2008 : Millésime De Toutes Les Patiences

22 mars 2009

Attentions et patience ont été les ingrédients nécessaires pour récolter la matière première. Technique et patience à nouveau, les ingrédients qui ont permis d’élaborer des vins à l’optimum de leur potentiel. 2008 un millésime « lent ». Il lui aura fallu du temps pour mûrir, pour macérer, pour fermenter, pour s’harmoniser. Et tout n’est pas encore joué ! Les œnologues des Centres œnologiques du Bordelais nous livrent leurs premières impressions sur les vins de Bordeaux Rouge, Blanc sec et Liquoreux.
Vins rouges de Bordeaux 2008 : vins gourmands et prometteurs

libournais2_opt.jpegA l’aube des vendanges, nous avions annoncé que le millésime 2008 en rouge ressemblerait sur le plan analytique et potentiel à un compromis entre les Merlot de 2004 et les Cabernet Sauvignon de 2005. A ces conclusions, plutôt réjouissantes, venait s’ajouter un bémol : ces résultats affichaient toutefois un retard de deux semaines sur leurs millésimes de référence.

Evoluant lentement du fait des températures fraîches, les baies ont fini par atteindre un niveau de maturité satisfaisant qu’il a parfois fallu négocier avec l’évolution de l’état sanitaire.

Les vendanges en rouge ont démarré aux alentours du 23 septembre. Et après quelques jours de vendanges souvent plus subies – en raison de l’état préoccupant des raisins – que choisies, les premières parcelles sont arrivées à leur équilibre optimal. Les chantiers de récolte ont progressivement démarré pour atteindre une forte activité dans la seconde semaine d’octobre.

Entrés au chai encore frais, les raisins ont pu profiter plus facilement des bénéfices de périodes de macération préfermentaire.

Il fallait cette année négocier judicieusement l’extraction pour obtenir des vins colorés et d’une belle matière. La patte du vinificateur fera la différence.

En fin de fermentation alcoolique, les vins se révélaient colorés, très fruités mais souffraient d’une vivacité marquée du fait des fortes teneurs en acide malique.

Le travail en macération a terminé l’harmonisation des vins, avec en particulier une belle réactivité à la micro-oxygénation pour ceux qui pratiquent cette technique.

Trois voire quatre semaines de macération post-fermentaire permettaient de gagner en densité et en volume, avec une prise de gras qui a tempéré la vivacité. Les vins ont également acquis de belles et puissantes longueurs aromatiques.

On pourra relever çà et là une expression grillée sans doute liée aux pépins peu mûrs des Merlot et suite à des méthodologies d’extraction peu adaptées.

Aujourd’hui, les écoulages sont majoritairement terminés. Les fermentations malolactiques sont encore en cours dans certains chais. Avec l’acidité résiduelle, nous pouvons aborder sereinement les élevages pour peaufiner ce millésime.

2008 aura été un millésime « lent ». Il lui aura fallu du temps, pour mûrir, pour macérer, pour fermenter. Au 5 novembre, il pouvait encore rester quelques hectares à récolter.

Si les rouges 2008 n’apparaissent pas aujourd’hui comme des « monstres » de concentration, beaucoup de vins sont harmonieux, avec tous leurs éléments bien en place et un bon compromis entre finesse et puissance.

Il y a quelques cas insuffisamment concentrés, par négligence de travail, et d’autres marqués aromatiquement par le travail de botrytis. Ils sont heureusement rares. A l’opposé, il existe dans ce millésime de très grands vins, puissants et élégants à la fois.

Chez les techniciens de génie, 2008 permettra de réaliser une très forte proportion d’un premier vin qui dépassera 2005 par la classe qu’il aura en plus.

Au final, 2008 fera partie des beaux millésimes du début de ce siècle. Après nous avoir inquiétés, la nature aura en effet pris son temps pour donner tous les éléments nécessaires au vin afin qu’il soit à la fois gourmand et doté d’un potentiel de garde prometteur. Mais pour cela, nous aurons dû plus que jamais nous montrer réactifs et nous adapter au jour le jour à la matière difficile à dompter. S’il en estun, 2008 est LE millésime technique.

Vins blancs secs 2008 du Bordelais : rares, frais et aromatiques

Les vins blancs secs de Bordeaux sont en nette régression depuis quelques années, à cause des diminutions de surfaces plantées en cépages blancs. Aujourd’hui le blanc représente 7 % des surfaces de Bordeaux. A cela s’ajoutent en 2008 des rendements faibles qui rendent ces vins encore plus rares.

Ces diminutions de volumes sont observées également dans les autres régions viticoles françaises.

Nous ne pouvons pas caractériser ce millésime sans parler du climat. Nous avons eu en général un démarrage assez libournais3_opt.jpegtardif de la végétation fin mars suivi d’un fort épisode de gel en avril. Le mildiou a été omniprésent tout au long du cycle végétatif avec de nombreux orages et passages pluvieux. Les mois de juin et juillet ont plutôt été frais et pluvieux suivis par un mois d’août et un début septembre maussades. Les viticulteurs ont donc dû être sans cesse aux aguets, et aux petits soins pour leurs vignes.

La maturation a donc été lente et hétérogène. Ces conditions lentes de maturation ont été favorables à la formation des précurseurs d’arômes dans la pellicule des vins blancs. Il fallait être patient !

La récolte s’est déroulée dans de bonnes conditions climatiques et les fermentations alcooliques n’ont pas posé de problèmes.

Au final, les blancs secs 2008 se caractérisent par leur équilibre « sucre/acide » particulier. En effet, la concentration en sucres était au rendez-vous essentiellement par phénomène de concentration, par évaporation. Mais contrairement à 2003 ou 2005, l’acidité est assez marquée, donnant lieu à des vins blancs avec beaucoup de fraîcheur. Souvent cette acidité, et surtout la richesse finale en acide malique aura nécessité un travail des vins sur lies fines pour obtenir une bonne harmonie au niveau de l’équilibre global. Ainsi, la perception acide mieux intégrée laisse place à des vins frais sans agression des papilles, mais au contraire avec un joli volume.

Et du côté des vins blancs liquoreux ?

Courant octobre, la récolte des liquoreux a été entamée… Une véritable épreuve de patience, d’autant plus difficile à passer que les vignerons finissent par avoir du mal à croire que cette météorologie exceptionnelle pourra encore se maintenir…

Mais le soleil reste présent, finissant même par être presque gênant… Le botrytis, la pourriture noble, finit par avoir du mal à s’installer et se développer… Les raisins sont mûrs, gorgés de sucre et d’arômes, mais il n’y a que très peu d’humidité et le champignon tant attendu s’installe lentement. Il faut savoir être patient pour ne pas faire le premier tri prématurément et ne pas enlever trop tôt les quelques foyers d’installation du champignon tant attendu… mais que cette attente est difficile !

Elle finira par porter ses fruits : un épisode pluvieux traverse le vignoble vers la mi-octobre. Les pluies sont plus ou moins intenses selon les endroits mais elles apportent surtout l’humidité tant attendue. Le botrytis se développe enfin, plus ou moins intensément selon les parcelles, mais régulièrement. Les tris se succèdent alors assez rapidement avec des volumes récoltés inégaux : parfois on récolte les deux tiers d’une parcelle en un seul passage, parfois à peine 10 %… Les vendanges s’étalent jusqu’à mi-novembre et quelques vendangeurs arpentent encore les vignes au cours de la deuxième quinzaine.

Les 1re tries donnent des vins de couleur jaune pâle obtenus à partir de raisins peu botrytisés, plutôt confits et dorés. L’expression aromatique de ces vins est assez puissante révélant des notes fruitées (agrumes, pêche, citron). La première impression en bouche est la fraîcheur, perceptible dès l’attaque de bouche. La présence inhabituelle de ce taux d’acidité peut parfois atténuer ou masquer certains niveaux de liqueurs un peu justes. De ces équilibres un peu différents on retiendra surtout la vivacité, le plaisir du fruit, la légèreté et la facilité à consommer susceptible de satisfaire le plus grand nombre d’amateurs moins avertis. Il y a fort à parier que grâce à leur support acide, ces vins resteront frais, aromatiques, et plaisants suffisamment longtemps pour être appréciés sur leurs caractères propres.

Les 2e et 3e tries sont plus proches de nos vins traditionnels avec plus de botrytis plus de concentration, sans avoir des potentiels de richesse équivalents à nos meilleures années rencontrées jusqu’alors. Ces équilibres plus ou moins modestes sont très satisfaisants par la netteté des arômes au fruit intéressant. Par leur petit soutien acide, ces arômes tapissent le palais d’effluves agréables et persistants. Si certains lots manquent de volume et de gras ils ont une place à défendre dans le domaine du vin plaisir.

L’élevage de ces vins n’est pas terminé. Réalisé en cuves il permettra d’obtenir des vins liquoreux fruités, frivoles et sur la simplicité qui pourront être consommés plus rapidement. En barriques, les vins déjà riches et complexes vont s’épanouir et devraient offrir un festival d’odeurs aux consommateurs plus patients…

Et à nouveau, chacun aura la liberté de choisir selon ses préférences : arômes frais, simples et expressifs ou complexes, denses, riches et à révéler par un long élevage, famille d’arômes floraux, fruités, confits selon les cépages et leur degré de botrytisation, bouche fraîche et sucrée ou volontairement très ronde, enrobée et riche…

En conclusion

Le millésime 2008 aura demandé patience et attentions. Attention au vignoble durant toute la phase végétative rendue délicate par les conditions climatiques défavorables, attentions au chai pour élaborer des vins harmonieux.

Les vins blancs secs 2008 de Bordeaux pourront être découverts dès les fêtes de fin d’année. Ils sauront accompagner avec délices nos plats de fruits de mers et de poissons. A l’apéritif, leurs caractéristiques aromatiques sauront agréablement ouvrir l’appétit.

Il faudra encore être patient pour découvrir les vins blancs liquoreux et les vins rouges. Mais c’est pour mieux ravir les papilles des consommateurs. Laissons au temps et aux vinificateurs le soin de finir leur ouvrage. Les « divines bouteilles » n’en seront que davantage charme et harmonie !

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