UGVC – Réunions de secteurs : « Un moment privilégié pour s’informer »

25 février 2014

Comme à leurs habitudes, les réunions de secteurs du syndicat viticole ont attiré, courant janvier, un auditoire nombreux. Un moment privilégié pour faire fonctionner « l’ascenseur à info. », dans un sens comme dans l’autre. En marge des enjeux du Business plan Cognac, dont la mouture finale est attendue en mai prochain, différents points sont venus alimenter la discussion : vie syndicale, rendement des vins sans IG, stockage de la réserve de gestion, évolution du cahier des charges…

 

 

2011-2014… Trois ans se sont écoulés depuis la première élection des 430 délégués de l’UGVC. La composition de la prochaine assemblée des délégués sera connue le 24 mars, date du dépouillement des bulletins de vote, préalablement glissés dans l’urne (ou plutôt dans les enveloppes électorales) avant le 14 mars. Le 27 mai suivant, lors de l’assemblée générale de l’UGVC, ces mêmes délégués éliront les administrateurs du syndicat, bouclant ainsi la boucle d’un processus électif complet. En 2011, les administrateurs n’avaient pas été élus mais désignés à égalité entre les deux anciennes formations (SGV et SVBC). « La période transitoire est arrivée à son terme. Dorénavant, il n’y a plus que des membres de l’UGVC » relevèrent chacun à leur tour les animateurs de la dizaine de réunions de secteurs organisées courant janvier 2014. Objectifs de ces rencontres : évoquer les élections bien sûr, brosser un tableau d’actualité (chiffres, tendances) mais aussi « mettre en évidence le travail de l’UGVC sur quelques gros dossiers du moment » et, last but not least, recueillir l’avis des viticulteurs sur certains points précis.

A Segonzac, se sont retrouvés à la manœuvre Patrick Brisset, vice-président de cru (Grande Champagne), assisté de Stéphane Roy (secrétaire général du syndicat) et d’Olivier Louvet, président de l’ODG Cognac. La réunion a rassemblé une petite cinquantaine de participants.

A Archiac, affluence des grands jours (plus d’une centaine d’auditeurs) pour venir écouter Christophe Forget (président du syndicat), Annabelle Monnereau, vice-présidente de cru (Petite Champagne) et Jean-Bernard de Larquier, vice-président du BNIC. Fait assez rare pour être signalé. La salle de la mairie, de dimension modeste il est vrai, s’est révélée trop petite pour contenir toutes les personnes présentes. Des gens restèrent debout.

A Segonzac, les intervenants se firent discrets sur la problématique du Business plan Cognac, suivant en cela, semble-t-il, les recommandations du syndicat (voir encadré). A Archiac, Christophe Forget et Jean-Bernard de Larquier abordèrent plus franchement le thème, même si eux aussi fixèrent au 27 mai (jour de l’AG du syndicat) « le moment d’en débattre plus largement ». Car, à cette date, l’étude commencée en 2011 sera terminée. Ch. Forget a qualifié les quelques mois qui restent de « cruciaux, capitaux ».

« Tout le travail de la phase 3, a-t-il dit, consiste à envisager le partage du risque en cas d’inflexion de marché ; le retour sur investissement pour les viticul-teurs ; les engagements contractuels à mettre en place. » « La viticulture, a-t-il poursuivi, ne peut pas être la seule variable d’ajustement. Une autre variable d’ajustement existe du côté du négoce : par exemple, accepter de mobiliser des capitaux supplémentaires pour, ponc-tuellement, acheter un peu plus que ses besoins. »

Pour mémoire, en 2012, l’étude d’Eurogroup concluait à des expéditions de Cognac en hausse de 52 % à horizon 2026 et, dans la foulée, à un rendement d’objectif de 11,66 hl AP/ha. Comment satisfaire ces besoins ? La région devrait-elle « bouger les curseurs » en termes de distillation, de stoc-kage, de plantations nouvelles ? D’autant que le cabinet de consulting mandaté par l’interprofession défendait – et défend toujours – l’idée de ne pas « suréagir » en cas de baisse de régime. « Ne pas trop solliciter les plaquettes de frein » a repris de façon imagée Ch. Forget. Quant à Olivier Louvet, à la réunion de Segonzac, il a défendu une notion qui lui est chère, celle de la taille critique du Cognac. « Ne pas être présent sur les marchés par manque de marchandise, c’est courir le risque de devenir invisible sur les linéaires. Maints exemples dans l’univers des vins et des spiritueux nous montrent ce qu’il en coûte. »

Les travaux d’Eurogroup vont sans doute déboucher sur plusieurs « scenarii », autrement dit des hypothèses. L’augmentation de surfaces en fera-t-elle partie ? « Si plantations nouvelles il devait y avoir, s’est laissé à dire Jean-Bernard de Larquier, ce ne pourrait être que sur de petites sur-faces, avec des plantations réparties dans le temps. Une façon de procéder plus
facile à gérer et ensuite plus facile à modu-ler, dans le sens du ralentissement comme de l’accélération. »

« Avant de parler plantations nouvelles, le mot d’ordre du syndicat est de renouveler le vignoble » ont exhorté d’une même voix tous les intervenants. « Il n’y a que le renouvellement qui permette d’avoir tout de suite des ha rentables. »

Sur la question des plantations nouvelles, les salles de Segonzac et Archiac apparurent étrangement mutiques. Aucune question des viticulteurs. Comment interpréter ce silence ? Indécision, accord implicite aux plantations nouvelles, sentiment que la décision se prendra en dehors d’eux, sans qu’ils y puissent grand-chose, désaccord sur le fond sans pour autant avoir envie de passer son tour ?

Un point sur l’encadrement du rendement des vins sans IG (ex-vins de table) n’était pas spécialement attendu. C’est même plutôt l’inverse, dans la mesure où les vins sans IG (Vins « Autres débouchés » en Charentes) présentent justement la carac-
téristique de connaître un rendement libre. Pourtant, c’est de leur encadrement volumique dans la région délimitée Cognac dont il fut question. L’idée, pour la région de Cognac, consiste à donner des gages aux autres bassins de production. « En cas de crise du Cognac, vous ne serez pas inondés des surplus du vignoble charentais. » A Segonzac, les intervenants ont relié très directement cette démarche au dossier des plantations nouvelles : « Pour solliciter des autorisations de plantations nouvelles, nous aurons besoin de l’accord des autres bassins. » Afin de montrer la bonne volonté régionale, il serait question de limiter le rendement des « Autres débouchés » à 240 hl vol./ha. Par quel « habillage juridique » ? La piste interprofessionnelle est activée. Elle envisagerait de bloquer l’affectation au Cognac l’année N + 1 à ceux qui dépasseraient les 240 hl vol./ha. Le projet a été présenté à FranceAgriMer, au ministère de l’Agriculture. « Cela va dans le bon sens » argumentent les professionnels régionaux qui attendent le retour de leur proposition.

Y a-t-il un problème avec la réserve de gestion, plus précisément avec son stoc-kage ? C’est ce qu’a laissé entendre le syndicat au cours des différentes réunions de secteurs. Selon des remontées de terrain, certains CVC (Centres de la Viticulture et du Cognac) souhaiteraient que s’applique un stockage séparé des réserves de gestion. Autrement dit, les eaux-de-vie d’une même récolte devraient être logées dans des fûts distincts selon leur destination : libre ou réserve de gestion. La réserve de gestion ne pourrait pas se retrouver mélangée à de l’eau-de-vie libre. L’UGVC se retrouve globalement opposé à cette lecture, pour une série de raisons : pénalisation des petits opérateurs, volumes réduits, fûts en vidange, évaporation… La réglementation, quelle est-elle ? En l’occurence, les textes applicables sont ceux de l’interprofession, précisément le cahier des charges rédigé en 2010 par le BNIC, lors de la mise en place de la réserve de gestion. À l’époque, se souvient-on, des positions divergentes s’étaient exprimées au sein même de l’interprofession, certains se déclarant favorables à une gestion séparée des volu-mes, d’autres à une gestion globalisée. Au final, tout laisse à penser que la gestion globalisée l’a emporté. Ceci dit, « le texte présente une certaine ambiguïté » admet une personne proche du dossier. Que dit le cahier des charges ? Au sujet du stockage, il indique d’une part que les eaux-de-vie
mises en réserve de gestion « seront stoc-kées par récolte sous futaille de bois », et d’autre part qu’elles seront stockées « dans un chai identifié dans des contenants individualisés par récolte ». Objectivement, la nécessité d’un stockage séparé ne figure nulle part. Reste qu’une certaine ambiguïté demeure. « Selon ce que l’on veut y voir, le texte peut s’interpréter différemment » note le même interlocuteur. De là à se retrouver redressé, il y a une marge. La seule obligation douanière tient à la comptabilité matière différenciée. C’est tout.

De la réglementation, la discussion à assez vite glissé vers la libération de la réserve de gestion. Quelqu’un a fait remarquer que la première réserve de gestion libérable en compte 4 allait arriver le 1er avril 2015. Cons-
tituée en 2010, elle représente 25 000 hl AP. La réserve constituée en 2011 porte sur 70 000 hl AP, soit un volume représentant près de 30 % des ventes actuelles de VSOP (un peu moins de 200 000 hl AP). « Normalement, on n’assigne pas de date de sortie à une vraie réserve de gestion. Son déblocage répond à une situation de marché » a souligné J.-B. de Larquier. Commentaire de Christophe Forget : « Tout le monde sait bien qu’une réserve de gestion sert à la régulation de marché. Ce n’est pas un rendement différencié. C’est aussi un signe fort pour encourager la viticulture à recons-tituer du stock. »

Préciser, rectifier certains points, en introduire d’autres qui avaient été oubliés…Le cahier des charges Cognac fait actuellement l’objet d’un travail de lifting. Aux manettes, l’ODG Cognac adossé aux services de l’interprofession, les services régio-naux de l’INAO. Jean-Bernard de Larquier a resitué le cadre dans lequel s’exerçait ce chantier. En fait, il a trait au Règlement européen sur les indications géographiques des boissons spiritueuses. Adopté en 2008, le texte impose aux Etats membres de transmettre à la Commission européenne, avant le 20 février 2015, les cahiers de charges des boissons spiritueuses à indications géographiques, sous la forme normalisée de fiches techniques. A défaut, les boissons spiritueuses à IG ne seraient plus enregistrées ni protégées. Comme les autres spiritueux à IG, Cognac se prépare à satisfaire à cette exigence. Sans pression particulière. D’un simple clic, son cahier des charges pourrait être transmis sous forme de fiches techniques à Bruxelles. Mais les professionnels se sont dit qu’il serait peut-être astucieux de saisir l’occasion pour actualiser quelque peu le contenu. Ce qu’ils sont en train de faire. Quelques points ont retenu l’attention de l’UGVC. L’un d’entre eux porte sur le terme Grand Cru. Dans quel cru, sur quels critères ? Les deux familles du négoce et de la viticulture y réfléchissent. Un autre point concerne l’intensité colorimétrique du Cognac. Un opérateur a mis sur le marché un produit véritablement limpide. Quid de la typicité du produit ? Le cahier des charges impose un vieillissement minimum de deux ans sous bois. D’où, forcément, un peu d’intensité colorante. L’adoption d’une norme colorimétrique est dans l’air. J.-B. de Larquier a aussi cité l’Esprit de Cognac. Le terme avait été oublié dans la dernière mouture du cahier des charges. « Cela concerne de très faible volume, a expliqué le représentant professionnel mais il serait gênant que d’autres puisent s’emparer de la dénomination. »

Sur chaque sujet, les animateurs des réunions ont sollicité l’avis des viticulteurs. Si les aspects relatifs au cahier des char-ges ne suscitèrent pas des débats très vifs, la réserve de gestion entraîna beaucoup plus de commentaires, un peu « à hue et à dia » il est vrai. Jean-Bernard de Larquier ne fut pas loin d’y voir une métaphore des réunions du conseil d’administration de l’UGVC.

« Etre un seul syndicat nous donne beaucoup plus de force face à nos collègues négociants, mais nous devons arriver à sortir une position commune de nos rangs. Et ça se révèle souvent difficile. » Il a demandé aux adhérents de faire remonter leurs vœux, afin de pouvoir étayer les argumentaires. « Nous défendrons d’autant mieux vos idées que vous nous les exprimerez. »

Droits de plantation – Le bon timing

Avant, on considère que c’est trop tôt ; après, cela risque d’être trop tard. Quel peut être le bon timing pour consulter les viticulteurs sur l’opportunité ou non de planter ?

« On ne mettra pas les viticulteurs devant le fait accompli ! » déclare le syndicat. Mais comment l’UGVC envisage-t-il la consultation des professionnels sur un dossier hautement stratégique comme celui des plantations nouvelles ? Manifestement, le syndicat n’a pas souhaité faire de ses réunions de secteurs des tribunes pour débattre du sujet. La thématique du Business plan a à peine été effleurée. Peur que les discussions partent « en live » ? « C’est compliqué de demander aux gens de débattre de quelque chose, tant qu’ils n’ont pas tous les éléments en main » se défend-on à la Maison des Viticulteurs. Certes mais on sait bien aussi que les dossiers ont leur propre dynamique. Quand les pistes sont lancées, il est parfois difficile de faire machine arrière. Dans une phase précédente, le cabinet d’étude Eurogroup, chargé par l’interprofession de mettre en forme le Business plan du Cognac, avait interrogé une trentaine de délégués de l’UGVC. Il récidive pour la dernière phase de l’étude. Cette fois-ci, il va enquêter auprès d’une cinquantaine de délégués. Précision jugée importante : « Eurogroup les rencontrera seuls, pour que l’entretien soit totalement neutre, que les gens se sentent libres de parler. » À coup sûr, pour prendre le pouls de la viticulture, ces sondages sont perçus comme une alternative intéressante. « Et puis, est-il précisé, le débat se poursuit au sein de l’interprofession. » Enfin, l’assemblée générale de l’UGVC, le 27 mai, est pressentie comme le temps fort de la discussion, le lieu privilégié du « retour à la viticulture », le moment où les gens pourront s’exprimer. « Seront présentés des différents scénarios auxquels l’étude aura abouti. Le dialogue pourra alors s’enclencher, en toute connaissance de cause » promet le syndicat qui indique que la réunion sera ouverte, au-delà du périmètre des adhérents. « Nous allons inviter très largement. »

 

 

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