« Relais de saint-Preuil » : « C’est la clientèle qui fait le Buzz »

10 mai 2011

En 2005, Jean-Luc Montembault, du « Relais de Saint-Preuil » en Grande Champagne, inaugurait une activité d’œnotourisme en Charentes. Encore aujourd’hui, il reste l’un des rares à proposer une offre œnotouristique complète entre chambres d’hôtes, balades dans le vignoble, organisation d’ateliers, séjours à la carte. Nous l’avions rencontré début 2009. Deux ans plus tard, quel regard porte-t-il sur son activité ?

 

 

st_preuil.jpg« Le Paysan Vigneron » – Comment avez-vous vu évoluer votre clientèle ces deux dernières années ?

Jean-Luc Montembault – Personnellement, je diviserais la clientèle en deux : clientèle française d’un côté, clientèle étrangère de l’autre. La clientèle française est individuelle, autonome. Elle organise seule ses vacances et, finalement, ne peut être touchée que par la communication. A ce titre, le vignoble de Cognac semble relativement en retard. Nous allons voir cette année comment fonctionne le label « Vignobles & découvertes » porté par les Etapes du Cognac en 2010. Sur Segonzac, le label Cita Slow (voir encadré) peut aussi jouer comme une caisse de résonance. Des magazines tels l’Express ou le Point ont consacré des pages spéciales au Cognac. C’est toujours bénéfique. Les clients français qui viennent chez nous arrivent la plupart du temps guidés par le bouche à oreille ou par le biais d’un coffret cadeau. Ils sont attirés par la maison, le cadre et en profitent pour découvrir le Cognac. Par contre on a toujours beaucoup de mal à leur « vendre » l’idée qu’il est possible de passer de bons moments en Charente. La même réticence revient en boucle : « que va-t-on faire ? » Car le touriste, aujourd’hui, aime se détendre, se reposer mais veut aussi être sûr de pouvoir faire des activités, pour ne pas s’ennuyer. Des choses existent en matière d’animation mais il faut aller les chercher. Et c’est toujours aussi compliqué d’assurer une bonne communication sur ces activités.

A côté de la clientèle française individuelle, existe la clientèle française d’entreprise. Ces deux dernières années, elle a considérablement réduit ses budgets. Les séminaires d’entreprise ont fondu. Et pour ceux qui restent, les sociétés ne veulent pas courir le risque d’être déçues. Elles sont tentées de choisir de grands classiques comme Bordeaux, La Rochelle, le Futuroscope. Qui plus est, il faut bien avouer que nous n’avons pas de grands hôtels à leur proposer. Il nous manque l’outil porteur d’image. Un décalage existe entre le produit de luxe qu’est le Cognac et l’offre à mettre en face. Nous avons le flacon mais pas l’étui. Quand de très belles chambres existent – je pense à un hôtel en particulier – l’extension s’est faite sur de petites chambres. Face à un groupe de 15 personnes, il faut être capable d’offrir les mêmes « belles chambres » à tout le monde.

« L.P.V. » – Qu’en est-il de la clientèle étrangère ?

J.-L. M. – Par définition, elle vient de loin et même à notre toute petite échelle, nous avons l’opportunité de la capter. Vive internet ! Les plus aventureux louent une voiture en France et organisent leur séjour sur place. D’autres réservent directement de Californie ou du Brésil. Généralement, ils disposent d’un bon pouvoir d’achat et la région, comparée à d’autres, leur apparaît « bon marché ». Des nouveaux riches ont beaucoup d’argent dans les mains et ne sont pas forcément éduqués. C’est assez difficile avec eux. D’autres, au contraire, recherchent l’authenticité. Quand ils viennent ici, ils savent « qu’on ne va pas les emmener chez Mickey ». Ils sont très réceptifs à un discours « terroir ». Parlant peu ou pas le français, ils sont plutôt rassurés de ne pas être « lâchés » dans la campagne. Ils ont besoin d’être tuteurés. Un client anglo-saxon a l’habitude du service et l’habitude de le payer. La norme est de rémunérer la visite, quelle que soit sa durée. Ainsi, auprès de cette clientèle, l’œnotourisme représente un vrai marché mais un marché de niche.

« L.P.V. » – Les prestations offertes par la région satisfont-elles les touristes ?

J.-L. M. – Cela dépend. Les tour operator russes et leurs clients ne descendront pas chez moi. Ils iront au château de Mirambeau, à Bordeaux ou à La Rochelle. Que ce soit pour les nuitées ou la restauration, sans doute Cognac souffre-t-elle d’un marché local trop étroit, qui l’empêche d’attirer les très beaux établissements. Or nous savons que c’est la clientèle qui fait le buzz, qui crée la tendance. « Tu sais, j’ai découvert là-bas un truc formidable… » Une ville comme Sarlat a réussi à casser son code génétique. Pas Cognac. Ce qui marche à Cognac, ce sont les restaurants décontractés-chics, au bon rapport qualité/prix comme la Courtine de Yves Adol ou le Restaurant de Claude. Mais la clientèle étrangère fortunée attend autre chose. C’est pour cela que nous n’arrivons pas à la retenir. Elle repart en fin d’après-midi. A Bordeaux fleurissent actuellement nombre de petits châteaux qui proposent des chambres d’hôtes de charme, sans compter les 4-5 étoiles.

« L.P.V. » – Qui séjournent dans votre maison d’hôtes ?

J.-L. M. – Parmi la clientèle étrangère, les Anglais et les Belges viennent en famille. Nous leur louons un appartement. Il n’est pas rare qu’ils restent trois semaines à se reposer et à rayonner. Les autres passent généralement une nuit, deux nuits et repartent vers Bordeaux, Périgueux, La Rochelle ou Limoges. Pour les adeptes des circuits, le rythme est le suivant : une journée de trajet, une nuit de repos, visite le lendemain, re-nuit et départ vers d’autres cieux.

« L.P.V. » – La destination Cognac est-elle suffisamment attractive pour alimenter un courant d’affaire œnotouristique ?

J.-L. M. – Je pense que si la même maison se situait en Charente Limousine, nous n’en vivrions pas. Par contre, je connais quelqu’un dans l’île de Ré qui est ouvert sept mois sur douze, complet quatre mois. A prestations équivalentes, son chiffre d’affaires est deux fois supérieur au nôtre, avec un taux d’occupation double et des tarifs 50 % plus élevés.

 

Segonzac, première commune Cittaslow en France

cittaslow.jpgAux « fast-foods » et à leurs cohortes de « mal bouffe », des citoyens de tous pays ont réagi en créant le mouvement international Slow food. Quelques années plus tard, est venu se greffer le réseau Cittaslow, qui fédère des villes qui ont choisi de faire du développement durable et du respect de l’environnement un art de vivre. En France, Segonzac est la première commune à avoir décroché le label Cittaslow.

Slow Food et Cittaslow marchent de pair. L’un ne va pas sans l’autre. Pour qu’une ville puisse postuler au label Cittaslow, il faut d’abord qu’ait été créé dans son périmètre un convivium Slow Food. Convivium est un mot latin qui signifie « festin », « réception », « banquet ». L’expression a été choisie par Slow Food pour désigner les groupes de personnes qui se réunissaient pour défendre les valeurs d’une alimentation « bonne, juste et propre » selon le slogan de l’association.

Le mouvement Slow Food est né fin des années 80 en Italie du Nord et s’est vite propagé un peu partout dans le monde. Aujourd’hui, un millier de convivium actifs existent sur les cinq continents. La France en compte une cinquantaine. Début 2010, Jean-Luc Montembault, de Saint-Preuil, fut à l’initiative de la création du convivium Slow Food en Grande Champagne, premier convivium du Poitou-Charentes. Dans la foulée, la commune de Segonzac a postulé à Cittaslow. Le 8 mai 2010, Segonzac a décroché son label, devenant du même coup la première commune française Cittaslow. Par Cittaslow, il faut entendre non pas une ville « lente » au sens littéral du terme mais « une ville où il fait bon vivre ». « Nous nous sentions assez proche de cette philosophie » explique Colette Laurichesse, élue qui, aux côtés du maire de la commune, Véronique Marendat, a porté le dossier de candidature Cittaslow. Chaufferies bois, aménagement de la place, axes de circulation, accès handicapés, médiathèque, maison de retraite, logements sociaux, traitement des déchets, office de tourisme, animation en milieu rural… Rien de révolutionnaire mais, au fil du temps et des mandatures, la commune a tissé du lien social, mis en place des équipements de qualité. Toutes choses qui l’ont fait reconnaître « Cittaslow », comme 140 autres villes de par le monde, dont la moitié en Italie et beaucoup dans le nord de l’Europe (Suède, Norvège), en Allemagne, Royaume Uni. Surprise de Colette Laurichesse de découvrir que Perth, la ville d’Ecosse jumelée à Cognac, était Cittaslow. « Le monde est petit ». Aujourd’hui, en France, la ville de Mirande, dans le Gers, est sur les rangs ainsi que Grigny, en région parisienne. Véronique Marendat n’omet jamais de préciser que si le label peut améliorer la visibilité de la commune et de son territoire, il ne faudra pas oublier de le faire vivre. En attendant, durant quelques semaines, Segonzac a eu droit à une couverture médiatique « d’enfer » : présence en « une » du Monde, émissions télés…

 

 

 

 

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