2024 : une année de jeux et de forme olympiques !

19 janvier 2024

Le vent du dragon porteur de bonne ou de mauvaise fortune ?

En préambule aux Jeux olympiques 2024 et à leur « softpower » tant convoité, c’est avant tout l’événement du Nouvel An chinois que les professionnels du cru attendent aujourd’hui avec impatience. Si le deuxième marché du cognac, la Chine, s’apprête aujourd’hui à célébrer la nouvelle année, le 10 février prochain, le cognac fera lui aussi partie intégrante de ces célébrations, pour une année placée sous le signe du dragon de bois. En s’arrêtant quelques instants sur la symbolique associée, on apprend que le dragon est symbole de force, de courage et de prospérité, tandis que l’élément bois, lui, apporte des caractéristiques de croissance, de renouveau et de vitalité. Des qualités qui font écho à la filière Cognac, indispensables à sa résilience, alors qu’elle est aujourd’hui chahutée. Subissant en effet une difficile loi des séries, et alors que l’Extrême-Orient s’en sortait bien jusque-là, avec des expéditions affichant, en année mobile arrêtée à fin novembre

2023, des résultats positifs (+ 16 % en volume), l’annonce par le ministère chinois du Commerce du lancement d’une enquête anti-dumping visant les eaux-de-vie de vin européennes, et notamment le cognac, en représailles à la politique européenne protectionniste en matière de voitures électriques, fait aujourd’hui naître une inquiétude certaine, dont la filière se serait bien passée… Comme le disait en son temps le plus grand des sinophiles, feu Jacques Chirac, « les emmerdes, ça vole toujours en escadrille ».

Chronique d’une enquête annoncée…

Il faut remonter à octobre 2023 pour retrouver les origines du « méfait » et des hostilités, avec l’ouverture, par la Commission européenne, d’une enquête sur les subventions aux voitures électriques à batterie (VEB) en provenance de Chine. Cette enquête, visant à déterminer si les chaînes de valeur des VEB chinoises bénéficiaient – ou non – de subventions illégales et si ces subventions entraînaient – ou non – un préjudice économique pour les producteurs de VEB de l’Union européenne (UE), pourrait in fine conduire à instituer des droits anti-subventions sur les importations de VEB chinoises, que Pékin ne voit pas d’un bon oeil. En effet, des droits anti-subventions provisoires pourraient être institués au besoin dans le but de rétablir une concurrence loyale entre les produits importés des pays tiers et les produits fabriqués dans l’UE, au plus tôt soixante jours et au plus tard neuf mois à compter de l’ouverture de la procédure. Cette procédure, qui suivra les règles de l’UE et de l’OMC et qui devrait être conclue dans un délai maximal de 13 mois, avait, lors de son officialisation, été saluée par Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, satisfait que l’UE « puisse riposter » dans un contexte où cette dernière « doit montrer qu’elle est déterminée à protéger ses intérêts ». Un voeu pieux et une exposition médiatique malheureuse s’étant rapidement confrontés à une réalité bien moins idéalisée, et surtout très politique, prenant la filière Cognac à partie.

« Si vous ignorez le dragon, il vous mangera. Si vous défiez le dragon, il vous vaincra. Mais si vous chevauchez le dragon, vous profiterez de sa force et de sa puissance. »

« Ne vous mettez pas entre le dragon et sa colère. »

William Shakespeare, « Le roi Lear ».

Si rien n’a été énoncé de manière explicite, la décision du ministère chinois du Commerce, tombée le 5 janvier dernier, de lancer une enquête anti-dumping visant les eaux-de-vie de vin, de marc et brandies européens exportés en Chine dans des contenants de moins de 200 litres, ne fait que peu de mystère quant à son caractère revanchard. Ouverte à la suite d’une plainte déposée par le secteur des brandies chinois, dont la production est confidentielle comparée aux autres spiritueux localement produits, elle oblige aujourd’hui les opérateurs à montrer patte blanche auprès des autorités chinoises, notamment s’agissant de leurs pratiques établies sur le marché entre le 1er octobre 2022 et le 30 septembre 2023. Pour le directeur général du BNIC, Raphaël Delpech, la preuve de dumping sera plus que difficile à établir. « Sans que nous ayons pu étudier le cheminement suivi par les producteurs chinois de brandy pour arriver à leurs conclusions, ils évaluent à 15,88 % le niveau de dumping, ce qui est très bas par rapport à des précédents, c’est-à-dire des plaintes qui ont pu concerner d’autres secteurs où les niveaux étaient beaucoup plus élevés ». En effet et pour rappel, les vins australiens ont eux aussi eu à subir les foudres chinoises jusqu’à très récemment, non cette fois-là pour une question de voitures électriques à batterie, mais pour un sujet, préoccupant de manière presque obsessionnelle le commun des mortels à l’époque : les origines du Covid-19. Une question (toujours) sensible pour Pékin, qui avait alors préféré répondre par une taxe de 218 % sur les vins australiens, entraînant un effondrement du commerce qui valait auparavant 1,2 milliard de dollars par an.

Cognac, une victime collatérale ?

Pour le BNIC, nul doute que les produits et pratiques commerciales sont pleinement conformes aux réglementations chinoises et internationales et que l’UE et la Chine trouveront un moyen constructif de résoudre tout différend bilatéral, comme cela s’est produit par le passé sur d’autres sujets. « La coopération technique dans le secteur des spiritueux est excellente et historique entre les deux partenaires commerciaux. Cette coopération sera encore renforcée en 2024 et contribuera au bon niveau de dialogue entre l’UE et la Chine. » Pour Florent Morillon, président de l’interprofession, « les fondements économiques de la procédure lancée par le ministère chinois du Commerce posent question et il n’y aucune raison qu’elle se poursuive. S’il s’agit d’un coup de semonce, d’une initiative politique, alors la réponse doit être politique. Nous, comme nos collègues producteurs des autres régions concernées, sollicitons le soutien et l’accompagnement des autorités françaises et européennes. »

« Citius, Altius, Fortius – Communiter »

« Plus vite, plus haut, plus fort et ensemble », 2024 sera olympique ou ne sera pas ! Athlètes et viticulteurs mèneront le même combat, chacun sur leur terrain, pour une année dont nous savons déjà qu’elle sera davantage un marathon qu’un sprint. A l’image de l’équipe de France, la filière, challengée de toute part, n’a d’autre choix que de jouer le jeu du collectif, sur tous les fronts, pour porter haut les couleurs de son territoire et de son eau-de-vie pluriséculaire. Environnement et biodiversité, émissions carbone, développement de l’activité économique sur le territoire et sur les marchés, attractivité de la filière et de ses métiers, les enjeux déjà identifiés sont de taille pour assurer la qualité, la durabilité et la croissance de la filière sur le long terme. Faites vos jeux…

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