SGV Cognac : Le combat du revenu

7 juin 2011

Pour le SGV Cognac, la défense du revenu viticole passe par le combat des prix mais aussi par l’accompagnement des adhérents, au jour le jour. Un positionnement stratégique pour un syndicat qui a toujours souhaité « ne laisser personne au bord de la route ». Aujourd’hui, le syndicat mène une vigoureuse campagne de mobilisation contre l’abandon des droits de plantation, mesure jugée catastrophique pour la viticulture. Interview de Christophe Forget, président du SGV Cognac.

 

 

forget.jpg« Le Paysan Vigneron » – Que pensez-vous des prix d’achat des eaux-de-vie pratiqués aujourd’hui ?

Christophe Forget – La coupe est pleine. En 1989, la vente d’un hl AP Fins Bois compte 1 permettait de rémunérer 116 heures de travail. Aujourd’hui, elle ne permet plus d’en couvrir que 68. Et pourtant la charge de travail est identique. Nous disons qu’une augmentation de prix de 5 % ne serait pas du tout stupide. Certes, la négociation de prix est une négociation de droit privé. Nous ne pouvons pas nous substituer aux partenaires. Mais notre rôle de syndicat consiste à sensibiliser nos interlocuteurs négociants. La viticulture est en droit d’attendre une valorisation supérieure. Avec des mises en stock supplémentaires, la viticulture supporte des immobilisations plus importantes. Sa part de risque s’en trouve également plus élevée. Tous ces éléments méritent d’être financés. Par ailleurs, comparée à des ventes de VS, la premiumisation des ventes de Cognac rend le climat commercial sans doute un peu moins concurrentiel. Ainsi, une marge de manœuvre existe-t-elle. La viticulture ne pourra pas supporter longtemps de voir ses charges augmenter – fioul, gaz, main-d’œuvre… – sans contreparties en face. Une prise de conscience du négoce doit se produire rapidement. Tous les outils pour bien travailler sont en place. Les réformes réglementaires sont bouclées. Vient le temps maintenant d’une rémunération plus juste et plus respectueuse du travail du vigneron. Aujourd’hui, le négoce cognaçais ne rémunère pas suffisamment l’outil de production.

« L.P.V. » – Depuis quelques années, votre syndicat s’est engagé dans une politique de services aux adhérents.

C.F. – Nous avons en effet considéré que c’était aussi améliorer le revenu viticole que de faciliter la vie des adhérents, au jour le jour. Si l’organisation de l’exploitation est meilleure, si l’accès aux aides est plus facile, si l’adhérent peut bénéficier de tarifs négociés auprès de ses fournisseurs, ce sera toujours autant de gagner. Cela participe d’une vision pragmatique, qui correspond bien à notre état d’esprit. Nous avons toujours dit que nous ne voulions laisser personne au bord de la route. Le métier de viticulteur se complexifie. Il faut s’approprier tous les changements réglementaires. La PAC change, les documents viti-vinicoles changent… Individuellement, nous accompagnons les viticulteurs et, à titre collectif, nous nous assurons qu’il n’y a pas de dérapage dans la gestion des outils mis en place.

« L.P.V. » – Quelles positions défendez-vous aujourd’hui en terme de rendement, de réserve de gestion, d’affectation ?

C.F. – J’imagine que les négociations sur le rendement et plus encore peut-être sur la réserve de gestion vont être très serrées (interview réalisée quelques jours avant l’assemblée plénière du BNIC du 24 mai). Plus globalement, nous disons que de trop fortes amplitudes ne sont bonnes ni pour la viticulture ni pour le négoce. En 2007, année record pour le Cognac, le rendement s’éleva à 10,87 hl AP/ha pour plonger à 8,12 l’année suivante. De telles variations sont très difficiles à gérer au niveau d’une exploitation. En ce qui concer ne la réserve de gestion, le SGV Cognac a toujours souhaité que sa libération intervienne le plus loin possible dans le temps. La finalité de la réserve de gestion ne consiste-t-elle pas, avant tout, à favoriser la reconstitution des stocks à la viticulture. Ceci dit, rien n’empêche d’envisager, au cas par cas, une libération par anticipation, pour répondre aux besoins du marché. Tout est question de projection sur l’avenir. Au sujet de l’affectation, nous proposons de pouvoir modifier l’affectation au moment de la déclaration de récolte, certes dans une proportion marginale mais tout de même. Introduire de la souplesse, coller au plus près de la réalité de la production pour éviter de détruire du raisin… c’est bien là où réside l’enjeu. L’affectation en deux temps nous semble une solution de bon sens. C’est ce qui est remonté des nombreuses réunions de section organisées cet hiver.

« L.P.V. » – Quel bilan tirez-vous des années passées ?

C.F. – Nous avons vécu une évolution réglementaire à rythme forcé, pour partie initiée en région, pour partie imposée d’en haut. Le temps est venu de marquer une pause, ne serait-ce que pour procéder aux ajustements nécessaires.

« L.P.V. » – Le décès de Bernard Guionnet va t-il changer votre manière de travailler.

C.F. – Il exerçait ce rôle pivot qui lui permettait de faire passer les messages dans un sens comme dans l’autre. Il va falloir apprendre à dialoguer autrement. Je dirais que c’était le plus viticulteur des bouilleurs de profession ou le plus bouilleur de profession des viticulteurs.

« L.P.V. » – Les élections à l’ODG Cognac devaient être organisées en juin. Elles ont été repoussées. Savez-vous à quelle date ? Quid de vos relations avec le SVBC ? Se dirige-ton vers un nouveau syndicat unique ?

C.F. – Concernant la date des élections à l’ODG, la seule échéance dont nous soyons sûrs, c’est le renouvellement du BNIC, en novembre prochain. Il y a fort à parier que les élections à l’ODG se tiendront avant cette date. Quand précisément ? Je l’ignore. C’est vrai que nous avons discuté un temps avec le SVBC sur la question de la liste unique. Mais pour avoir une liste unique, faut-il encore avoir un véritable projet commun. Si les deux structures doivent vivre chacune de leur côtés, ce n’est pas la peine. Maintenant, le SGV a toujours voulu créer le rassemblement le plus large possible. Qu’en sera-t-il dans le futur ? C’est trop tôt pour le dire.

« L.P.V. » – Votre syndicat se mobilise beaucoup pour la défense des droits de plantation.

C.F. – Oui. Nous considérons qu’il s’agit d’un élément fondamental pour l’avenir de notre métier. Notre assemblée générale (passée à ce jour puisqu’elle se tenait le 23 mai dernier – NDLR) en fait d’ailleurs fait son thème central. Sous le titre « Droits de plantation, utopie ou espoir ? » nous avons souhaité faire s’exprimer les élus, afin de mettre en exergue l’influence décisive qu’ils peuvent jouer sur le dossier. Et quand je pense aux élus, je pense aussi à toutes les personnes qui soutiennent notre action en signant la motion de défense des droits de plantation.

Une aide aux dossiers
tisseire.jpgAides à la restructuration du vignoble, demandes de replantation par anticipation… Le SGV Cognac accompagne un nombre significatif de viticulteurs charentais sur ces dossiers (plus de la moitié des dossiers serait passée entre ses mains sur la campagne). Le syndicat joue un rôle d’interface, de « facilitateur » entre l’exploitant et FranceAgriMer. « En fait, cela facilite un peu la vie de tout le monde, et du viticulteur et de FranceAgriMer » explique Marlène Tisseire, directrice du SGV Cognac. Le service est gratuit pour l’adhérent. Concernant la plantation par anticipation par exemple, ceux qui le souhaitent peuvent communiquer leur calendrier de replantation au syndicat, qui les alertera ensuite « pour éviter de laisser filer la date ». Même chose pour demander la main levée de caution. L’outil informatique, bien maîtrisé par le bureau, permet l’exercice de cette veille.

Pour un suivi plus personnalisé, une aide au remplissage, à la vérification des documents, le syndicat propose une adhésion au service juridique pour la somme de 10 €, « un montant plus symbolique qu’autre chose ». Il en coûtera 50 € au total (en sus de la cotisation ha) pour le pack complet, service juridique + lettre d’info + revue de presse. Aux différents tarifs négociés – gaz de distillation, fioul, tuyaux de transfert Cognac – est venue s’ajouter une nouvelle offre, concernant l’épalement de cuve : remise de 5 % pour les adhérents du SGV. Le syndicat compte trois permanents (tes). Au cours de l’année 2010, il aura reçu 3 100 appels. Il indique avoir passé la barre des 1 200 adhérents.

 

 

 

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