discussions, nous avions réalisé que nous une appellation très peu utilisée, l’appellation communale Blaye, qui avait des règles vieillottes. Avoir une AOC dans un contexte national est une valeur, un potentiel. Plutôt que de se chamailler contre les crus bourgeois, définir des règles, nous avons utilisé l’AOC. Nous avons demandé à l’INAO de changer les règles de l’AOC Blaye et au lieu d’en faire un réceptacle  sans intérêt, nous en avons fait une appellation niveau grand cru. Nous avons eu l’acceptation à partir du moment où nous avons rendu les choses plus exigeantes et rigoureuses. »

L’AOC Blaye modifié en 2000, le cahier des charges oblige à :

  • densité maximale de 6 000 pieds/ha ;

  • cépages principaux : cabernet-sauvignon N, cabernet franc N, et merlot N, encépagement supérieur ou égal 50%  ;

  • cépages accessoires : carmenère N, cot N (ou malbec) et petit verdot N, encépagement inférieur ou égal à 15% ;

  • rendements limités à 48 hl/ha ;

  • proportion des cépages principaux est supérieure ou égale à 50 % dans les assemblages ;

  • proportion du cépage cot N (ou malbec) est inférieure ou égale à 50 % ;

  • proportion de l’ensemble des autres cépages accessoires est inférieure ou égale à 15 %.

  • mise en bouteille à la propriété (initialement accordée, puis enlevée, mais entrée dans les mœurs locales).

    Dans les cépages, le roi reste le merlot, viennent ensuite les cépages traditionnels, cabernet sauvignon, malbec, cabernet franc, ainsi que quelques traces de petit verdot.

     

    « Appliqué secteur géographique de Blaye, explicite le vigneron de Plassac, cela correspond aux règles des Saint-Émilion Grand Crus. Aujourd’hui, nous pouvons produire de l’AOC Blaye sur toute l’appellation AOC Blaye Côtes de Bordeaux. Pour des raisons juridiques, et nous sommes d’accord là-dessus, nous allons restreindre la zone géographique car l’INAO estime que deux AOC ne peuvent pas avoir le même zonage. Si nous avons une AOC Blaye, elle doit déterminer des terroirs plus spécifiques, plus précis, et nous allons réduire la zone de l’AOC Blaye. »

     

    Redéfinition de l’AOC Blaye

     

    L’AOC Blaye est en train d’être redéfinie avec l’INAO. En tant que technicienne, Floriane Fuestec travaille sur le dossier. « En 2020, elle sera redéfinie par rapport à l’étude des sols. Il y aura une restriction sur la zone, étudiée entre les producteurs actuels, les points communs, afin de monter un dossier pour le sol, les terroirs et dégager signes de qualité supérieure. La zone historique présente des calcaires à fleur avec une zone qualitative (Cars, Berson, Plassac). Concernant le sol et la technique, nous avons les éléments, mais nous devons les assembler avec la politique et il est difficile d’exclure les vignerons (un ou deux pourraient l’être).

    « AOC Blaye changera de nom. Avec l’apparition de Blaye Côtes de Bordeaux (blanc et rouge), initialement reconnue par le décret du 29 octobre 2009, le nom AOC Blaye (uniquement rouge) devra changer de nom, afin que le nom de « Blaye » n’y apparaisse pas », a expliqué, a posteriori de l’événement, la responsable technique. Ainsi, les équipes sont à la « réflexion sur le nom, qui devra être choisi avec la future communication sur l’appellation. »

     

     

     

    Échos de Blaye : approches des publics et financement participatif

     

    Château Magdeleine Bouhou, une autre approche du public

     

    Pour la quatrième année consécutive, le Château Magdeleine Bouhou a présenté ses vins aux visiteurs de la cathédrale de Blaye. Rodé aux échanges avec son public, le domaine a également pris une autre approche en ce qui concerne l’implication de ses clients et dégustateurs, le financement participatif via la plateforme Winefunding.

     

    Dans sa volonté de travailler les 17 hectares du domaine – dont 15 en production – en vitiviniculture biologique, le château Magdeleine Bouhou s’est tourné plus directement vers son public. « L’objet de la campagne de financement, l’acquisition d’un deuxième tracteur serait vraiment le top pour travailler, et ne pas avoir à chaque atteler entre le travail du sol et le pulvérisateur. Une année comme 2018, c’est quasiment impossible. Nous travaillons le sol, notamment par des amendements en terre avec des céréales d’hiver. C’est un peu la suite logique. Pour le moment, cela se passe bien. La finalité était sur le traitement phytosanitaires de la vigne. Aujourd’hui nous ne sommes équipés pour gérer une campagne sur les produits de contact  avec le pulvérisateur que nous avions. L’objectif est de pouvoir continuer à gérer dans la journée le vignoble, ne pas être débordé. L’important est la réactivité. Sur une année où il pleut souvent, où cela peut partir rapidement, la réactivité et la capacité de gérer dans un laps de temps le plus court possible », a expliqué Yann Couturier, en charge de la partie commerciale (et épaulé sur le printemps des vins de Blaye par Frédéric Marchais, porté sur la partie technique du domaine).

     

    Diversifier les financements

     

    Le financement participatif a permis, non seulement de faire connaître davantage aux amateurs de vin le domaine, de développer une autre manière de trouver des fonds. « Aller chercher de manière plus originale le financement que par un simple prêt bancaire. Il s’agit d’essayer de raccrocher nos clients au projet de conversion, et vraiment participer au projet, puis de chercher à fidéliser de nouvelles personnes. Le principe du remboursement en vin est étalé sur trois années, cela permet vraiment d’avoir une implication, faire connaître le domaine. » Avec un sujet dans l’air du temps, cette conversion en agriculture biologique dépasse le cadre de la simple, et saine, curiosité. « Sur cette thématique-là, nous allons retrouver beaucoup de gens, par ce projet, cela crée une petite communauté pour tous ceux qui ont pu participer. Nous le ressentons dans les commentaires et les gens qui passent. Même des gens qui n’ont pas participé s’y sont intéressés, on sent vraiment un intérêt. »

     

     

    Blaye et l’étiquette.


    Nous avions parlé dans le numéro 1212 du Paysan Vigneron de la difficulté des appellations méconnues de Bordeaux face aux historiques crus classés et crus bourgeois. Au-delà du savoir-faire et du cahier des charges – parfois communs –, il s’agit souvent du syndrome des « buveurs d’étiquettes ».

     

  • « Lors de dégustation, les gens trouvent nos vins meilleurs mais repartent avec un carton de Saint-Émilion », reconnaît Muriel Revaire, de l’EARL Chaumet Rousseaud, dans les faubourgs de Blaye. Tablant sur les nouvelles générations, elle remarque « des tranches d’âges plus soucieux de l’environnement, souhaitant vivre plus simplement ». Malgré un « panier moyen faible », la vigneronne n’hésite pas à « s’adapter aux goûts » de ces nouveaux consommateurs, dégustant le vin différemment, « pour se faire connaître. »

     

    Élargir les cibles


    « L’hétérogénéité des prix de vins de Blaye, avec certains à 3 ou 4€, pose problème », reconnaît-elle. La diversité riche est, ici, bloqué par un manque d’identité de l’appellation, sous-cotée, méconnue, boudée. La qualité a un coût et une partie des amateurs de vin renâclent, pour le moment encore, à investir la rive droite de la Gironde.

     

  • Émilie Paulhiac, responsable communication de la maison du vin de Blaye, a insisté sur ce point. « La mission principale est de développer la notoriété des vins, et pas uniquement dans la région, mais en France et même au-delà. Certains visiteurs venaient d’autres régions (dont certains viticulteurs de la Loire) ou même de l’étranger. Nous devons communiquer davantage auprès des interprofessions de cet événement, qui intéresserait les professionnels pour s’en inspirer. » Ou comment toucher une des spécificités locales de l’universelle France du vin.

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