Vers La Stabilisation

30 novembre 2009

Fin octobre 2009, les statistiques du BNIC indiquent des sorties totales de Cognac à 398 814 hl AP sur l’année mobile (d’octobre à octobre). Durant la même période en 2008, elles représentaient 454 830 hl AP soit, en douze mois, un recul de 12,3 %. C’est en août dernier que les sorties de Cognac ont subrepticement glissé sous la barre des 400 000 hl AP, rejoignant ainsi le niveau constaté au tournant des années 2001-2002. Sans vouloir remuer le couteau dans la plaie, souvenons-nous que le Cognac a battu son record de sorties en octobre 2007, avec 506 270 hl AP au compteur. Que disent les chiffres actuels ? Ils ne sont pas catastrophiques, loin s’en faut. Sur les ventes export, le mois d’octobre 2009 ne décroche que d’un petit – 4 % en volume par rapport à octobre 2008. Mieux, le mois de septembre 2009 a presque réussi à faire jeu égal avec son alter ego de septembre 2008, lui-même fort bon (+ 15 % par rapport à septembre 2007). Pour résumer, après le très mauvais et inquiétant passage à vide du premier semestre 2009, où les baisses mensuelles s’enchaînaient au rythme affolant de – 30 %, – 35 %, les ventes du second semestre semblent s’être pacifiées. Bien sûr, elles restent à un niveau modeste – légèrement en dessous de 400 000 hl AP – mais le cycle infernal paraît enrayé. « Je crois que, petit à petit, les choses sont en train de se stabiliser » constatait récemment un opérateur bien informé. Le même n’excluait pas de voir se produire une augmentation « mécanique » des ventes au cours de l’année 2010, qui pourraient porter le niveau des sorties Cognac à 420-430 000 hl AP. « Autant l’euphorie de l’an dernier n’était pas de mise, comme si le négoce de Cognac ne voulait pas entendre le discours qui montait des distributeurs, autant les relais de croissance du Cognac sont toujours là. Certes le Cognac a été touché par la crise, comme tout le monde mais, avec une baisse de – 12/– 15 %, il se défend presque mieux que d’autres, mieux que le Champagne ou les vins de Bourgogne par exemple. Son modèle économique n’est pas à terre même si, pour un certain temps, il faudra peut-être apprendre à vivre, structurellement, avec des ventes de 450 000 hl AP au lieu des 600 000 envisagées un temps. »

Faut-il ou non souscrire de la réserve climatique individuelle ? La question continue d’agiter le microcosme charentais. Les esprits, jamais à cours de créativité, envisagent déjà les moyens « d’optimiser » le fonctionnement de cette réserve. Un esprit d’entreprise qui effraie parfois. A trop vouloir « booster » la réserve climatique, ne risque-t-on pas de tuer dans l’œuf le projet de réserve de mise en marché ? Une réserve de mise en marché qui, d’ailleurs, ne fait pas l’unanimité. « C’est le faux nez pour augmenter le rendement » disent certains. D’autres parlent d’une relative inefficience de la réserve de mise en marché dans une filière comme celle du Cognac. « En différant de quelques mois la mise en marché, ce mécanisme de régulation peut fonctionner dans une région comme le Beaujolais qui vend son vin dans l’année. Ici, le mode opératoire paraît plus compliqué, vu l’omniprésence des stocks. »

A ce sujet, certains estiment que moins de 40 % de la récolte 2009 ont été vendus à ce jour. Resteraient donc dans les chais plus de 60 % des volumes, en attente d’acheteurs et/ou de date de retiraison ferme et précise. « C’est toujours pareil en situation de crise » témoigne un viticulteur chevronné qui pense moins à une dérobade des acheteurs qu’à une espèce de fuite en avant. « Ils misent sur une reprise et, en attendant, ils repoussent, repoussent les enlèvements. Il faut seulement souhaiter que la reprise arrive… » Plus que jamais les « Bonnes fins » ont pignon sur rue à Cognac. Inaugurées dans les années 75, avec les eaux-de-vie « bloquées » et les facilités de crédits accordées aux viticulteurs par les banques, au fil du temps elles ont eu tendance à se substituer aux achats d’eaux-de-vie nouvelles. Les « Bonnes fins » s’assimilent à un achat à terme – « on vous prend cette marchandise et l’on effectuera la retiraison plus tard ». La vente est réputée « parfaite » dès lors qu’il y a accord sur la chose et sur le prix. Caustique, un viticulteur décrit la teneur des exigences formulées par un vendeur de Bonnes fins en situation de crise : « L’enlèvement de la marchandise, c’est quand vous voulez et le prix, c’est celui que vous me donnerez. » Commentaire du même : « Dans ces conditions, on peut considérer qu’il s’agit d’un contrat un peu léonin. »

La loi de finance pour 2009 avait instauré le principe d’une indexation des accises sur l’inflation de l’année N – 2. La loi de finance pour 2010 récidive. Les droits de consommation sur les alcools vont augmenter de l’inflation constatée en 2008, de 2,8 %. L’an dernier, le Pineau des Charentes et ses amis des vins de liqueur d’AOC, regroupés dans la CNVDLAOC*, s’étaient insurgés contre cette progressivité des taxes qui, proportionnellement, pénalisait plus les produits déjà lourdement fiscalisés. Au cours du printemps et de l’été 2009, les représentants des vins de liqueur se sont mobilisés pour obtenir l’exemption de cette indexation (rencontre avec les parlementaires, le président du Sénat, le cabinet du Premier ministre…). En vain. Les vins de liqueur figurent bien sur la liste parue au Journal officiel. En réaction, la CNVLAOC a décidé de jeter un pavé dans la mare en s’offrant une demi-page de publicité dans plusieurs journaux nationaux et régionaux (voir la teneur du message publicitaire sur le site internet du Paysan Vigneron – www.lepaysanvigneron.fr). Si les politiques et hauts fonctionnaires ne réagissent pas aux formes d’injonctions classiques, peut-être le fait de saisir l’opinion publique les rendra-t-il plus accessibles ? En cas de non-réponse, les producteurs de vins de liqueur promettent de ne pas en rester là. « Nous saurons prendre les dispositions nécessaires. » n

(1) La CNVLAOC (Confédération nationale des producteurs de vins de liqueur à appellation d’origine contrôlée) regroupe les producteurs de Pineau des Charentes, de Macvin du Jura, de Floc de Gascogne et de Pommeau de Normandie. Elle est présidée par Christian Baudry.

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