2014 : Grêle, plantations, marché chinois

7 janvier 2015

Les fins d’années sont propices au bilan. Et à la sempiternelle question : que retenir de ces douze mois qui nous abandonnent ? De notre cerveau reptilien remontent trois mots-clés : grêle, plantations, marché chinois. Et l’on pourrait rajouter les maladies du bois si l’on ne craignait d’être trop sombre.

Les trois épisodes de grêle de la fin du printemps ont frappé les esprits. Malgré les belles performances de l’année, la grêle demeure quelque chose d’important pour tous ceux qui ont été touchés, économiquement mais aussi psychologiquement. « La taille n’est pas belle, difficile à négocier. L’année qui vient engendre une certaine angoisse » témoigne un viticulteur. Il fau-drait aussi parler du climat, atypique (mais pourra-t-on longtemps utiliser ce terme, tant le caractère atypique devient récurrent), froid et pluvieux en août, ensoleillé et généreux en septembre. Un rattrapage inespéré, qui a sauvé la récolte.

Les maladies du bois ne désarment pas. Selon la formule consacrée, « la recherche progresse » mais de solution, point. « Il faut encourager les viticulteurs à entreplanter pour boucher les trous ainsi qu’à renouveler les vignes les plus atteintes » conseille un technicien. « Ce sont les deux seuls moyens à notre disposition. »

En Charentes, le terme plantation renvoie imman-quablement au Business plan Cognac. Ce projet de plantation symbolisé par un chiffre – 8 000 ha – reste un sujet très sensible. Le sentiment commun ! « Inquiétude et opinions défavorables » résume un observateur qui précise aussitôt que les détracteurs « seront les premiers à planter s’ils obtiennent des droits. » Paradoxe éminemment humain, qui renforce l’intérêt de « l’intermédiation », autrement dit de la structure collective capable d’arbitrer entre intérêt général et intérêts particuliers. Typiquement le rôle d’un syndicat.

A cet égard, l’assemblée générale de l’UGVC, le 27 mai dernier, aura constitué un temps fort de l’année. Sujet du jour ? Le Business plan justement et ses indicateurs de pilotage, annoncés à l’époque mais pas encore
connus. Ils le sont aujourd’hui. Reste à savoir comment ils se traduiront dans les faits ?

La Chine ! Il aurait sans doute fallu commencer par là. Jusqu’au début de l’année 2014, la région avançait sur des perspectives claires, limpides. L’horizon semblait dégagé, sur une longue période. Et puis, fin de prin-temps, la vision s’est brouillée. Il faut s’y résoudre. La campagne anti-extravagance lancée par le gouvernement chinois a toutes les chances de durer. Le négoce annonce un marché en reconstruction et rien n’interdit de le croire. Mais, pendant ce temps, la région n’a jamais connu un stock aussi élevé : 4 millions d’hl AP, un record historique. La distillation Cognac atteindra encore cette campagne 800 000 hl AP quand les ventes de Cognac représentent moins de 500 000 hl AP. Sur le marché des eaux-de-vie nouvelles, que constate-t-on aujourd’hui ? Une absence quasi totale de transactions en dehors du système contractuel. « Tant que les grands seront aux achats ! » entend-on dire de manière un peu incantatoire. A juste titre d’ailleurs. Car une inflexion de politique d’achat serait problématique, pire que cela même.

Au vu de cette nouvelle donne, un viticulteur appelle au recul : « Posons-nous les bonnes questions ». Personnellement, il défend une certaine constance de la production – « on ne vendra que ce que l’on a produit » – ainsi qu’un portage du stock par la viticulture. Cet aspect lui semble important pour le futur. « La production, ce sont les viticulteurs ; la mise en marché, le négoce. Le portage du stock doit être commun. Or, actuellement le négoce porte la majorité du stock, sans doute par manque de moyens de la viticulture. »

Justement, quid des moyens quand les coûts de production s’avèrent déjà en hausse ? A l’examen, les comptabilités 2013 révèlent une hausse moyenne des coûts de production viticoles de 10 à 15 %. Attention à l’effet ciseaux entre une diminution du chiffre d’affaires et une augmentation des prélèvements, due notamment à l’extension des ponctions sociales amorcée courant 2014 (sur les revenus des conjoints non exploitants, les associés…). Vigilance aussi à l’égard de la nouvelle Loi d’avenir agricole, adoptée voilà peu. Même si les décrets d’application ne sont pas encore sortis, on sait que le contrôle des structures va évoluer, que la définition du statut d’agriculteur différera du passé. Un statut qui conditionne, entre autres, l’accès aux aides.

Plus globalement, chacun est convaincu, en son for inté-rieur, « que l’euphorie, c’est fini. » « Après l’exceptionnel, nous revenons à quelque chose de plus rationnel » commente un partenaire de la viticulture. Doit-on s’attendre à un « serrage de boulon » ? En tout cas, la période qui vient sera plus compliquée. Faut-il en avoir peur ? Soyons pénétrés avec Ernest Jünge que « dans tous les cas, l’espérance mène plus loin que la crainte ».

Très sincèrement, bonne année 2015 à tous.

 

 

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