Patrick Béguin, président du Syndicat des courtiers de Cognac

13 juin 2012

Les courtiers charentais, au nombre d’une soixantaine, sont aux avant-postes des enlèvements de vins et de Cognac à la propriété. Que pense Patrick Béguin, président des courtiers de la région des Charentes, de la réforme « dématérialisation » qui s’annonce, tant au niveau des titres de mouvements que des déclarations viticoles ?

 

 

p36.jpgLa dématérialisation est-elle un sujet qui vous préoccupe ?

Nous avons commencé à nous y pencher depuis deux ou trois ans déjà, en essayant de voir qu’elles pourraient en être les répercussions ici, en Charentes. Il faut bien comprendre que nous sommes la seule région française – avec l’Armagnac – à travailler en alcool pur. Le contrat Cognac, par définition, s’exprime en alcool pur. Cette spécificité a pour conséquence de nous obliger à procéder à des contrôles sur place, au moment de l’enlèvement. Une contrainte que les autres régions viticoles n’ont pas. Prenons le cas du vin de distillation. Quand nous procédons à son enlèvement à la propriété, nous devons peser le vin sur place. C’est ce que l’on appelle l’ébulliométrie. En ce qui concerne les enlèvements d’eaux-de-vie, pour connaître le volume à mettre dans les citernes – correspondant à l’alcool pur porté au contrat – il nous faut contrôler la température à l’instant T, température qui bouge en permanence et qui fait bouger le volume. On parle de coefficient de dilatation. Autre particularité régionale : alors que dans toutes les régions de vins de bouche, il y a agrément préalable du lot – un lot dont toutes les caractéristiques sont connues à l’avance, par dégustation et analyse – ici, cette capacité d’anticipation n’existe pas. Parce que le vin de distillation n’est pas un produit fini mais un vin « mis en œuvre », nous nous donnons la capacité de mélanger les cuves préalablement agréées, de prendre ou non les lies… Rien n’est gravé dans le marbre. Nous avons besoin de décider sur le terrain. C’est d’ailleurs ce qui vaut aux Charentes d’être la seule région où les courtiers assistent au chargement.

Cette nécessaire réactivité vous paraît-elle antinomique de la dématérialisation ?

Je ne sais pas mais, en tout cas, les caractéristiques des enlèvements à la propriété en Charentes font qu’il est souhaitable de conserver une certaine latitude. Par ailleurs, nous ne savons pas de quoi demain sera fait. C’est vrai qu’aujourd’hui, un camion effectuerait presque un détour pour aller chercher quelques hl de lies. Mais nous avons connu des périodes plus difficiles, où il fallait « dépoter » des millions d’hl vol. en un minimum de temps, pour les débouchés vins de table ou jus de raisin. De telles périodes peuvent revenir. Je crains que la dématérialisation des titres de mouvement – comme toutes les applications informatiques d’ailleurs – nous enlève de la souplesse par rapport au document papier. Une souplesse si importante ici.

De quelle manière la dématérialisation vous ôterait-elle de la souplesse ?

Aujourd’hui, le camion peut partir de la cour du négociant ou du distillateur de profession même si le document d’accompagnement, le DCA, n’est pas totalement rempli. Cela n’empêche pas la machine à timbrer du destinataire – sous l’égide duquel se fait l’enlèvement – de délivrer un numéro d’empreinte. De même, quand la marchandise arrive chez le bouilleur de profession, il existe un délai légal pour que les Douanes procèdent à l’apurement du document. Demain, que se passera-t-il ? Pour sortir, le camion devra avoir au préalable fait valider son DAE en obtenant son numéro CRA sur la plate-forme dématérialisée. Certes, le document pourra être incomplet au départ mais, très vite, dès retour du camion chez le bouilleur de profession, il devra être complété pour procéder à l’apurement. Sur internet, on peut dire que la validation et l’apurement se feront dans un mouchoir de poche, avec les risques d’erreurs que cela sous-entend. Il faudra pouvoir les corriger.

Sur le terrain, qu’est-ce qui fait que ça tourne ? C’est la faculté d’adaptation aux conditions réelles. J’ai peur qu’avec cette réforme, la région se limite dans sa liberté de mouvement et, du coup, que nous allions vers un ralentissement de la circulation des marchandises. Ce serait dommage qu’au lieu de faciliter le travail, la dématérialisation le complique, lui imprime un grand coup de frein.

Le courtier a aussi un rôle d’accompagnement des viticulteurs dans le remplissage de leurs différentes déclarations, affectation, récolte, fabrication, DRM ? La réforme vous fait-elle peur ?

Non, au contraire, c’est peut-être à ce niveau que la dématérialisation peut se révéler la plus payante mais à condition qu’elle s’accompagne d’une véritable volonté de simplification. Faisons en sorte de limiter les saisies ; qu’une seule saisie puisse alimenter plusieurs documents comme la DRM, la déclaration de fabrication… Aujourd’hui, tout se passe comme si la dématérialisation allait simplifier le travail des Douanes mais compliquer celui des professionnels. Essayons d’inverser la vapeur et de simplifier le travail de tous. Il faudra aussi avoir une vraie démarche pédagogique à l’égard du plus grand nombre. Chacun d’entre nous connaît des « pro. de l’informatique », des gens que tout ce qui est nouveau intéresse. Eux n’auront aucun mal à s’adapter. Mais je pense aux autres. C’est eux qu’il faudra avoir en ligne de mire à l’heure des tests. Gardons aussi à l’esprit que l’internet à haut débit ne passe pas partout. Que faire quand il se produira des micro-coupures ?

Face à la nouvelle donne introduite par la dématérialisation, quel rôle peuvent jouer les courtiers ?

Comme à leur habitude, les courtiers vont essayer d’aider les professionnels à passer le cap, du mieux possible. En tant que « facilitateurs des échanges », je pense que nous pourrons aussi avoir un rôle de veille, d’alerte et d’aiguillon. Notre souhait profond, c’est que cette dématérialisation respecte les conditions de travail du terrain et les spécificités régionales.

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