2006 : Un Millésime Oïdium De Référence

23 février 2009

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Des grappes bien touchées en juillet.

Au cours du cycle végétatif 2006, l’oïdium a connu un développement exceptionnel dans notre vignoble. Cette maladie, considérée jusqu’à présent comme secondaire, a occasionné pour la première fois des pertes de récoltes significatives. De mémoire de viticulteurs et de techniciens, jamais l’oïdium ne s’est développé avec une telle virulence et cela soulève un certain nombre d’interrogations. La communauté technique ayant en charge les aspects de protection du vignoble a beaucoup travaillé sur ce sujet depuis quelques mois pour essayer de comprendre pourquoi le contexte de l’année 2006 a été aussi favorable à la maladie. Les ingénieurs du SRPV et des Chambres d’agriculture de Charente et de Charente-Maritime semblent avoir dégagé un certain nombre d’enseignements qui doivent aider les viticulteurs à aborder plus sereinement leur protection anti-oïdium dans l’avenir.

Le vignoble de Cognac, de par son climat et son encépagement presque exclusif en Ugni blanc, a la réputation d’être propice au développement du mildiou qui certaines années comme 1988 ou 2000 peut véritablement mettre en péril la production. L’oïdium était jusqu’à présent considéré comme une maladie secondaire qui n’était pas susceptible de développer une pression généralisée et d’engendrer des dégâts significatifs sur l’ensemble des 75 000 ha de vignes de la région délimitée. Le millésime 2006 prouve le contraire puisque la pression oïdium a été généralisée sur l’ensemble de l’aire de production et les niveaux de rendements modestes dans un certain nombre de parcelles et de propriétés sont directement à relier à l’exceptionnelle virulence de la maladie. Dans le courant du mois de juillet, les symptômes et les niveaux d’attaques dans certaines parcelles d’Ugni blanc étaient comparables à ceux que l’on observe dans les pires situations sur le Carignan dans la zone méridionale. Par ailleurs, la maladie s’est développée dans toutes les zones du vignoble du nord au sud et d’est en ouest avec un pouvoir de nuisibilité très important et équivalent. Le moindre trou dans les calendriers de traitements en juin, les insuffisances de qualité de pulvérisation, les sous-dosages conscients ou involontaires… constituaient des voies d’entrées privilégiées pour la maladie.

2006, un millésime de référence en matière de pression

2006 est vraiment un millésime de référence pour l’oïdium sur Ugni blanc en Charentes. L’importance de la pression oïdium est tout à fait comparable à des années à mildiou historiques comme 1988 ou 2000. De mémoire de techniciens et de viticulteurs, jamais la maladie n’avait connu une telle extension dans la région. Dans le passé, des dégâts ont été observés certaines années (de 1990 à 1992 ou entre 1998 et 2000) mais de façon localisée dans des zones naturellement plus sensibles situées au bord de l’estuaire, dans les îles de Ré et d’Oléron, dans le pays bas. Par ailleurs, l’Ugni blanc semblait jusqu’à présent plutôt moins sensible que d’autres cépages comme le Chardonnay ou le Merlot. L’autre côté paradoxal de l’épidémie 2006 en Charentes est aussi lié au fait que dans le Bordelais, la maladie sur les Merlot a été moyennement présente. En 2004, la virulence de l’oïdium en Gironde et dans la plupart des grandes régions viticoles françaises avait été exceptionnelle sauf en Charentes où l’Ugni blanc semblait assez bien résister aux infestations. En moins de deux ans, la situation semble s’être totalement inversée et le témoignage d’un exploitant ayant deux propriétés distantes de 20 km, l’une située en Charente-Maritime et l’autre dans le Blayais, atteste de ce paradoxe : « En 2004, les parcelles de Merlot à Saint-Ciers ont été soumises à une pression oïdium exceptionnelle alors que vingt kilomètres plus loin, les Ugni blancs traités avec le même calendrier semblaient ne pas être réceptifs à la maladie. Deux ans plus tard, la situation est inverse, les parcelles d’Ugni blanc ont été beaucoup plus sensibles à l’oïdium que celles de Merlot. J’avoue que cette situation m’interpelle. »

Le SRPV de Cognac, qui suit un réseau de parcelles témoins réparties dans l’ensemble de la région délimitée, dispose d’un outil d’observation attestant de l’exceptionnelle pression de l’oïdium sur l’ensemble des sites en 2006. Les graphiques ci-dessous illustrent parfaitement le développement spectaculaire de la maladie.

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Graphique 1 : La forte variabilité des symptômes d’oïdium entre les années 2005 et 2006.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Un mildiou agressif en mai qui a cédé la place à l’oïdium « explosif » en juin

L’oïdium en 2006 a littéralement surpris tout le monde, ce qui suscite des interrogations autour des raisons qui ont pu favoriser son développement d’une manière aussi généralisée ? Les techniciens des organismes officiels ont depuis le mois de juin essayé de mieux cerner à postériori les éléments majeurs qui ont favorisé l’explosion d’oïdium. Au SRPV de Cognac, M. Patrice Rétaud, le chef de l’antenne, tient un discours pleinement responsable vis-à-vis de l’épidémie 2006.

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M. Patrice Rétaud, le responsable de l’antenne SRPV de Cognac.

Les nombreux essais mildiou, oïdium, black-rot, botrytis… conduits en Charentes par le SRPV de Cognac, la FREDON, les Chambres d’agriculture, constituent une banque de données très intéressante au niveau de l’analyse de la pression de parasitisme, des stratégies de lutte, et de l’évolution climatologique. Sur ce dernier point tous les observateurs avisés se rendent compte que l’évolution climatique dans notre région est une réalité que l’on ne peut plus nier. La prise en compte des dates de vendanges depuis 25 ans atteste d’une précocité accrue des cycles végétatifs. Néanmoins, de fortes relations existent entre le climat et le développement des parasites, et le déroulement du cycle végétatif 2006 illustre parfaitement ces propos. Au début du mois de mai, les préoccupations en matière de parasitisme en Charentes étaient centrées sur le mildiou car les pluviométries régulières associées à des niveaux de températures assez élevées avaient favorisé le déroulement de contaminations précoces. La période du 10 au 25 mai a été favorable au mildiou et certaines parcelles insuffisamment protégées ont été confrontées à des attaques sérieuses sur feuilles et sur jeunes inflorescences. Les systèmes de prévisions de risques faisaient état d’une situation mildiou assez inquiétante que le SRPV et les Chambres d’agriculture de Charente et de Charente-Maritime ont relayée dans les bulletins d’informations respectifs. Le millésime 2006 est donc très surprenant puisqu’au 20 mai dernier, la pression parasitaire concernait le mildiou alors que quelques mois plus tard le constat est tout autre : « L’oïdium a fait des ravages exceptionnels. » Entre le 23 mai et les derniers jours de juin, aucune pluviométrie significative n’a été observée dans la région délimitée et la pression de mildiou a littéralement été « séchée ».

Un climat de juin avec des niveaux d’hygrométrie très bas

Une telle situation interpelle les viticulteurs et l’ensemble de la communauté technique régionale. Avec le recul, diverses analyses permettent de mieux comprendre pourquoi à partir du 20 mai dernier, le risque parasitaire a basculé du mildiou vers un oïdium historique. M. P. Rétaud a essayé de recenser tous les événements qui ont participé à cette évolution spectaculaire de la pression parasitaire. Ses propos permettent de mieux comprendre le rôle déterminant du climat au mois de juin : « Les analyses détaillées de nos propres expérimentations mais aussi de celles de nos collègues des Chambres d’agriculture, des distributeurs et des firmes phytosanitaires mettent en évidence le rôle déterminant des conditions climatiques de début juin. En effet, le niveau des pluviométries et des hygrométries mensuelles étaient en mai tout à fait comparables aux valeurs moyennes des trente dernières années alors qu’en juin les écarts sont importants. Je pense que l’alternance de faibles hygrométries et de rosées nocturnes ont joué un rôle essentiel dans la montée en puissance de l’épidémie d’oïdium. L’augmentation progressive des températures avant l’arrivée de la canicule a dû jouer un rôle « d’accélérateur » sur les cycles épidémiques. L’essai oïdium de la FREDON à Authon illustre parfaitement ce constat. En effet sur ce site où le développement végétatif est très tardif, l’étalement des premières applications entre le 1er et le 10 juin a permis de révéler la très forte montée en puissance de l’oïdium dans les témoins et la bonne tenue de la maladie dans les modalités traitées au tout début juin. Les premiers symptômes sur feuilles et rameaux ont été détectés vers les 28 et 29 mai au stade boutons floraux séparés et ensuite les cycles oïdium ont été très rapides (8 à 10 jours), ce qui explique l’apparition de foyers explosifs entre le 10 et 15 juin. Cette situation tout à fait représentative du contexte régional démontre le rôle majeur du climat de la première quinzaine de juin dans l’explosion oïdium en 2006. Cela ne veut pas dire non plus que la climatologie de la deuxième quinzaine de mai n’a eu aucune incidence sur les premières contaminations. »

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Graphique n° 2 : les niveaux de pluviométrie en 2005-2006.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

Depuis quelques années, le vignoble charentais subit une climatologie différente marquée par des niveaux de pluviométrie très nettement inférieurs, des ensoleillements importants, des températures moyennes en hausse et des niveaux d’hygrométrie plus bas pendant toute la période estivale. Les chaleurs de l’été 2003, les nuits très chaudes en été, des pluviométries déficitaires au printemps, des hivers secs depuis trois ans, des variations brutales de températures… ont beaucoup marqué les esprits ; mais, pour de nombreux viticulteurs, le mois de juin 2006 n’a pas semblé se démarquer de cette tendance générale. Or la prise en compte pour le poste météo de Cognac des niveaux de pluviométrie et surtout des hygrométries mensuelles révèle tout de même des choses surprenantes. En effet, si en mai les niveaux des précipitations ont été proches des valeurs moyennes (voir graphiques n° 2 et 3), celles de juin ont été extrêmement faibles pour ne pas dire nulles. Cette absence de pluie a eu des conséquences au niveau des hygrométries (voir graphique n° 2) qui ont atteint un niveau historiquement bas. Il n’était pas rare de constater une absence totale de rosée au lever du jour pendant presque une semaine et cette situation est plutôt rare à cette époque de l’année. Ce contexte très sec a dû être propice à l’oïdium dont le développement s’effectue de façon externe sur la vigne. Contrairement au mildiou qui pénètre profondément dans les tissus, l’oïdium reste localisé sur la cuticule tout en développant des suçoirs qui s’alimentent au dépend des cellules de l’épiderme.

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Graphique n° 3 : les hygrométries moyennes en 2006.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Des symptômes précoces difficiles à détecter car les risques de confusion existent

Si le mildiou est une maladie connue des viticulteurs de notre région qui ont « l’œil aguerri » pour rechercher les symptômes précoces de type tâche d’huile dès la première quinzaine de mai, il n’en est pas de même pour l’oïdium. MM. P. Rétaud et Yoann Lefèbvre, de la Chambre d’agriculture de la Charente, estiment que la recherche de symptômes en début de cycle végétatif est assez difficile dans la région de Cognac. Les premières expressions de la maladie sur les feuilles se matérialisent par un jaunissement de petites fractions de limbe de feuilles situées à la base des rameaux. Cette décoloration sectorielle s’accompagne de fructifications qui ne sont pas apparentes au départ et cela rend leur repérage difficile. Les risques de confusion avec d’autres types de décolorations liées par exemple à la forte croissance de l’Ugni blanc fin mai, aux prémices d’une chlorose sont tout à fait possibles. L’élément le plus caractéristique des symptômes précoces d’oïdium est l’apparition d’une décoloration jaune du limbe à la face supérieure des feuilles associée à une petite nécrose à la face inférieure souvent positionnée au niveau des nervures. M. P.

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Des taches foliaires précoces.

Rétaud ne cache pas que la recherche de symptômes précoces d’oïdium est un exercice nécessitant une véritable dextérité même pour des techniciens. C’est lié à la discrétion des taches foliaires et aussi au mode de diffusion de la maladie. Contrairement au mildiou, où les premiers symptômes sont généralement répartis sur un côté de parcelles plus humides ou dans des rangs plus vigoureux, l’oïdium semble se développer d’une manière beaucoup irrégulière dans les parcelles. Les foyers se constituent à partir de contaminations isolées et implantées de manière complètement irrégulière dans les parcelles. Les épidémies montent en puissance grâce à un fort effet de proximité, ce qui explique qu’en fin de saison des ceps très touchés sont généralement regroupés sur quelques mètres et ils côtoient des souches parfaitement saines. Cette spécificité de développement de proximité de l’oïdium met en évidence l’importance de la détection des tout premiers symptômes dans les parcelles (à la fin mai ou début juin) qui conditionne ensuite la dynamique de l’épidémie. Plus le nombre de symptômes est limité, moins la pression oïdium risque d’être intense par la suite et à l’inverse plus leur présence est forte, plus le risque oïdium s’accroît. Les équipes de recherche de l’INRA de Bordeaux, animées par MM. Philippe Cartolaro et Laurent Delière, ont développé sur ce sujet une approche de prévision des risques d’épidémie qui est présentée page 36.

Des cadences de traitements trop conditionnées par le risque mildiou

Le développement de l’épidémie oïdium en Charentes a été aussi amplifié par une série d’éléments inhérents aux habitudes de protection des viticulteurs et aux structures des exploitations de la région Historiquement, la maladie principale dans le vignoble de Cognac est le mildiou dont la virulence peut être très forte entre la mi-mai et la fin juillet. Les effets associés d’un climat océanique souvent humide à cette période et du cépage Ugni blanc au tempérament vigoureux constituent vraiment des facteurs de forte sensibilité au mildiou et tous les viticulteurs construisent leurs calendriers de traitement autour de cette maladie. Le cycle végétatif 2006 à la mi-mai s’inscrivait parfaitement dans ce contexte traditionnel, mais par la suite l’absence de pluies pendant plus d’un mois a fait baisser le risque mildiou à un niveau très faible. Lors de la réalisation des traitements mildiou et oïdium durant la deuxième décade de mai, les viticulteurs associant un anti-mildiou pénétrant à un anti-oïdium de surface (soufre, dinocap) appliqués parfois un rang sur deux n’assuraient pas une pleine couverture. En cas de pluie, le fongicide anti-oïdium de surface était lessivé avant la fin du délai de rémanence de l’anti-mildiou. Les techniciens et les viticulteurs soucieux de s’inscrire dans des démarches de luttes raisonnées ont naturellement relâché la protection contre le mildiou en ne renouvelant pas les applications à l’issue du délai normal de rémanence. Cette stratégie complètement justifiée a parfois engendré un relâchement de la protection oïdium qui dans notre région est systématiquement associée à celle du mildiou. Un trou de protection de seulement 3 ou 4 jours intervenant durant le mois de juin constituait une voie d’entrée privilégiée pour un oïdium qui bénéficiait d’une dynamique de développement explosive à cette même période. Compte tenu du contexte climatique, la maladie a tiré le meilleur profit de ces trous de protection. A la décharge des viticulteurs, il faut tout de même être conscient que le mois de juin est traditionnellement une période de pointe de travaux dans le vignoble liés au palissage. Le très beau temps de la première semaine de juin a provoqué une accélération de la croissance végétative et les travaux de palissage ont souvent débuté plus tôt que prévu. Dans les propriétés faisant appel à de la main-d’œuvre saisonnière ou des prestataires de services, l’impossibilité momentanée d’accéder à certaines parcelles a pu retarder le renouvellement des traitements dans des délais normaux et cela a créé un trou de protection au plus mauvais des moments. Le resserrement des cadences de traitements de 14 à 12 jours pour faire face à la fois à la pression d’oïdium et à la rapidité de la pousse était une réponse efficace, mais ce discours théorique n’est pas toujours facile à mettre en œuvre dans la pratique.

Des fongicides seulement pénétrants et ayant une diffusion localisée

La forte sensibilité des inflorescences et des jeunes grappes à l’oïdium entre le début juin et la mi-juillet rend indispensable une protection sans faille qu’il convient aussi de réaliser en maîtrisant la qualité de la pulvérisation. La localisation des grappes dans le cœur de la végétation et en présence d’un volume foliaire important nécessite d’appliquer les traitements avec beaucoup de soin pour positionner la bouillie de façon homogène sur les inflorescences et les jeunes baies. Dans un certain nombre de situations d’échecs sans problème de trou de protection, des tests de pulvérisation (avec des papiers hydrosensibles) ont parfois révélé un net déficit de positionnement de bouillie au niveau des jeunes grappes qui explique l’explosivité de l’apparition des symptômes. En effet, la qualité de la pulvérisation au niveau des grappes pour la lutte contre l’oïdium est essentielle car les spécialités commerciales anti-oïdium de type pénétrant baptisées à tort de systémiques dans l’univers commercial n’ont rien de comparable avec la systémie de produits anti-mildiou à base de fosétyl Al ou d’anilides. Les ingénieurs des centres de recherches des services officiels et ceux des firmes phytosanitaires estiment que les anti-oïdium de type pénétrants (les IBS, les strobilurines…) ont en fait une capacité de diffusion limitée aux tissus proches des dépôts de matières actives, mais ils ne sont nullement véhiculés dans l’ensemble des organes herbacés de la plante. L’application des anti-oïdium nécessite donc une qualité de pulvérisation parfaite sur toutes les faces de rangs et la réalisation d’un traitement sur un seul côté de rang peut conduire à un phénomène de sous-dosage important engendrant une perte d’efficacité des fongicides. Le mauvais positionnement des diffuseurs d’air, les phénomènes de plaquage de feuilles, l’usure des buses, des vitesses d’avancement excessives peuvent empêcher le flux de bouillie d’atteindre les jeunes grappes qui sont situées au milieu d’une végétation abondante.

Les traitements de début de saison toujours pas justifiés

L’autre sujet de débat important concerne le démarrage et l’arrêt de la lutte contre l’oïdium qui, faute de système de prévision de risque aussi opérationnel que pour le mildiou, repose sur un concept de protection d’assurance visant à assurer une couverture fongicide sans faille durant toute la période de risque maximum ; de la chute des capuchons floraux à la fermeture de la grappe. Une certaine polémique s’est installée sur le démarrage des traitements qui est jugé trop tardif par un certain nombre de viticulteurs et de techniciens de la distribution, et de ce fait l’oïdium se serait développé avant que le premier traitement n’intervienne. M. P. Rétaud tient sur ce sujet un discours transparent qui s’appuie sur des résultats d’expérimentations en Charentes et dans d’autres régions viticoles : « Après une année de très forte pression oïdium comme nous venons de vivre, nous comprenons que certains viticulteurs s’interrogent sur le positionnement des premiers traitements. Notre rôle de technicien ne se limite pas à valider des choix historiques de stratégies de lutte mais à tester tous les moyens qui permettent d’assurer une protection efficace dans un contexte d’épidémies d’intensité moyenne ou exceptionnelle. La précocité et l’importance de l’apparition des symptômes en 2006 nous ont amenés à nous reposer la question sur le démarrage de la protection anti-oïdium. Les différentes données que nous avons pu observer sur ce sujet vont toutes dans le même sens et l’essai d’Authon en est un très bon exemple. Sur ce site, nous avons pleinement validé l’efficacité d’un démarrage de la protection au stade boutons floraux séparés qui a permis d’obtenir une récolte saine au moment des vendanges. A l’inverse, un retard de protection de 5 à 10 jours entraînait une perte d’efficacité significative des programmes de traitement. Le stade boutons floraux séparés était atteint sur les Ugni blancs dans la région autour du 20 au 25 mai, et c’est à cette époque que nous avons préconisé la réalisation du premier traitement anti-oïdium dans les Avertissements agricoles. Par ailleurs, les résultats d’expérimentation que nous avons pu rassembler dans diverses régions viticoles concernant les gains d’efficacité liés à un démarrage de la protection précoce (au stade 3 à 8 feuilles) se révèlent plutôt décevants (voir graphique n° 4). La réalisation de deux à trois traitements supplémentaires avant le stade boutons floraux séparés se matérialise en moyenne par 2 % d’efficacité en plus ».

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Graphique 4 : L’efficacité des traitements de début de saison.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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MM. Yoann Lefèbvre et Jean-François Allard, de la Chambre d’agriculture de la Charente.

Les techniciens viticoles de la Chambre d’agriculture de la Charente, MM. Jean-François Allard et Yoann Lefèbvre, partagent aussi cet avis sur l’absence d’efficacité supplémentaire des traitements précoces : « Dans le réseau de suivi de parcelles suivies par la Chambre d’agriculture, le stade boutons floraux séparés a été atteint en moyenne le 22 mai et les premiers symptômes sur feuilles sont apparus le 7 juin. Cela permet de situer les contaminations aux alentours du 25 mai, une période où la protection oïdium était déjà commencée. Dans l’expérimentation conduite cette année à Barret, l’absence de gain d’efficacité supplémentaire d’un programme de traitements commencé dès le débourrement a été vérifiée. »

Tous ces éléments confortent le bien-fondé de la stratégie de lutte à partir du stade boutons floraux séparés. Sa mise en application dans la pratique nécessite une observation régulière de l’évolution des stades végétatifs et une bonne connaissance des différences de précocité du parcellaire. Il ne faut pas attendre que l’ensemble des parcelles aient atteint ce stade pour déclencher le démarrage de la protection sur une propriété. La gestion des fins de protection a aussi posé quelquefois des problèmes cette année du fait des durées de rémanence des spécialités et de la difficulté à apprécier le stade fermeture de la grappe. Certains domaines qui avaient arrêté cette année leur protection au début de ce stade pour respecter les réglementations régionales vis-à-vis des résidus de pesticides, ont eu la mauvaise surprise d’observer une apparition d’oïdium dans le courant de la première quinzaine d’août. L’intensité des dégâts n’était certes pas comparable avec ceux des infestations précoces mais tout de même suffisante pour être inquiétante et susciter des interrogations. Le respect « du contexte réglementaire » régional ne doit-il pas être modulé selon la pression de parasitisme ? Une réponse affirmative en année de forts risques découlerait du bon sens car une intervention supplémentaire ne fait que prolonger la couverture fongicide d’une dizaine de jours. Les années de forte pression oïdium, ce serait un moyen d’atteindre la pleine fermeture de la grappe en toute sécurité. Par contre, des essais menés par le SRPV dans différentes régions viticoles sur l’allongement de la protection avec 2 à 3 traitements supplémentaires pour aller jusqu’à la véraison n’apportent pas un gain d’efficacité significativement intéressant.

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Graphique 5 : L’efficacité des traitements tardifs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Bien connaître les caractéristiques des produits avant de les utiliser

Dans les situations d’échecs de protection, la première réaction des viticulteurs est souvent de mettre en cause l’efficacité des produits de traitements. Or, toutes les spécialités commerciales ont un mode d’action et des caractéristiques d’utilisation qu’il convient de bien connaître pour pouvoir en tirer le meilleur profit. C’est pour essayer de répondre à cette attente que nous avons construit avec M. Patrice Rétaud, du SRPV de Cognac, les tableaux de présentation des différentes familles de fongicides utilisées dans la lutte contre l’oïdium. Le choix d’un fongicide s’articule à la fois autour d’éléments concernant l’efficacité et le contexte réglementaire (les classements toxicologiques, le délai d’emploi maximum vis-à-vis des risques de résidus, les délais de ré-entrées dans les parcelles et les phrases de risques vis-à-vis des mélanges…). La démarche se veut synthétique et elle regroupe plusieurs notions, le positionnement des fongicides dans la plante, le mode d’action sur le champignon, le délai maximum entre deux traitements, la capacité ou non à résister au lessivage, les risques de résistances et les autres homologations.

La notion de positionnement des fongicides au niveau de la plante permet de préciser la relation entre le produit appliqué et la vigne qui peut rester en surface, pénétrer dans la cuticule et l’épiderme, diffuser localement au niveau des tissus adjacents et avoir un effet de vapeur. Certains fongicides anti-oïdium sont souvent qualifiés à tort de systémiques alors que dans la réalité l’effet de systémie mis en avant n’a rien de comparable à celui d’anti-mildiou comme le fosétyl Al et les anilides (qui eux sont véhiculés dans les organes végétaux). Il paraît plus juste au niveau biologique de parler d’un effet diffusion localisé dans les tissus qui se produit à partir des gouttelettes de bouillie de pulvérisation. Par ailleurs, les notions de mode d’action préventif et curatif des fongicides sur l’oïdium font appel à des notions différentes de celles utilisées pour le mildiou. Les spécificités du cycle épidémique de l’oïdium et le positionnement des infections sur les parties externes de la plante sont des éléments dont il faut tenir compte. En matière de lutte contre l’oïdium, une matière active ayant un mode d’action préventif bloque la germination des spores. Un effet curatif empêche le développement du mycélium et l’émission des suçoirs assurant l’alimentation du champignon (au niveau de l’épiderme). Un mode d’action anti-sporulant perturbe la production de spores ou provoque l’émission de spores non viables.

Les différentes spécialités commerciales homologuées et utilisées contre l’oïdium peuvent soit bénéficier d’un mode d’action spécifique de type préventif soit d’un mode d’action plus curatif comme la plupart des autres matières actives. La prise en compte des notions de positionnements des fongicides sur la plante et de leurs modes d’action sur le champignon représentent deux notions importantes pour construire des calendriers de traitements cohérents.

Alterner les familles de matières actives, c’est un gage d’efficacité à court et moyen terme

La gamme de fongicides actuellement commercialisée est assez large, ce qui constitue une opportunité vis-à-vis des besoins de couverture oïdium dont la durée ne dépasse pas 60 à 70 jours. Il faut se souvenir qu’au début des années 80, la protection reposait sur trois familles de produits, les soufres, le dinocap et les IBS (les triazoles). Les caractéristiques d’utilisation des triazoles et en particulier leur rémanence de 12 à 14 jours, leur absence de risque de lessivage, ont véritablement fait progresser les stratégies de lutte. Malheureusement, ces produits ont été en quelque sorte victimes de leurs succès puisque des sur-utilisations ont conduit à l’apparition de phénomènes de résistance engendrant des pertes d’efficacité (mais pas totale). Pour pallier ce problème, une limitation à deux à trois applications par an a permis de continuer à les employer en conservant leur pleine d’efficacité. Aujourd’hui, les spécialités commerciales de cette famille présentent encore un véritable intérêt car la plupart de ces fongicides sont également homologués sur le black-rot. Cette maladie, toujours présente à l’état latent dans le vignoble charentais, est en mesure d’occasionner des dégâts dans les parcelles mal protégées dans la période qui va de la mi-juin à la fin juillet.

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Une récolte détruite par l’oidium.

Les périodes de sensibilité presque analogues entre les deux maladies ont permis d’envisager une lutte mixte en utilisant des fongicides IBS de la famille des triazoles. Depuis quelques années, l’arrivée de nouvelles matières actives, les strobilurines (ayant un spectre d’activité large mildiou, black-rot et oïdium), a permis d’offrir d’autres possibilités vis-à-vis du black-rot et de l’oïdium. La famille des IBS s’est aussi agrandie avec une matière active, la spiroxamine, ayant un mode d’action plus diversifiée que les triazoles. Ces produits présentent l’intérêt de ne pas être soumis à ce jour à des problèmes de résistance. Plusieurs autres nouvelles familles de matière actives, le quinoxyfen, le boscalid et la métrafénone, sont aussi apparues. Les techniciens des sociétés phytosanitaires et des services officiels ont décidé d’un commun accord de protéger la longévité de tous ces produits en limitant volontairement le nombre d’applications à 2 à 3 traitements afin de prévenir l’apparition de phénomènes de résistance et de pérenniser leur pleine efficacité dans le temps. La diversité des fongicides anti-oïdium actuellement commercialisés doit permettre de construire des programmes de traitements en alternant les familles de matière actives, ce qui constitue un gage d’efficacité pour le court et le moyen terme.

 

Bibliographie :

– M. Patrice Rétaud, du SRPV de Cognac.
– MM. Jean-François Allard et Yoann Lefèbvre, de la Chambre d’agriculture de la Charente.
– Les résultats d’expérimentation de la FREDON.
– MM. Philippe Cartolaro et Laurent Delière, de l’INRA de Bordeaux.
– M. Hervé Steva, de la société Biorizon.
– Synthèse de données émanant des sociétés phytosanitaires : Bayer CropScience, BASF Agro, Cerexagri, De Sangosse, Dow AgroSciences, Du Pont, Philagro France, Syngenta.

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