+ 1557 hectares de vignes en Charentes : ce qu’en pensent les acteurs des filières

12 décembre 2017

Le contingent des autorisations de plantation applicable pour l’année 2018 vient d’être validé par le bassin Charentes-Cognac à hauteur de 1557 hectares (pour 800 ha l’an passé). Une augmentation qui peut paraitre importante dans un contexte national à la baisse mais qui reflète le dynamisme de l’économie du Cognac. C’est un sujet crucial pour le devenir de la filière. Les avis sont nombreux et souvent passionnés car porteurs d’ambitions et d’espoirs ou au contraire de craintes et de mauvais souvenirs. Tour d’horizon…

Aujourd’hui encore et jusqu’à la campagne 2018-2019, les nouvelles autorisations de plantation du vignoble charentais sont regroupées dans un contingent unique. Pour obtenir cette valeur, les besoins de chaque filière sont cumulés puis proposés au conseil de bassin de la région de Cognac. Aucune des superficies de ce contingent ne peut être contrainte d’être affectée à telle ou telle production dans l’objectif de respecter la proportionnalité des demandes de chaque filière. Le contingent de bassin est en fait une « pioche commune » qui profite dans la réalité à la filière la plus porteuse du moment et pour notre bassin, ce sera le Cognac.

Pour mémoire, le BNIC a annoncé de longue date que le calcul du Business Plan aboutissait à un contingent de filière de 1 041 hectares. « Trop faible ! » avaient répondu en chœur les négociants, considérant que la méthode de calcul n’est pas suffisamment réactive devant l’effet conjugué de la forte évolution des dernières ventes et du déficit annoncé de la récolte 2017. Mais l’outil interprofessionnel est un modèle bien trop stratégique pour être tordu et donc décrédibilisé à la première occasion venue. Les 1 041 hectares qui sont sortis de l’algorithme ont donc été validés en l’état. Pour les années à venir, le Business plan du Cognac risque d’être substantiellement modifié sous la future présidence négoce du BNIC. Ainsi, les curseurs (appelés alerteurs) qui permettent de corriger annuellement les valeurs en fonction de l’évolution des marchés et des récoltes pourraient être recalibrés.

Restait à fixer les contingents des autres productions.

Le Pineau et les Vins de Pays ont sollicité 16 hectares.

Le sort du contingent de bassin pour 2018 reposait finalement sur la filière des vins sans indication géographique dont la crédibilité du business plan a été pourtant très commentée à une certaine époque… Après plusieurs discussions, CIMVC a annoncé un volume de 500 hectares.  Cette « rallonge » permet de porter le contingent global à 1 557 hectares soit un peu moins de 2 % de progression à l’échelle du vignoble.

Une issue raisonnable selon la plupart des professionnels siégeant au conseil de bassin qui s’accordent à dire que ce chiffres est plus en phase avec les ambitions de développement de la filière Cognac.

 

Ils sont plutôt satisfaits…

 

Christophe Forget (Président de la fédération des interprofessions du bassin de Cognac)

Un compromis raisonnable pour chacun

L’économie du Cognac va bien et nous devons nous en féliciter. Les marchés évoluent très vite, c’est vrai, et il était important que la viticulture accorde au négoce des gages sur sa capacité à porter la croissance. Au-delà de la progression des ventes, nous pensons que le risque que nous prenons est limité : le niveau de réserve climatique est très bas et la mortalité au vignoble représente un déficit de potentiel très supérieur au contingent.  La progression du vignoble qui est proposée reste raisonnable (moins de 2%), et si des ralentissements sont constatés, nous aurons la possibilité d’ajuster la production annuelle en réduisant le rendement (2% sur le rendement annuel, c’est à peine 0,25 hl ap/ha) ce qui laisserait un peu d’aisance à la viticulture pour reconstituer son stock de réserve climatique dans un contexte où les aléas sont de plus en plus récurrents.

 

Patrice PINET (Président du SMC)

Nous nous devons d’être plus réactifs.

C’est un bon chiffre qui tient compte de la demande des professionnels et des marchés. Il était important de réagir au bon moment c’est à dire lorsque les indicateurs sont au vert. Il faut avoir conscience que nous vivons une conjonction de phénomènes plutôt inédite avec, d’un côté, une progression de nos ventes supérieure à nos prévisions et, de l’autre, la récolte 2017 nettement inférieures à nos besoins. De plus, la réserve climatique sera probablement à un niveau très bas à la fin de la prochaine campagne.

Le business plan du Cognac nous amenait à un peu plus de 1000 hectares de progression du vignoble. Nous pensons, avec mes collègues négociants que c’était trop faible car la base de calcul en vigueur a été conçue pour calibrer la production dans un contexte de production et de vente régulière. Mais en ce moment, tout va beaucoup plus vite et les indicateurs que nous nous étions fixés autrefois semblent inadaptés à ce nouveau contexte. Au mois d’avril 2018, sous la prochaine mandature Négoce du BNIC, le business plan sera remis à plat et nous allons travailler avec la viticulture pour faire coller notre outil de planification du potentiel de production au plus près de nos besoins.

 

Hervé POGLIANI (Membre négociant du CIMVC – Vins sans indication géographique)

En dessous des prévisions de notre business plan.

Notre propre business plan (VSIG) vise un objectif de production régionale annuelle de 800 000 hl de « vin blanc acide » avec une progression des plantations régulières pour atteindre ce seuil. C’est le niveau critique pour être « visibles » sur nos marchés. Mais aujourd’hui, nous ne disposons pas d’un approvisionnement suffisant pour atteindre ce volume car la concurrence avec le Cognac est rude. Les niveaux de contingent que nous nous étions fixés dans notre planification n’ont malheureusement pas étés validés par les conseils de bassin ces dernières années. Si nous avions voulu rattraper notre retard nous aurions sollicité au minimum 1000 ha. Nous sommes conscients que les autorisations ne sont pas cloisonnées pour l’instant et qu’une partie de ces superficies risquent d’être aspirées par le Cognac. Nous avons accepté de limiter notre demande à 500 ha pour apaiser les discussions au sein de la filière principale de la région. Tant que le cloisonnement applicable aux nouveaux droits n’est pas en vigueur, les vignes en place et les autorisations en portefeuille auront la possibilité de produire à la fois des VSIG et du Cognac. Tout ce qui ne sera pas orienté au Cognac aura un débouché dans notre filière, c’est certain. A partir de l’année prochaine, le principe de cloisonnement des contingents sera applicable, nous pourrons donc envisager des croissances indépendantes les unes des autres.

 

Christophe VERAL (Président UGVC)

Porter ensemble la prospérité de l’économie du vignoble.

Nous assumons pleinement le niveau de contingent de bassin à hauteur de 1557 hectares car les besoins de l’ensemble de nos filières sont à même de les absorber. Concernant le business plan, je suis le référent du BNIC sur ce dossier et je tiens à rappeler qu’il est aucunement question de remettre à plat l’ensemble de la méthode. Nous allons simplement ajouter des indicateurs et des alerteurs supplémentaires pour disposer d’une analyse plus fine et d’une meilleure réactivité. Ce qui va évoluer ? Les négociants vont exprimer leurs ambitions de vente à l’échelle des 5 prochaines années. Elles seront plus importantes, c’est normal, nous en avons eu la démonstration depuis quelques temps. La viticulture exposera de son côté sa capacité à croitre et il en résultera un compromis. Concernant les contreparties accordées à la viticulture, il faut être pragmatique ! On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre en exigeant la garantie de prix et de volume alors que nous sommes sur des marchés mondialisés. Nous devons assumer nos responsabilités de producteurs. Le pilotage de notre vignoble doit se faire à la manière un paquebot sans à-coups et avec anticipation.

 

Ils sont plutôt réservés…

 

Paul GIRAUD (Vigneron indépendant à Bouteville -Grande Champagne-)

Il faut plus de transparence et de sécurité pour la viticulture

Le contexte actuel nous oblige à nous développer mais nous devons le faire de manière raisonnable et surtout avec de meilleures garanties pour ceux qui prennent le risque de planter. Comme beaucoup des viticulteurs de ma génération, je sais que notre économie est cyclique parce que j’ai personnellement vécu plusieurs crises. Le plus difficile était la période entre 1975 et 89 où je n’ai eu accès au marché qu’à hauteur de 2 hl ap/ha. On me dit aujourd’hui que le contexte est différent et que ça n’arrivera plus… Je veux bien le croire mais je sais aussi, par mon vécu, que ce sont les viticulteurs qui paient le prix fort lorsque le potentiel n’est plus en adéquation avec les marchés. A cognac, les contrats qui sont sensés nous protéger n’en sont pas vraiment : Concernant le prix, comme la valeur n’est pas explicitement annoncée, rien n’empêche l’acheteur de payer 600€/hl ap s’il le souhaite. Concernant les volumes, c’est la même chose, il y a le risque des clauses de baisse et le couperet de la commission de dégustation aux achats. Dans tous les cas le rapport de force n’est pas équilibré.

Je crois aussi qu’avant de planter de nouvelles parcelles, nous devons individuellement faire en sorte que celles en place produisent à leur plein potentiel en pratiquant les entreplantations. Nous avons potentiellement 7500 ha à la clé.

Sur le principe d’attribution, je regrette le manque de clarté. On entend des rumeurs dans la campagne de viticulteurs qui auraient obtenu 20 hectares en une seule année. Si c’est le cas, c’est inacceptable ! Personnellement je pense qu’il est urgent de réfléchir à un mécanisme pour que les nouvelles autorisations soient les premières à ne pas produire du Cognac quand les choses vont se compliquer. La question de la croissance du vignoble est très sensible pour les viticulteurs : il faut donc plus de transparence pour que négoce et viticulture avancent de manière coordonnée.

 

Témoignage anonyme (Viticulteur en fins bois)

Nous n’avons pas le droit de continuer à accélérer tant que nous n’aurons pas mis au point notre système de freinage !

J’ai récemment lu dans la presse que les économistes craignaient qu’un krach boursier se produise dans les prochaines semaines aux Etats Unis. Si c’est le cas, nous pouvons imaginer que la cadence des chaines de mise en bouteilles de la région sera ralentie. Quelles seront les conséquences pour les prix et les volumes d’achats ? Nous le savons tous, alors pourquoi ne pas en parler maintenant ? Les 1554 hectares de 2018 ne me font pas forcément peur dans le contexte actuel. Ce qui me fait peur, c’est le cumul ! La prochaine révision du business plan va encore accélérer la cadence de plantation. J’espère que nos représentants de la viticulture seront suffisamment solides pour obtenir du négoce un plan précis et juridiquement bordé à mettre en place en situation de crise. Si nous ne prévoyons rien, le plan de replis sera les VSIG au travers de solutions équivalentes à la « double-fin » ou aux « vignes éponges » comme par le passé. Ce n’est pas un projet durable ni pour notre économie ni pour les  filières de vins sans indication géographique en place que nous pourrions déstructurer.

 

Témoignage anonyme (Viticulteur en Petite Champagne)

La contrepartie de contrats plus sécurisants.

Lorsque je dis, à propos des nouvelles plantations, que la viticulture se sent seule dans la prise de risque, on me rétorque que les investissements du négoce sont la preuve de leurs ambitions et que je dois moi aussi assumer ma part du risque. Ça n’a aucun rapport ! La Viticulture, proportionnellement à son chiffre d’affaire investi aussi de façon très importante dans son outil de travail. Mais en matière de prise de risque, l’augmentation du vignoble est beaucoup plus lourde que les investissements que nous faisons pour développer nos propres activités. Les conséquences des plantations sont collectives et engagent notre modèle économique tout entier. Tous les nouveaux droits accordés sont contractualisés et c’est bien mais est-ce vraiment une garantie à la hauteur de l’enjeu ? Ce serait le cas si les négociants affichaient dans les contrats des prix planchers en toute lettres ainsi que des volumes planchers lorsqu’il y a clauses de réduction. Les valeurs seraient libres de varier d’un acheteur à l’autre, mais nous aurions au moins la possibilité de « quantifier le risque ». C’est une donnée fondamentale pour diriger nos entreprises et prévoir nos investissements. Je sais que je ne suis pas de taille pour tenir ce discours en face à face avec mon acheteur, c’est pour cela que je m’exprime anonymement. Mais je pense que la négociation d’un « contrat type » au niveau de la filière la filière est un point d’étape important au stade où nous sommes. Il faut bien comprendre que si nos ambitions de développement sont plus modestes que le

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