Syndicat des producteurs de Pineau des Charentes

19 avril 2012

Maintenir le volume de production du Pineau des Charentes mais aussi défendre les prix de vente et se projeter sur le dossier national et communautaire des droits de plantation… Les réunions de secteurs du Syndicat des producteurs de Pineau furent riches de thématiques importantes.

Que, par manque de volume et donc de visibilité, le Pineau ne devienne jamais « confidentiel ». C’est le fil rouge qui anime le syndicat depuis de nombreuses années. Cette conviction, Jean-Marie Baillif, le président du syndicat, l’a fait sienne. « N’ayez pas peur de produire. Il n’y a aucun risque à le faire » a-t-il lancé à ses ouailles lors des réunions de secteurs qui se sont tenues du 15 au 17 février dernier. Elles précèdent toujours l’assemblée générale du syndicat qui, cette année, se tiendra le 11 avril à Cognac, au Cyrc, salle du club de l’aviron (1). « Ce que nous n’aurons pas produit, nous ne le vendrons pas » a pilonné J.-M. Baillif. « Il faut produire pour pouvoir commercialiser du Pineau demain. C’est vraiment le message important que nous voulons faire passer. »

Le président du syndicat a décrit des stocks à l’équilibre, voire un peu en deçà de l’optimum. « Ils représentent aujourd’hui un peu moins de 350 000 hl vol., soit à peine trois ans de ventes. Sur les six dernières années, ils ont diminué de 20 %. » Jean-Marie Baillif a insisté sur l’intérêt de faire coller le plus possible les affectations de surface aux hectares récoltés, pour ne pas subir de déperdition. De même, il a enjoint les producteurs à se servir de tout le potentiel de rendement, c’est-à-dire les 85 hl vol./ha de moût. « Il faut aller au plus près du rendement autorisé. C’est le meilleur gage de rentabilité. » Pour le mutage, le syndicat s’est battu afin de pouvoir utiliser le rendement plein du Cognac, y compris les réserves de gestion. « Si nous n’avions rien fait, cela n’aurait pas été possible. Or le Cognac utilisé pour le mutage n’est pas mis en marché. Ce combat a été vital pour notre appellation. » La première année 2011 (mutage avec les eaux-de-vie compte 0 de 2010), le gain s’est traduit par 325 €/ha et, en 2012, il représentera 921 €/ha. « Imaginons que la réserve de gestion Cognac augmente. Si le Pineau ne bénéficiait pas de cette possibilité, il passerait à la trappe » a prévenu le président du syndicat. Il a été rappelé que l’utilisation de la réserve de gestion Cognac était obligatoire. Au rendement Cognac commercialisé s’ajoute de facto le volume de réserve. Pour le mutage, l’intégration de la réserve de gestion répond à un calcul forfaitaire.

A côté de la production, la commercialisation et le niveau de prix sont les deux autres paramètres qui influent sur le revenu. Fin 2011, les Vins de liqueurs AOC ont remporté « le combat d’une vie », celui de la baisse des taxes. Depuis janvier 2012, les droits sont passés de 223 € l’hl vol. à 180 €, soit un gain de 43,5 € l’hl vol. ou 33 cents par bouteille. « Encore une fois, merci à tous ceux qui s’en sont occupés et plus particulièrement à Christian (Baudry) » a salué J.-M. Baillif. La consigne syndicale ! Garder ces 3 millions d’€ que la baisse des taxes a libérés sur le marché français. Mais, pour ce faire, faut-il encore appliquer une hausse des tarifs de 33 c. sur les ventes HT (ou un maintien des tarifs sur les ventes TTC). Car l’objectif est d‘éviter « que les distributeurs se mettent dans la poche le gain fiscal ». Ne pas oublier que la victoire des taxes signe, en parallèle, la fin des aides compensatrices à la surtaxation. Ces aides représentaient jusqu’alors 1 million d’€ par an, soit 41 % du budget du comité du Pineau. Un budget qui se monte à environ 2,5 millions d’€, dont 1,7 million d’€ est consacré à la promotion (71 %). Un enjeu important se dessine donc autour de la promotion. « Il va falloir faire des choix cruciaux » a annoncé Jean-Marie Baillif. « Baisser la communication reviendrait a réduire fortement nos ventes. Car un produit moins vu, moins entendu, est un produit moins vendu. Dans ces conditions, avons-nous vraiment le choix ? Nous devons continuer à communiquer. »

En décembre dernier, le comité du Pineau, en assemblée générale, a décidé de puiser dans ses réserves pour boucler son budget communication 2012. Mais cette solution transitoire n’est pas reproductible. Il a donc été évoqué d’augmenter la CVO (cotisation volontaire obligatoire). De quelle manière ? Sur les volumes mis en marché ou sur les volumes produits ? La proposition retenue fut de créer une CVO producteurs (sur les volumes produits donc). C’est en tout cas le projet qui sera présenté au vote des adhérents lors de l’AG du 11 avril. « Cette CVO va nous permettre de maintenir une communication digne de ce nom » a précisé le président du syndicat. Il a indiqué qu’elle ne devrait pas servir uniquement à la communication collective mais aussi venir en appui des projets d’entreprises, quelle que soit la taille des entreprises, petites ou grandes. Le montant de la CVO « producteurs » pourrait s’élever à 9 € de l’hl, soit l’équivalent de 350 €/ha. « Nous sommes bien conscients qu’il s’agit-là de sommes importantes mais c’est le prix de notre développement. Si nous ne produisons plus de Pineau demain, notre produit deviendra confidentiel. Pour être visible, nous avons l’obligation de maintenir le cap des 100 000 hl vol. de ventes. C’est pour cela qu’il faut communiquer. »

Action syndicale

Le 17 février, la réunion de Gémozac clôturait le cycle des rencontres terrain. C’est aussi ce jour-là que Jean-Marie Baillif a invité les adhérents présents (et d’autres qui les ont rejoints) à une action syndicale. « Un tour de chauffe » selon son expression. L’objet de la colère syndicale ? « Des prix complètement indécents, pas en cohérence avec l’image de notre produit. » Un supermarché de Saintes a eu la – mauvaise – idée de proposer, du 7 au 18 février 2012, une « hyperpromo » sur une bouteille de Pineau de marque. Emoi dans les rangs du syndicat des producteurs. « Stop ! On ne peut pas laisser faire. Il faut créer un électrochoc. Dire que nous ne sommes pas d’accord. C’est un message à envoyer à tous les metteurs en marché, quels qu’ils soient, coopératives, négociants, viticulteurs ainsi qu’à tous les distributeurs. »

Tout en ne cautionnant pas le niveau de prix affiché sur les bouteilles, Jean-Louis Barraud, président de la coopérative viticole Unicognac (groupe Charentes Alliance), a essayé de plaider le « réalisme de marché ». « Quelque part, un prix ne se décrète pas. C’est toujours une négociation globale, un mix entre plusieurs niveaux tarifaires. Avec les relations commerciales, nous ne sommes pas dans un monde de bisounours. » Réponse de J.-M. Baillif : « Je suis d’accord avec toi Jean-Louis mais à un certain moment, il faut arrêter ! Le prix détruit l’image d’un produit, d’une filière. » C’était d’ailleurs l’accroche des étiquettes que les producteurs ont collée sur les bouteilles, quand ils firent une irruption (pacifique) dans le supermarché de Saintes, vers 18 heures, le vendredi 17 février. « Attention, à ce ce prix, ce produit détruit une filière, des producteurs, un territoire. » Indignation des producteurs (trices) à l’annonce du prix en question. « Par comparaison, nous nous faisons traiter de voleurs par les touristes qui passent chez nous. » « A ce prix-là, je ne me lève pas ! » a lâché un opérateur. Malgré le tohu-bohu, Jean-Louis Barraud a quand même tenu à rappeler les dangers qu’il y avait à s’en prendre à une entreprise. Jean-Bernard de Larquier, président du Comité interprofessionnel, a alors apporté des précisions : « L’entreprise, moi, je l’ai contactée. Je lui ai dit que notre démarche consistait aussi à aider les entreprises à tenir la hiérarchie des prix. Aujourd’hui, nous avons du mal à négocier avec la grande distribution. Mais la grande distribution n’est tout de même pas là pour massacrer un produit ! »

Ce dialogue, Jean-Marie Baillif l’a eu avec le directeur du magasin de Saintes. Suite à la manifestation, une rencontre a même été programmée avec la direction des achats en région de l’enseigne. S’y sont rendus les présidents du syndicat et du comité. Une manière d’ouvrir sur un rapport constructif mais aussi de montrer que la filière s’implique auprès des distributeurs. Le syndicat ne choisit pas la politique du « laisser-
faire, laisser-aller ». « Nous serons vigilants, quelles que soit les enseignes et quels que soient les opérateurs. » A un moment où la production s’apprête à consentir des sacrifices financiers (contribution CVO), elle se montrera plus exigeante vis-à-vis des metteurs en marché, y compris quand c’est elle-même qui met en marché (ou les structures commerciales associées).

En droite ligne avec ces préoccupations, l’intervenant à l’AG du 11 avril sera Etienne Laporte. Consultant en œno-marketing, il parlera du positionnement du Pineau, de ses forces et de ses faiblesses ainsi que des pistes d’améliorations.

(1) Club de l’aviron : 27, rue Jean-Bart – Cognac.

Droits de plantationL’exemple 3 en question
Le groupe de travail viticole qui rassemble le Cognac, le Pineau et les vins a élaboré une plate-forme commune, une position de synthèse sur les droits de plantation.
Rappel de quelques principes issus du groupe de travail.
l Il faut un cadre réglementaire commun à tous les vins, AOC, vins sans IG, applicable à tous les pays membres de l’UE. « Les modalités de gestion peuvent être définies au niveau des Etats membres mais, s’il n’y a pas de cadre réglementaire communautaire, cela ne sert à rien. »
l Au niveau du bassin des Charentes, il ne peut y avoir de projet régional que si toutes les filières sont concernées et si toutes les filières sont d’accord sur le mode d’organisation au sein du bassin.
l La viticulture est d’accord avec un système qui apporterait plus de souplesse dans la gestion des droits de plantation (cas du PAPE, Potentiel annuel de production par exploitation). Par contre, elle défend le principe du « lien au sol ». « Il ne peut y avoir davantage de droits à produire que d’ha détenus. » Autrement dit, le quota de « droits à produire » peut s’exercer sur moins d’ha que détenus en réalité mais pas sur plus d’ha.
Pour faciliter la compréhension, la viticulture a travaillé à partir d’exemples.
l Exemple 1 : 10 ha équivalent à 10 droits à produire. C’est la situation actuelle.
l Exemple 2 : il est possible d’exercer ses 10 droits à produire sur 9 ha (ou moins). C’est le gain de compétitivité procuré par le PAPE.
l Exemple 3 : exercer ses 10 droits à produire sur 11 ha (ou plus). La viticulture réfute cette hypothèse. « C’est reconnaître la suppression du lien au sol et donc, de facto, la libéralisation des droits de plantation. »

 

 

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