15 ans d’expérimentation en Charentes sur les cépages résistants

11 août 2015

Le développement de cépages possédant une résistance au mildiou et à l’oïdium est-il en train de passer du stade du rêve complètement utopique à celui d’un projet réaliste d’ici 10 à 15 ans ? Les recherches d’amélioration variétale par des voies de pollinisation naturelles engagées depuis 25 ans par les équipes de recherches de l’INRA en France et dans d’autres centres de recherche à l’étranger laissent à penser que des évolutions importantes se profilent à moyen terme. En Charentes, le BNIC travaille très sérieusement le sujet depuis le début des années 2000 et des essais de plein champ de nouveaux cépages résistants ayant une typologie de production en phase avec les attentes de la filière Cognac commencent à délivrer des enseignements intéressants.

 

 

La Station viticole du BNIC travaille depuis 15 ans sur le développement de nouveaux cépages à la fois résistants au mildiou et à l’oïdium, et susceptibles de s’adapter à l’évolution climatique des prochaines décennies. La démarche, commencée en 2000, était à l’époque pionnière car les enjeux de réduction des intrants phytosanitaires n’étaient pas un sujet de préoccupation prioritaire et les débats autour des conséquences de l’évolution climatique commençaient juste à prendre de l’ampleur. Les constats des professionnels siégeant au BNIC ont incité les ingénieurs chargés des expérimentations viticoles de la Station viticole à réfléchir à la mise en place de nouvelles démarches d’amélioration variétale spécifique à la filière Cognac qui intégrerait les aspects de réduction d’intrants et les contraintes climatiques.

Alain Bouquet, « le père » des premiers cépages résistants en France

Gérald Ferrari, le responsable du pôle vignoble, vin et distillation, a pris contact au début de l’année 2000 avec Alain Bouquet, le spécialiste de l’amélioration végétale de la vigne à l’INRA de Montpellier. Ce chercheur, un expert d’audience mondiale au niveau de la sélection variétale en vigne, avait mis au point et développé de nouvelles stratégies d’hybridation naturelles qui lui ont permis de créer de nombreux nouveaux cépages résistants à la fois au mildiou et à l’oïdium. A. Bouquet a mis en œuvre, à partir du milieu des années quatre-vingt-dix, un vaste programme de croisement des Vitis vinifera issus de nombreuses régions viticoles françaises avec une espèce génétiquement très lointaine, la Muscadinia rotundifolia. Cette vigne sauvage, originaire de l’est des Etats Unis, présentait l’avantage de n’avoir jamais été multipliée en Europe et possédait naturellement une résistance au mildiou et à l’oïdium. Par contre, la qualité et la quantité faible des raisins produites par cette variété était inadaptée à la production de vin. Le croisement de cette nouvelle « ressource » génétique avec les cépages Vitis vinifera a engendré une descendance nombreuse et variée qui est conservée et protégée dans les collections de l’INRA de Montpellier. A. Bouquet a souhaité obtenir de nouveaux cépages aptes à la production de vins de qualité en multipliant les recroisements avec les Vitis vinifera.

L’étude des deux premiers géniteurs résistants en Charentes a commencé en 2000

Le travail de croisement par hybridation naturelle réalisé par l’équipe d’A. Bouquet à la fin des années quatre-vingt-dix a permis de constituer un véritable réservoir de nouveaux cépages résistants tous monogéniques. L’identification des gènes de résistance à l’oïdium (RUN 1) et au mildiou (RPV 1) a permis d’accélérer les programmes de sélection. Les tests d’empreintes génétiques remplacent la mise en œuvre de certains essais au champ (en serre) destinés à apprécier la sensibilité aux maladies. Le nouveau capital de matériel végétal créé par A. Bouquet concerne plusieurs centaines de cépages résistants (tous monogéniques). Le chercheur a été un visionnaire qui avait totalement anticipé les aspects de réduction d’utilisation des intrants phytosanitaires 15 ans avant l’émergence de cette problématique. Les premiers développements de programmes de sélection variétale ont concerné des cépages résistants adaptés au contexte de production de la zone méridionale, dans l’Aude, l’Hérault, le Gard et les Pyrénées-Orientales. La demande en 2000 de G. Ferrari de nouveaux géniteurs résistants ayant des caractéristiques de production adaptées à la filière Cognac auprès d’A. Bouquet a représenté une autre opportunité. Le chercheur a « puisé » dans son vivier de nouvelles variétés et proposé deux cépages blancs, les RV 4 et RV 5, ayant des caractéristiques de production lui paraissant en phase avec les attentes des eaux-de-vie charentaises.

Une conduite de l’essai sans aucune protection mildiou et oïdium

p20.jpgL’ascendance génétique des deux cépages blancs résistants RV 4 et RV 5 monogéniques n’avait pas « de parenté » avec l’Ugni blanc. Leur typologie productive, plutôt tardive engendrant de bonnes acidités et des niveaux de TAV moyens était intéressante pour la filière Cognac. Le matériel végétal a été multiplié par le centre de prémultiplication de la Station viticole du BNIC et, en 2005, la plantation au sein du vignoble de la fondation Fougerat a eu lieu. Le premier site d’expérimentation a intégré quatre cépa-ges, les deux cépages résistants RV 4 et
RV 5 d’A. Bouquet, l’hybride 558 de l’INRA de Bordeaux (ayant l’Ugni blanc comme un des deux parents) et en référence l’Ugni blanc. La plantation a concerné 2 microparcelles de 25 souches par cépage qui font toujours l’objet d’un suivi. L’essai est conduit depuis la troisième feuille sans aucun traitement mildiou et oïdium, et un suivi rigoureux du développement végétatif, de la sensibilité aux maladies (mildiou, oïdium, botrytis, black-rot, excoriose, eutypiose), de la productivité et des caractéristiques qualitatives des moûts et des eaux-de-vie est effectué pendant 5 ans.

Des observations au vignoble et des tests qualitatifs

V. Dumot et G. Ferrari commencent à avoir du recul sur le comportement des trois cépages résistants : « Les deux cépages RV 4 et RV 5 s’avèrent très peu sensibles au mildiou et à l’oïdium dans cet essai conduit sans protection. On a juste eu une toute petite attaque de rot brun une année qui ne s’est pas renouvelée par la suite. L’hybride de l’INRA de Bordeaux a montré aussi une bonne résistance au mildiou et à l’oïdium. Par contre, les nouvelles variétés sont sensibles au black-rot et à l’excoriose qui est montée en puissance au fil des années. L’intensité de la maladie perturbait le débourrement. Des traitements spécifiques contre l’excoriose ont dû être effectués pour endiguer la maladie. L’autre sujet d’inquiétude concerne la sensibilité aux maladies du bois des cépages résistants, compte tenu de la fréquence des symptômes d’esca-BDA et du taux de mortalité. L’hybride de l’INRA de Bordeaux s’avère plus sensible aux attaques de botrytis. La fertilité des trois cépages est bonne même et les grappes sont plus petites que celles de l’Ugni blanc. Au final, la productivité semble proche de la référence régionale. La réalisation de mini-vinifications et de distillations pilotes durant cinq années a permis d’apprécier le potentiel qualitatif des nouvelles variétés. Les eaux-de-vie élaborées à partir des cépages RV 4 et
RV 5 étaient correctes alors que celles provenant de l’hybride de l’INRA ne correspondait pas du tout aux attentes de qualité régionale. »

Les premiers croisements de l’Ugni blanc à des géniteurs résistants à partir de 2003

p21.jpgParallèlement à cette démarche de mise en culture des premiers cépages résistants, l’équipe de la Station viticole a souhaité pousser plus loin la réflexion d’adaptation du potentiel variétal. L’idée de pouvoir croiser l’Ugni blanc avec des cépages résistants monogéniques obtenus par A. Bouquet s’est très rapidement imposée comme une initiative qui serait encore plus en phase avec les attentes qualitatives de la région de Cognac, surtout si, à terme, ces cépages font l’objet d’une demande d’intégration dans le cahier des charges de production. A. Bouquet a donc lancé en 2003 une démarche de croisement par hybridation naturelle de cépages résistants (monogéniques) de type RV avec l’Ugni blanc. Ce travail a débouché sur l’obtention de 800 pépins fécondés qui représentaient une ressource d’individus aux potentialités très variées. La mise en culture des pépins en serre en 2006 a permis de réaliser un véritable screening des variétés les plus intéressantes à partir de tests d’empreintes génétiques (pour détecter la présence des gènes de résistance) et de bio-tests. La production de bois d’une cinquantaine de nouveaux cépages résistants ayant l’Ugni blanc comme un des deux parents a été transmise à la Station viticole du BNIC. À l’issue du greffage en 2007 (toutes greffées sur Fercal), 43 nouvelles variétés ont été
mises à l’étude.

Un premier screening de plein champ effectué entre 2008 et 2012

L’implantation en plein champ des 43 cépages est intervenue au printemps 2008 en intégrant aussi le Vidal 256 (l’hybride Rayon d’Or croisé avec de l’Ugni blanc) et la référence Ugni blanc. La nouvelle parcelle expérimentale a été implantée à la fondation Fougerat sous la forme de deux placettes de 5 souches par variété. Une observation fine des caractéristiques phy-siologiques, des critères d’ampélographie, de la sensibilité aux maladies, de la résistance et au stress hydrique, des paramètres quantitatif et qualitatif de la récolte a été mise en place depuis la troisième feuille. Une deuxième phase de sélection a été mise en œuvre entre 2009 et 2011 à partir des observations au champ des 43 variétés sur le site de la fondation Fougerat. L’objectif était d’effectuer un deuxième niveau de sélection en concentrant les efforts sur les aspects de résistances aux maladies, la sensibilité au botrytis, le rendement, les niveaux d’acidité et de TAV, et le potentiel aromatique (microdistillation acide sur moûts pour identifier et extraire les composés volatils). À l’issue de ce travail au printemps 2012, 15 nouveaux cépages résistants ont été sélectionnés (dont le Vidal 256) comme étant les plus adaptés à la filière de production Cognac. Le suivi de comportement des 15 cépages au vignoble s’est poursuivi depuis 2012 et en plus, des mini-vinifications (de 15 à 25 l), une appréciation ont été effectuées. Les potentialités qualitatives ont été évaluées avec des ana-lyses des vins, des microdistillations et des chromatographies en phase gazeuse.

Deux sites pilotes d’essais de 6 nouveaux cépages résistants implantés en 2015

V. Dumot et G. Ferrari ont mis à profit cette nouvelle phase d’étude resserrée sur 15 cépages pour caractériser encore plus finement les potentialités agronomiques et qualitatives des variétés : « Notre objectif est d’essayer de trouver plusieurs cépages résistants monogéniques qui à la fois seraient en mesure de s’adapter à l’évolution climatique et apporteraient une solution durable vis-à-vis de la réduction des intrants phytosanitaires. Le screening de plein champ que nous avons réalisé à la fondation Fougerat sur l’échantillon de 15 cépages résistants avait pour finalité de concentrer nos efforts sur les variétés présentant les meilleures potentia-lités qualitatives. Le travail a débouché sur la mise en évidence de véritables potentialités pour 5 cépages résistants et le Vidal 256. Notre souhait a été ensuite d’implanter les six cépages sur des sur-faces plus importantes et dans deux situations différentes pour les vinifier et distiller des vins en quantités plus importantes. Nous avons décidé d’intégrer cette nouvelle expérimentation dans le cadre d’une plateforme Dephy-Ecophyto à la fondation Fougerat et au lycée agricole de Saintes. 100 souches de chaque cépage ont été plantées dans les deux sites au printemps 2015. La démarche s’inscrit dans le cadre d’un dispositif VATE (valeur agronomique, technologique et environnementale) qui permet d’envisager l’engagement dans le processus d’inscription des cépages. »

Les pathogènes ont la capacité de contourner la résistance des cépages monogéniques

Le challenge des recherches sur les cé-pages résistants aux maladies comme le mildiou et l’oïdium a été abordé au départ uniquement avec des nouvelles variétés monogéniques. Or, l’expérience de démarches de sélections variétales de ce type dans d’autres cultures (les tomates, les pommes de terre, l’oïdium des céréales…) laisse à penser que la présence d’un seul gène de résistance à une maladie engendre une certaine vulnérabilité de la durabilité de la résistance. Les capacités des pathogènes à engendrer des phénomènes de contournement de la résistance existent et les chercheurs pensent qu’il faut appréhender ce risque avec sérieux. En vigne, les premières situations de contournement de la résistance ont été observées en Italie sur la variété Bianca et sur le Régent à l’Inra de Bordeaux et dans plusieurs vignobles européens (Baden, Tokay). Les cépages résistants monogéniques expérimentés depuis 15 ans ne sont toujours pas inscrits au catalogue des cépages permettant leur plantation dans le vignoble français. Les débats des professionnels de certaines régions produisant des vins sans IG et au sein de la communauté des chercheurs sont actuel-
lement importants. Faut-il autoriser la plantation de cépages malgré les incertitudes vis-à-vis de la durabilité de la résistance ? Le contexte actuel très lourd au niveau de la réduction de l’utilisation des intrants phytosanitaires plaide en faveur du développement des cépages résistants de première génération. À l’inverse, la notion d’encépagement est intimement liée à l’identité, à la typologie des productions de la quasi-totalité des régions viticoles françaises. Une modification des cahiers des charges de production sur ce sujet nécessite une profonde réflexion pour bien en appréhender l’intérêt et les limites à court, moyen et long terme. Il ne faut pas perdre de vue que les cépages résistants monogéniques possèdent une stabilité vis-à-vis « des risques pathogènes » qui est incertaine dans le temps.

De véritables inquiétudes sur la durabilité de la résistance des cépages monogéniques

p22.jpgLa durabilité de la résistance des nouveaux cépages est une préoccupation essentielle qui mobilise les compétences des équipes de recherches travaillant sur l’amélioration variétale. Existe-t-il des moyens de retarder et d’éviter les phénomènes de contournement de résistance ? Les chercheurs ont beaucoup réfléchi et travaillé le sujet. Leur sens des responsabilités les a amenés d’une part à ne pas éluder cette problématique sensible et d’autre part à proposer diverses solutions. Des moyens préventifs peuvent-ils être mis en œuvre pour éviter les phénomènes de contournement de résistance des cépages résistants monogéniques ? La réalisation d’une protection phytosanitaire minimum et préventive contre le mildiou et l’oïdium est peut-être une piste à travailler sérieusement. Le fait d’empêcher le développement de cycles épidémiques des maladies ne limi-terait-il pas les capacités de nuisance des agents pathogènes ? Cette approche paraît assez cohérente compte tenu aussi de la nécessité d’assurer une protection vis-à-vis des maladies secondaires comme l’excoriose et le black-rot.

La commercialisation des variétés de première génération n’est actuellement pas envisagée

p23.jpgLa réalisation d’une à deux applications préventives en début de saison (et une aussi en fin de cycle) avec des fongicides de contact ne constituerait-elle pas une alternative efficace pour pérenniser la durabilité de résistance des cépages monogéniques ? La réponse à cette interrogation va demander du temps pour que les travaux de recher-
ches en cours d’évaluation de la durabilité de la résistance des cépages monogéniques révèlent des résultats pertinents. Fort de
tous ces éléments de connaissances, l’INRA a décidé de ne pas multiplier des variétés de vignes ayant une résistance monogénique en France. Les risques avérés de contournement des résistances rendraient caduques ces variétés et très incertain l’usage des gènes contournés dans de futurs programmes de sélection. La diffusion commerciale des variétés résistantes de première génération ne pourra être envisagée que si les expérimentations en cours démontrent l’absence de contournement.

Les cépages résistants polygéniques ont un capital génétique plus stable

Les chercheurs ont investi une autre piste d’étude pour améliorer la durabilité de la résistance aux maladies. Elle concerne la sélection de nouveaux cépages disposant d’une résistance dite polygénique par le biais d’hybridations naturelles. Lorsque le potentiel génétique de résistance à l’oïdium ou au mildiou d’une variété repose sur plusieurs gènes (2, 3, 4 gènes), les agents pathogènes semblent avoir énormément de difficultés à contourner cette « barrière mieux sécurisée ». Cette voie de recherche fait l’unanimité auprès de la communauté scientifique et des professionnels qui s’intéressent à ce dossier. Des travaux de recherche importants ont été mis en œuvre depuis quelques années par les équipes de l’INRA de Colmar, de l’INRA de Bordeaux, de l’IFV et l’UMT Géno-Vigne à Montpellier pour développer des démarches de sélection de cépages résistants polygéniques. Les premiers résultats de ces travaux vont commencer à porter leurs fruits d’ici 5 à 10 ans. Les nouvelles obtentions doivent obligatoirement faire l’objet d’essais au champ longs et bien encadrés. Des recherches sur la sélection de cépages résistants polygéniques sont également conduites en Italie, en Allemagne et en Suisse. La perspective de pouvoir disposer dans une petite décennie de nouveaux cépages ayant une résistance durable au mildiou et à l’oïdium paraît donc envisageable.

Un nouveau programme de sélection de cépages résistants polygéniques « Cognac » engagé depuis 2012

Les ingénieurs de la Station viticole du BNIC ont suivi avec beaucoup d’intérêt les premiers résultats des recherches sur les cépages résistants polygéniques et des partenariats ont été tissés pour explorer une nouvelle piste d’étude avec des cépages adaptés à la filière de production Cognac. L’implication historique du BNIC dans les aspects d’amélioration variétale est sans aucun doute un atout majeur pour le développement du vignoble et des pratiques de viticulture durable dans les décennies à venir. Les travaux conduits par la Station viticole du BNIC sur les cépages résistants monogéniques vont se poursuivre et un nouveau programme de sélection avec des géniteurs polygéniques croisés avec de l’Ugni blanc a été développé depuis 2012. V. Dumot et G. Ferrari considèrent que ces nouvelles recherches sont réellement porteuses d’espoir pour le dévelop-pement du vignoble charentais : « Dès les premières présentations des travaux sur les cépages résistants polygéniques, nous nous sommes rapprochés des équipes de chercheurs pour engager une démarc he de sélection avec des géniteurs polygéniques incluant les spécificités de la filière eaux-de-vie. Une démarche de croisement avec l’Ugni blanc a été engagée dès 2012 à partir de deux lignées de géni-teurs différents. L’une provient de l’INRA de Colmar et l’autre de l’UMT Géno-Vigne de Montpellier. Notre souhait est de travailler à l’obtention de plusieurs cépages résistants polygéniques au sein des deux lignées génétiques. La démarche de sélection livrera ses toutes premières conclusions à partir du début des années 2020. Des plantations expérimentales de cépages polygéniques seront implantées par la Station viticole du BNIC à partir de 2017. »

Les cépages résistants, une alternative réaliste en matière de viticulture durable

Les études de comportement des nouveaux cépages sont nécessairement longues, d’autant qu’en Charentes les exigences de productivité et de qualité sont très différentes de celles des autres régions viticoles françaises et européennes. La forte implication de la Station viticole du BNIC dans ce dossier est un gage d’efficacité pour le devenir d’un sujet aussi complexe que l’encépagement. L’Ugni blanc est aujourd’hui le cépage « roi » en matière d’adaptation au terroir, de productivité des travaux et de qualité. La montée en puissance des exigences de viticulture durable, et tout particulièrement de la réduction de l’utilisation des intrants phytosanitaires, serait sûrement plus facile à appréhender si l’Ugni blanc était moins sensible au mildiou et à l’oïdium. L’intérêt des cépages résistants au mildiou et à l’oïdium réside dans leur capacité à minimiser l’utilisation des intrants phytosanitaires et à peut-être rêver du « 0 traitement ». Dans les essais de plein champ, les nouvelles variétés se révèlent sensibles à des maladies secondaires comme l’excoriose et le black-rot. Leur contrôle avec quelques traitements s’est avéré indispensable. Par ailleurs, à l’issue de l’observation au champ pendant une dizaine années, d’autres vulnérabilités se révéleront peut-être.

Le Vidal 256, la piste d’étude la plus avancée pour la décennie à venir

V. Dumot et G. Ferrari considèrent que les cépages résistants présentent un réel intérêt et aussi quelques contraintes : « 75 000 ha cultivés uniquement avec le même cépage engendrent aussi des risques et une vulnérabilité à certaines affections. La sensibilité du cépage Ugni blanc et l’expansion des maladies du bois depuis dix ans le confirment. Nous pensons réellement qu’il serait souhaitable que les démarches de sélection débouchent sur l’obtention de plusieurs cépages ayant bien sûr une typologie Cognac forte et
aussi des caractéristiques agronomiques différentes. Ce serait en quelque sorte une sécurité pour la préservation et la pérennité du capital de production régio-nal. L’état actuel d’avancement des travaux de sélection variétale est tout de même très encourageant. Le comportement des cépages monogéniques en plein champ avec une couverture phytosanitaire minimum et préventive est une voie qu’il faut travailler sérieusement. Par ailleurs, le Vidal 256 cultivé actuellement au Canada présente de l’intérêt en termes de résistance aux maladies, de comportement agronomique (productivité et adaptation au terroir) et sur le plan de la qualité. Cet hydride a été créé en 1930 par Jean-Louis Vidal, le responsable de la fondation Fougerat. C’est un croisement de l’Ugni blanc avec un hybride, le Rayon d’Or (Seibel n° 4986). Les résultats récents des essais conduits par la Station viticole du BNIC et par le Conservatoire des cépages Charentais ont décidé les professionnels à engager une démarche d’inscription au catalogue du Vidal 256 pour pouvoir, dans un second temps, l’intégrer dans le cahier des charges de production Cognac. »

Bibliographie :
– Journée technique du BNIC de 2014.
– François Delmotte, de l’INRA de Bordeaux.
– Travaux de recherche de l’INRA de Colmar et de l’UMT Géno-Vigne de Montpellier.

Les points clés des différents programmes de sélection de cépages résistants en Charente

l 1974 : recours au fonds génétique de Muscadinia rotundifolia, résistant au mildiou et à l’oïdium (A. Bouquet, INRA Montpellier).
ƒ Recroisement multiples par Vitis vini-fera pour améliorer la qualité du vin.
l 2000 : Conception du projet de croise-ment d’absorption par l’Ugni blanc.
– 2002 : Croisement entre un RV4 et l’Ugni blanc, puis sélection de la descendance.
– 2005 : implantation d’une parcelle d’étude : RV4, RV5, hybride Bdx, Ugni B.
– 2008 : implantation de 43 croisements RV4 x Ugni B. pour sélection.
– 2014-2015 : plantation de 4 crois. sélectionnés sur plate-forme EXPE DEPHY Ecophyto.
l 2013-2014 : Croisements entre cépages résistants polygéniques et Ugni blanc.
OBJECTIFS :
✓ Réduction des intrants phytosanitaires
✓ Adaptation au changement climatique
✓ Qualité du vin pour la distillation
                       

 
Acceptabilité technique et réglementaire

 

 

 

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