Pineau des Charentes : Réforme de l’agrément dans sa phase opérationelle

12 mars 2010

Depuis octobre 2009, la nouvelle procédure d’agrément s’applique concrètement au Pineau des Charentes. Comme toutes les AOC, le vin de liqueur a vécu la mise en place compliquée d’une réforme lancée en 2006. Quatre ans plus tard et après moult étapes – constitution de l’ODG, adoption du Plan de contrôle, homologation du cahier des charges – la profession découvre un système assez différent de l’ancien. Si la surcharge documentaire est bien réelle, la réforme ne présente pas que des inconvénients. Par la vision globale qu’elle véhicule, elle permet d’anticiper les problèmes et donc, quelque part, de rassurer les opérateurs. En outre, dans les rares cas où c’est nécessaire, le Plan de contrôle s’avère être un puissant outil de correction des anomalies. Le technicien du Syndicat des producteurs de Pineau, Sébastien Archambaud, présente la nouvelle feuille de route de l’appellation.

Des conditions de production appréciées dans leur globalité

C’est sans doute le point le plus original et certainement le plus constructif de la réforme. Auparavant, la demande d’agrément d’un lot se traduisait par une prise d’échantillon et la seule dégustation du lot en question. Sans regarder autour. Une approche pointilliste qui ne reflétait pas forcément le travail de l’opérateur et, surtout, ne permettait pas de prévenir d’éventuels problèmes. Aujourd’hui, que se passe-t-il ? Le producteur qui veut revendiquer un lot avant sa mise en marché dépose une déclaration de revendication auprès du syndicat reconnu ODG. Jusque-là, rien de bien nouveau. Là où ça change, c’est dans le traitement de la demande. La notion de contrôle systématique disparaît. Le contrôle devient aléatoire, voire ciblé mais jamais systématique. Si, dans le délai d’un mois suivant la déclaration de revendication, personne ne s’est manifesté auprès de l’opérateur – le syndicat à travers le suivi interne, l’organisme de contrôle Qualisud au titre du contrôle externe – le lot est réputé agréé. A partir de ce moment, il peut être mis sur le marché, sans autre forme de procès. Le mode de contrôle ensuite. C’est le cœur de la réforme. Au lieu de se focaliser sur la seule dégustation du lot, on envisage l’outil de production dans sa globalité. De même, les prélèvements portent sur l’ensemble du stock de Pineau et non sur le seul lot objet de la demande de revendication. Dans le cadre du suivi interne, réalisé par le syndicat, la visite ne dure pas un quart d’heure, le temps du prélèvement, mais en moyenne une heure et demie. Le technicien « brosse » avec l’opérateur l’ensemble des conditions de production du cahier des charges. Quand il s’agit d’un producteur qui pousse le produit jusqu’au conditionnement, ces conditions de production partent de la vigne jusqu’à la mise en bouteille. L’occasion d’un véritable échange. « Il s’agit d’une approche très intéressante, confirme le technicien. Des producteurs redécouvrent des conditions de production qu’ils avaient un peu oubliées. »

Anticiper les problèmes

Par le biais du suivi interne, le technicien du syndicat réalise des sortes « d’audits à blanc » des outils de production Pineau. Ce faisant, il peut aider à prévenir des problèmes. « Le syndicat a avant tout une approche pédagogique. Il est là pour aider les producteurs. » Le technicien se déplace sur l’exploitation avec son ordinateur portable. Avec le producteur, il reprend l’ensemble des chapitres du cahier des charges : identification des parcelles, production du raisin, conduite du vignoble, caractéristiques des moûts, Cognac et Pineau, vieillissement sous bois. Il évalue sur place ce qui va et ce qui ne va pas. S’instaure souvent, à bâtons rompus, un dialogue technique. Des messages qualitatifs passent. A l’aide d’un simple tableau Excel, le technicien remplit une grille de notation. En ressort un nombre de point sur 100. Ce résultat va permettre non seulement d’éclairer le conseil mais il conditionnera aussi le taux de prélèvement, réalisé sur l’ensemble du stock. Pour les opérateurs obtenant plus de 92 points sur 100, le taux de prélèvement sera de 10 %, 25 % quand le nombre de points se situera entre 84 et 91 %, 50 % de 76 à 84 % et 100 % du stock si la note descend en dessous de 76 points. « Nous évaluons un savoir-faire » relève S. Archambaud qui se réjouit de voir que, dans la filière Pineau, ce savoir-faire est généralement bon. « Dans 9/10e des cas, les producteurs ont droit à des félicitations. La qualité est super bien maîtrisée, ce qui est très rassurant. Quand de petits écarts sont constatés, on leur demande de les corriger, en prenant le temps de mettre en place les modifications. » Une fois rentré au syndicat, le technicien met au propre son rapport d’évaluation et le renvoi au producteur. Le rapport n’a pas vocation à circuler. Il est strictement confidentiel. La survie du système, basée sur la confiance, est à ce prix.

Un puissant outil de correction

Même si la qualité est souvent au rendez-vous, il arrive que des anomalies soient constatées, mineures voire majeures. Dans ce contexte, la nouvelle procédure de contrôle se révèle très efficace pour faire avancer les choses. Sur une structure évaluée « à risque » par le suivi interne, la pression de contrôle va assez vite monter d’un cran. Cet ajustement du contrôle, léger quand tout va bien, plus pressant en situation délicate, fait indéniablement partie des « plus » de la réforme. Le contrôle externe, par Qualisud, pourra intervenir de manière plus systématique et/ou mettre en œuvre des prélèvements plus importants. Pour certains manquements récurrents, le Conseil du suivi interne (présidé par Philippe Guérin) pourra également décider d’envoyer chez le producteur une commission professionnelle, composée d’un membre du Conseil du suivi interne et d’un ou deux dégustateurs de la Commission de dégustation. Bien que l’on reste toujours dans le domaine de la pédagogie, « la main se fait plus ferme ». Il n’est pas anodin d’être jugé par ses pairs. Tout en ne souhaitant pas se poser en donneur de leçon, le système collectif adresse un message ferme au producteur : « C’est la défense de l’appellation qui pose problème chez toi. » Efficacité garantie. Le producteur a tôt fait de rectifier les anomalies.

Les catégories d’opérateurs
La filière Pineau recense quatre catégories d’opérateurs, cumulables pour partie : producteur de raisin, élaborateur, assembleur (catégorie uniquement réservée aux négociants) et conditionneur. Un bouilleur de cru vendeur direct sera typiquement producteur de raisin, élaborateur et conditionneur. Sa déclaration d’identification vise normalement les trois catégories. Un vigneron coopérateur n’émargera quant à lui qu’à la catégorie élaborateur. Un bouilleur de cru vendant en vrac sera producteur de raisin, élaborateur mais pas conditionneur. Logique, il ne met pas en bouteille. De même, existent des négociants conditionneurs et des négociants non-conditionneurs. En fait, selon les différentes combinatoires possibles, la filière a identifié au final sept cas de figure, un nombre plus important qu’envisagé au départ.

 

Producteurs Dormants
Le Pineau est un produit qui se garde. Conservé sous bois, il peut vieillir de longues années. Cette caractéristique vaut à la filière de compter un certain nombre de producteurs « dormants », qui produisent de loin en loin et/ou mettent rarement en marché leur Pineau. D’ou pas ou peu de déclarations de revendication. On estime que plus de 70 % des élaborateurs ne produisent pas régulièrement du Pineau et disposent donc d’un stock qualifié de « dormant ». Fallait-il pour autant les exclure du contrôle ? La filière en a décidé autrement. Ces opérateurs pourront être contrôlés à tout moment et il a été décidé que Qualisud réserve une partie de ses contrôles à ces opérateurs « dormants ». Si, sur les 10 % de contrôles attribués à Qualisud, au moins 5 % doivent concerner les opérateurs dits « actifs », cela signifie que le solde peut aller aux opérateurs dits « dormants ». Entre actifs et inactifs, la profession a souhaité adapter son Plan de contrôle pour que personne ne passe à travers les mailles du filet. 

Cotisation De Revendication
Dorénavant, on ne parle plus de cotisation d’agrément mais de cotisation de revendication. Toujours basée à l’hl, en tout cas pour la partie contrôle d’amont (producteur de raisin, élaborateur), la cotisation de revendication versée à l’ODG s’élève à 60 c € de l’hl vol. revendiqué. Par rapport à la cotisation d’agrément ancienne formule, elle a progressé de 10 c € (de 50 c à 60 c). Une augmentation significative, que la filière souhaite pourtant relativiser. « Autrefois, si votre lot était ajourné, vous reversiez à chaque fois la redevance agrément. Et il faut savoir qu’un quart des lots était refusé en première instance. » A travers son Plan de contrôle, la profession se défend d’avoir voulu monter une « usine à gaz ». « Notre objectif a été clairement de maintenir les coûts. La filière n’a pas besoin qu’on l’étrangle davantage. » L’augmentation de la redevance s’explique en grande partie par l’arrivée du contrôle externe. Le Plan de contrôle prévoit que Qualisud réalise 10 % de contrôle, pour un budget annuel assez conséquent de 80 à 100 000 €. En plus de la partie variable de la redevance, assise sur les volumes revendiqués, cohabite une petite partie fixe de 20 € par déclaration de revendication, pour couvrir les frais de dossiers. L’intérêt des opérateurs consiste donc à ne pas multiplier les revendications. En ce qui concerne les assembleurs (qui se recrutent exclusivement parmi les négociants), les cotisations servant à couvrir les frais de contrôle ne sont plus proportionnelles mais forfaitaires, selon leur volume d’activité annuelle. Naturellement, ces cotisations de revendication ne jouent que pour les négociants qui adhèrent à l’ODG et acceptent donc le suivi interne de l’ODG. Pour la catégorie des négociants assembleurs, les tarifs se déclinent par tranches d’activité : 60 € entre 0 et 50 hl vol. – 100 € entre 500 et 1 000 hl – 170 € entre 1 000 et 5 000 hl – 320 € au-delà de 5 000 hl. Une grosse partie des négociants adhère à l’ODG et bénéficie donc des tarifs ci-dessus, dans une logique de mutualisation. Les autres acquittent à l’euro près les frais de contrôle externe de Qualisud, en fonction des heures passées. De plus, la pression de contrôle s’exerçant sur eux est plus importante. La fréquence de contrôle peut atteindre le triple (75 % au lieu de 25 %).

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