Vers toujours plus de traçabilité

21 août 2013

Et toujours plus de documents administratifs à remplir. C’est un peu le revers de la médaille. Personne ne conteste l’intérêt de « tracer » les produits. Après tout, nous sommes tous consommateurs et, à ce titre, soucieux de connaître l’origine de ce que nous achetons. Mais, en même temps, le corollaire de la traçabilité, c’est l’enregistrement.

En matière viticole, le dernier épisode en date a pour nom « carnet de chai ». Ou, plus exactement, il n’a pas de nom précis mais concerne la réception de vendanges, les raisins qui rentrent au chai. L’article 36 du Règlement communautaire 436/2009 paru – comme son intitulé l’indique – en 2009 est clair sur le sujet : « Les personnes physiques ou morales qui détiennent un produit vitivinicole () sont soumises à la tenue de registres indiquant les entrées et les sorties de ce produit. » En clair, la réglementation demande de quantifier les raisins qui rentrent au chai. Concrètement, aujourd’hui dans de nombreuses régions et chez l’immense majorité des producteurs, le produit viticole n’acquiert d’existence visible qu’à la Déclaration de récolte, c’est-à-dire plusieurs semaines après les vendanges. A l’évidence, cette pratique déroge et dérange. Elle déroge à la réglementation communautaire et dérange l’Administration. A vrai dire, depuis 2011 et surtout en 2012, les agents de la Répression des Fraudes ont procédé à des contrôles. Mais aujourd’hui, l’Administration souhaite passer à la vitesse supérieure. Elle veut que les opérateurs « rentre dans le rang », autrement dit qu’ils se conforment à la réglementation.

Sur le fond, la profession admet le bien-fondé de la démarche. « Nous serions quand même mal venus de nous opposer à la traçabilité alors que nous communiquons dessus et que notre valeur ajoutée en dépend largement. » Par contre, là où les discussions existent avec l’Administration, c’est sur les modalités d’application. Car si le règlement communautaire est limpide sur le principe de la traçabilité, il l’est beaucoup moins sur les moyens à mettre en œuvre. A la limite, c’est une chance pour la profession. « Il existe une obligation de résultat, pas de moyens » note une juriste spécialisée. « Les moyens sont un peu laissés à l’appréciation des opérateurs » rajoute-t-elle. Reste que l’obligation de « tracer les raisins » nécessite de répondre à une série de questions : comment évaluer la quantité de raisins à l’entrée du chai ? Faut-il peser, pas peser ? Qu’est-ce qu’on enregistre ? Les quantités à la parcelle ? Comment ? Dans quel délai ? Le jour même ? Dans les trois jours ? Dans le mois, en conservant un feuillet quotidien ? Le problème est moins pour les grosses structures, les coopératives (qui pratiquent déjà la pesée des raisins) que pour les petites entreprises, les producteurs individuels. « Il faut que l’enregistrement reste simple et acceptable » réclame la filière. Une grande réunion de « calage », fin août à Paris, rassemblera la DCCRF (Répression des Fraudes) et les représentants des producteurs (CNAOC, CCVF).

En régions, des réunions se sont déjà tenues. A la mi-juillet, le directeur régional de la Répression des Fraudes est venu à la rencontre du vignoble des Charentes, après avoir initié la même démarche en Aquitaine. Il semblerait que l’Administration comprenne « qu’il faut adapter les obligations au contexte des caves particulières ». Les professionnels ont constitué un groupe de travail pour émettre des propositions. Un enregistrement qui s’appuierait sur les documents existants – liés à l’HACCP – semble envisageable. Serait tracer l’origine de la parcelle, le volume estimatif des raisins, sur des feuillets d’enregistrement numérotés. Pour l’instant, rien n’est arrêté. Mais, une chose est sûre : « En septembre, il y aura un dispositif supplémentaire concernant les entrées de raisins. » De l’avis de professionnels, ce qui est visé par l’Administration, c’est moins la question des « vignes éponges » que la répartition entre crus pour les exploitations multi crus. Une question qui ne se pose pas qu’en Charentes mais dans toutes les régions viticoles.

Mine de rien, la traçabilité des raisins, au moment de leur arrivée, va amener une petite révolution dans les pratiques. « C’est à la fin de la foire que l’on compte les bouses » dit un vieil adage paysan. Jusqu’à maintenant, c’était à la Déclaration de récolte que le viticulteur présentait le profil de sa récolte. Dès les prochaines vendanges, la transparence jouera plus tôt. Une autre manière d’envisager les choses.

Couloir de tempête

Dans la nuit du samedi 27 juillet 2013, un épisode orageux de grande ampleur a éclaté peu après minuit. Jusque tard dans la soirée, la température plafonnait à 28°. Et ce qui devait arriver arriva. Les éléments se sont déchaînés sur une bonne partie des deux Charentes. Principale manifestation ! Des rafales de vent à plus de 130 km heure accompagnées, dans certains endroits, de trombes d’eau et, de manière beaucoup plus localisée, de grêle dans quelques micro-secteurs. Parti de Mortagne et du Mirambolais, le couloir de tempête a touché Gémozac, la région de Pons, la vallée du Né, une partie des coteaux de Grande Champagne pour courir vers Sainte-Sévère, le pays-bas, Mareuil en remontant sur Rouillac. Le coup de vent, d’une entensité qui n’était pas sans évoquer 1999, a mis à plat les cultures (tournesol, maïs), cassé les branches, arraché les arbres. Dans le secteur de Rouffiac par exemple (vallée de la Charente), des peupleraies entières ont été décimées. La ville de Cognac elle-même a été très touchée avec, en plus, un problème d’inondation. Le maire demandait dès samedi une reconnaissance en catastrophe naturelle. Quant aux vignes, elles furent « méchamment secouées » avec des dégâts plus ou moins importants selon l’orientation et la prise au vent : rangs couchés, piquets cassés, bois sortis des fils, rameaux à terre. Alors que les relevages étaient finis, le palissage est à refaire. Le lundi 29 juillet, les viticulteurs et leurs équipes « repartaient au combat », dans des conditions difficiles (branches prises dans les fils…). Sur les vignes non palissées (à port libre), le dommage est peut être encore plus grand. Quid de l’alimentation future de rameaux vrillés, très malmenés pendant plus d’une heure ?

Il semblerait que les communes de Mérignac et de Chadenac près de Pons aient subi, par endroits, de la grêle, sur au moins une face de rang. Dégâts estimés : autour de 50 %. Dans d’autres secteurs, des baies ont été abîmées, sous la violence du vent et de la pluie. Alors que le mildiou s’était fait un peu oublier cette année, cet accident climatique incite à redoubler de vigilance, surtout sous les averses et les piquets de soleil qui marquent cette fin juillet. En viticulture aussi, il faut « sortir couvert ».

 

 

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