Lutte contre le gel : Quels moyens de protection ?

29 juin 2017

Le gel de printemps qui a touché cette année des surfaces importantes en Charentes et dans le Bordelais fragilise l’équilibre économique et les engagements commerciaux des propriétés touchées à plus de 50 %. Les pertes de productions engendrées par ce sinistre vont vont-être importantes et un certain nombre de viticulteurs s’interrogent sur la mise en place éventuelle de moyens de lutte . La mise en place dans les secteurs  sensibles au gel de moyens de protection efficaces ne serait-il un investissement rentable à court et moyen terme ?

Le sinistre de gel de 2017 que certains qualifient d’exceptionnel depuis la gelée historique de 1991 soulève beaucoup d’interrogations d’ordres techniques et de gestion des mécanismes de protection dans les zones sensibles. Seules 15 à 20 % des exploitations sont assurées contre le gel et très souvent dans le cadre de contrats multirisques climatiques (couvrant le gel, la grêle, la tempête, la sécheresse,…. ) ou de contrats classiques contre le gel (fondé sur indemnisation d d’un capital de revenu hectare).

 

Les assurances gel controversées et trop rares

 

      Les contrats multirisques climatiques se sont développés depuis 10 ans car ils bénéficient de subventions correspondant à 45 à 60 % des cotisations selon les niveaux de couverture. La fréquence des sinistres de grêle depuis 10 ans a incité beaucoup de viticulteurs à s’intéresser aux différentes offres des assurances dont certaines couvrent aussi le gel. Le coût des contrats est proportionnel au niveau de protection proposé avec toujours des franchises de base. Dans le cas des couvertures multirisques climatiques, les niveaux de franchises de 25 à 30 % pour le gel sont plus élevés que celles de la grêle (franchises de 10 à 15 %). En effet, avec de telles couvertures, une propriété gelée totalement sur 50 % de ses surfaces sera au final peu indemnisée alors qu’elle subira un préjudice économique important. Dans ces conditions, est-il judicieux d’investir 600 à 800 € HT/ha (sans les subventions) qui ne couvriront que des sinistres d’importance supérieurs à 50 % ? Ces éléments n’incitent pas une majorité de viticulteurs à contracter des assurances gels. À l’issue des coups de froid de la dernière décade d’avril, certains le regrettent et d’autres continuent de penser que cela ne se justifie toujours pas.

 

Des cépages tardifs pour s’adapter aux conséquences des débourrements plus précoces

 

      Le risque de gel existe durant tout le mois d’avril et jusqu’au premier jour du mois de mai. En 1991, 80 % du potentiel des surfaces viticoles Françaises avaient été détruits. Cette année, les dégâts bien qu’étant moindre avoisinent souvent 40 à 50 % dans beaucoup de régions viticoles. La vigne en 2017 est montée en sève tôt ce qui accru sa sensibilité au gel. L’état de développement avancé de la végétation a amplifié les dégâts car une proportion significative de contre-bourgeons était déjà sortie. Ce débourrement précoce est-il la conséquence du réchauffement climatique ? Les agronomes estiment que l’impact du réchauffement climatique est perceptible surtout durant les phases de croissance active du cycle. La vigne comme toutes les plantes accomplit son cycle de développement en fonction des sommes de températures entre le débourrement et la récolte. Diverses études démontrent que l’impact du réchauffement climatique favorise un déroulement plus rapide du cycle végétatif. En 40 ans, la date des vendanges dans la région de Cognac a été en moyenne avancée de plus de deux semaines. Les débourrements connaissent-ils une précocité accrue ? La réponse des agronomes semble partagée et moins unanime. Certains considèrent qu’en moyenne, les vignes ne débourrent pas actuellement avec trois semaines d’avance par rapport à la décennie 70. D’autres, proches du terrain constatent que les débourrements précoces sont tout de même de plus en plus fréquents. L’une des parades à long terme pour minimiser le risque de gel serait d’implanter des cépages ayant un débourrement nettement tardifs.

 

Aller plus dans la prévention du risque gel dans les zones sensibles

 

      Dans les secteurs naturellement sensibles au gel de la région et des autres vignobles, les deux années successives de gel 2 016 et 2 017 (avec aussi parfois de la grêle) amènent les responsables de domaines à avoir des réflexions prospectives vis-à-vis de ce type d’incident climatique. C’est en général dans ces secteurs « gélifs » que les adhésions aux contrats d’assurance gel sont les plus fortes. La solution de l’assurance ne représente qu’un aspect de la réflexion. Se doter de moyens de lutte ne serait-il pas un investissement judicieux dans les zones à forts risques ? Dans les vergers, la fréquence des gels de printemps a amené depuis longtemps les arboriculteurs à rechercher des solutions de lutte préventives pour limiter les conséquences « des coups de froid ». Quels moyens de lutte sont efficaces en fonction des différentes situations de gel ? Des études réalisées dans le Lot et Garonne et dans le Gard au milieu des années 2 000 ont permis de mieux caractériser les différentes formes de gels et d’appréhender les moyens de lutte les plus adaptés.

 

Le gel de rayonnement nocturne est le plus fréquent

 

      Le gel de rayonnement nocturne est responsable des dégâts les plus fréquents. Durant la journée, le rayonnement solaire réchauffe le sol et accumule de l’énergie. La nuit, le sol perd de l’énergie sous l’influence de rayonnements infrarouges appelée rayonnement thermique. L’état de l’atmosphère durant la nuit restitue tout ou partie du rayonnement thermique libéré par le sol selon les conditions, la présence de nuages et l’humidité de l’air. Les conditions deviennent favorables au gel de rayonnement nocturne quand, la température du sol est de 0 °C, la nuit est longue, en absence de vent et en présence d’une hygrométrie de l’air faible. La présence d’un ciel clair accentue la perte d’énergie du sol et les risques de gel. Quand l’air est sec et le vent faible, la baisse de températures entre le coucher et le lever du soleil est importante et de brusques pertes de 2 à 4 °C/heure peuvent se produire. Le plafond d’inversion des températures se situe en général à une douzaine de mètres du sol. En présence de nuages bas, le refroidissement des températures à la surface du sol est faible. Les faibles hygrométries amplifient les risques de gel au niveau du sol.

 


Des dégâts toujours importants avec des gels d’advection

 

      Le gel d’advection est causé par une arrivée rapide d’une masse d’air froide et sèche importante et surtout épaisse. Face à ce phénomène, la couverture nuageuse et la forte hygrométrie ne jouent pas leur rôle de régulateur dans les transferts d’énergie entre le sol et l’atmosphère. La présence de cette masse d’air favorise le déclenchement d’un mécanisme de gel de rayonnement fort, puissant et engendrant des dégâts importants. Les températures au sol peuvent alors descendre à -5 à -6 °C. Le gel par advection est rare mais très difficile à combattre efficacement.

 

Le gel par évaporation est toujours spectaculaire

 

      Le gel d’évaporation intervient quand le ciel se dégage en fin de soirée après des épisodes pluvieux au cours de la journée. La végétation est recouverte d’eau faute d’avoir été suffisamment séché par le soleil. Dans cette situation, les niveaux d’hygrométrie faibles de l’air provoquent une évaporation intense de l’eau présente sur la végétation qui s’accompagne de pertes énergétiques importantes et spectaculaires. Si l’air ambiant est froid, le gel devient alors intense. Le gel d’évaporation peut se produire avec l’arrivée brutale de masses d’air froides et sèches sur une végétation recouverte d’humidité. Quand l’hygrométrie de l’air est faible, les différences de température entre l’air ambiant et de la végétation peuvent être de 3 °C. Le thermomètre peut tomber en dessous – 4 à – 5 °C en quelques heures.


Les organes végétatifs de la vigne particulièrement sensibles à partir de -1 à -2 °C

 

      Le seuil de sensibilité de la vigne au gel est très dépendant des conditions d’hygrométrie les jours de gel, de l’état d’avancement de la végétation et des conditions d’entretien des sols. Les bourgeons deviennent sensibles dès l’apparition des toutes premières feuilles dont les tissus sont très riches en eau. En situation de forte humidité, les jeunes pousses peuvent geler à partir de – 1,5 °C à -3 °C alors qu’en conditions sèches (hygrométrie inférieure à 60 %), elles peuvent résister jusqu’à – 4 °C. Les bourgeons dans le coton gèlent à partir de – 3,5 °C mais si leur humectation est forte, la sensibilité au gel commence à partir – 1,5 à – 2 °C (gel par évaporation). En situation de températures de gel très basses (inférieures à – 4 °C), les bourgeons dans la bourre, au stade pointe verte et les contre-bourgeons peuvent être touchés. Les jeunes rameaux bien développés et les inflorescences sont sensibles à partir de – 1 à – 2 °C. L’état de la surface du sol est un élément qui amplifie les pertes énergétiques. L’idéal est d’éviter toute couverture du sol et toutes les interventions de travail mécanique avant la période de gel. La présence abondante d’herbes accentue le risque de gel et tous les couverts végétaux doivent être maintenus le plus ras possible par des broyages réguliers. Le désherbage chimique en plein limité à la période du printemps qui est aujourd’hui banni pour des raisons environnementales représentait un moyen efficace de limiter les risques de gel dans les situations à forts risques.

 

Un produit SDN améliorant la résistance au gel jusqu’à des températures de – 2 °C

 

      Dans la région de Cognac et dans d’autres régions viticoles, des viticulteurs ont utilisé un produit qui renforce la résistance des organes végétaux au gel, le PEL 101 GV. C’est un stimulateur des défenses naturelles élaboré à partir de fragments de molécules de pommes qui est produit par société Elicytil et commercialisé par la société Jouffray-Drillaud. Le mode d’action de ce produit permet d’augmenter la concentration en sucres des cellules des organes végétatifs et de fait, d’accroître leur résistance au gel de 1 à 2 °C maximum. Le traitement doit avoir lieu dans la ½ journée précédant les nuits de gel potentielles en utilisant un volume d’eau de 100 1/ha (un coût/ha de 30 à 40 €). L’effet de protection est immédiat mais se dilue vite dans un délai de 24 à 48 heures au fur et à mesure de l’évolution de la croissance végétative. Ce traitement à caractère préventif n’est efficace qu’en cas de gel limité à des températures ne dépassant pas -1,5 à – 2 °C maximum. Dans les secteurs du Pays Bas, l’utilisation de ce produit a concerné des surfaces significatives depuis quelques années. Les retours d’expériences sont cohérents par rapport aux limites d’efficacité du produit. Certaines années, elles sont positives et d’autres décevantes. En présence d’une gelée de printemps de faible intensité du type de celle de 2016, les résultats sont spectaculaires mais dès que le thermomètre descend en dessous – 2 °C comme en 2017, cela ne marche plus.  


Le chauffage, l’aspersion et le brassage d’air, trois moyens de lutte utilisés en arboriculture

 

      En arboriculture, les producteurs situés dans des zones sensibles au gel ont mis en œuvre depuis longtemps des stratégies de lutte rationnelles. La situation de chaque verger est souvent déterminante dans le choix des méthodes de protections, l’aspersion, les chauffages fixes ou mobiles ou le brassage d’air. L’aspersion et le brassage d’air sont les deux méthodes de lutte les plus fréquemment utilisées par les arboriculteurs. La protection par chauffage est un moyen efficace car le réchauffement de l’air par convection s’effectue par convection directement au niveau de la végétation et jusqu’au plafond d’inversion d’air. Des essais de fils de vignes chauffant ont été réalisés sans réel succès.


Les bougies de paraffines efficaces mais trop coûteuses à mettre en place

 

Les historiques chaufferettes ont été remplacées par des grosses bougies de paraffine conditionnées en pot de 5 kg (coût unitaire d’une bougie de paraffine en pots de 5 kg : 14 à 15 € HT). Dans les vergers, il faut implanter 300 à 600 bougies/ha selon l’intensité du gel mais la mise en place, l’allumage et l’arrêt des bougies engendrent des frais de main-d’œuvre et de manutention importants. Ensuite, les pots de 5 kg de paraffines ne tiennent que 8 heures soit à peine l’équivalent de deux matinées de gel. Dans l’univers viticole, l’utilisation comme seul moyen de protection,  des grosses bougies de paraffine (300 à 400/ha) est aujourd’hui très rare. Par contre, leur bonne capacité de réchauffement de l’air est utilisée comme moyen complémentaire de lutte dans les systèmes de brassage d’air avec des tours à vent. L’implantation d’une densité de seulement 10 bougies/ha dans les zones périphériques permet de créer un écran de chaleur thermique qui est plaqué au sol par le courant d’air régulier.

 Des générateurs d’air chaud efficace en vigne sur de petites surfaces

 

      Des générateurs d’air chaud mobiles attelés à un tracteur, les Frostbuster sont utilisés depuis de nombreuses années dans les vergers avec plus ou moins de succès. Le générateur d’air chaud fonctionne avec des bouteilles de gaz embarquées dans l’appareil. La fréquence des passages dans les parcelles (toutes les 10 à 20 minutes selon les températures) permet à la fois de réchauffer et de brasser l’air. L’efficacité de cet appareil est conditionnée par un démarrage précoce de la protection (2 heures avant le lever du jour) et ensuite une utilisation continue pendant 6 à 8 heures. Un arrêt de la protection au bout de seulement deux heures anéanti tout le bienfait de la lutte. Les surfaces protégées avec ce type d’équipement sont généralement assez réduites dans les vergers et en vigne aucun véritable essai n’a été effectué en France au cours des dernières années. Le niveau d’investissement pour un appareil de la marque FrostBuster s’élève autour de 18 000 €. Il existe aussi des générateurs d’air chaud fixes, des Frostguard, qui permettent de protéger de petites surfaces de 1 à 2 ha. À l’origine, ces appareils ont été développés pour des cultures de maraîchage de plein champs. Les Frostguard fonctionnent au gaz en pulsent de l’air chaud dans un environnement proche. Ils sont implantés en général au milieu des parcelles et leur démarrage intervient de façon automatique. Plusieurs vignerons du vignoble de Vouvray qui ont utilisé ce type d’équipement cette année, ont réussi à protéger efficacement 0,5 à 08, ha en présence de matinées de gel à -3, – 4 °C. Le niveau d’investissement pour acquérir un Frostguard est de l’ordre de l’ordre de 7 000 € HT.



Les principes d’aspersion efficaces dans les vergers ne sont pas transposables dans elles vignes

 

Le choix d’utiliser l’aspersion est en général lié à la configuration des vergers et surtout aux disponibilités en eau des propriétés. Les besoins en eau se situent autour de 35 m3/ha/heure. Il existe différentes techniques d’aspersion, une qualifiée de classique avec un quadrillage total de sprinklers sur toute la végétation, une identique mais localisée sur la zone fructifère et enfin la micro-aspersion localisée. L’efficacité des techniques d’aspersion en arboriculture est reconnue dans les toutes les situations de gel allant jusqu’à – 5 à – 6 °C. L’importance des volumes d’eau consommés est devenue un sujet assez sensible dans beaucoup de régions. L’implantation des systèmes de micro-aspersion localisés est une réponse pour limiter les consommations d’eau mais ce type d’installation ne peut être implanté que dans les vergers conduits en haies fruitières. De telles infrastructures ne sont transposables aux conditions actuelles d’exploitation des vignobles compte tenu des exigences de mécanisation et en particulier avec la récolte mécanique. On voit mal comment des micro-asperseurs situés justes au-dessus des grappes pourraient résister aux effets des secoueurs des MAV. Les installations de protection d’aspersion par le gel sont également soumises aux contraintes réglementaires des prélèvements d’eau propres à chaque département et aux ressources en eau des différents bassins. Elles ne peuvent être mises en place qu’après la réalisation d’études auprès des services concernés (DDT, Agences de Bassins). 


Des systèmes d’aspersion existaient dans les années soixante-dix en Charentes

 

      Au début des années soixante-dix, un certain nombre de propriétés en Charentes situées dans des zones gélives s’étaient équipées de systèmes de lutte antigel par aspersion en quadrillage total. Les réseaux de canalisations et de sprinklers étaient implantés fin mars dans les parcelles et ensuite enlevés début mai. Un viticulteur ayant utilisé avec son père ce type d’installation nous a confirmé l’efficacité de l’aspersion : « Mon père avait investi au début des années soixante-dix dans une unité d’aspersion en quadrillage total pour protéger un îlot de plusieurs hectares situé dans une zone très gélive. Le montage et le démontage du réseau d’irrigation total représentaient un travail important et nous devions organiser les travaux mécaniques en tenant de cette contrainte. Par contre, l’aspersion donnait d’excellents résultats vis-à-vis de la protection contre le gel. Il fallait déclencher les apports d’eau assez tôt dans la nuit et les prolonger souvent jusqu’en milieu de matinée quand les températures étaient redevenues positives. L’abondance des volumes d’eau apportés dans les parcelles durant 6 à 7 heures posait des problèmes au niveau de la portance des sols dans nos terres lourdes et aussi en matière de sensibilité au mildiou. Nous étions  souvent confrontés à des attaques de mildiou très virulentes en début de saison dans ces îlots. La présence des réseaux de canalisations dans les et en bout de rangs gênait de plus en plus les travaux de mécanisation pendant plus de deux mois et le vieillissement de l’installation nous conduit à arrêter la lutte par aspersion. Aujourd’hui, nous réfléchissons très sérieusement à implanter des systèmes de lutte par brassage d’air dans ces mêmes îlots ».

 

Le brassage d’air a démontré son efficacité dans divers vignobles

 

      La lutte par brassage d’air s’est fortement développée en arboriculture et aussi en viticulture dans diverses régions viticoles, la Touraine, Vouvray, Montlouis, Chinon, le Loir et Cher et certains domaines du Bordelais (notamment dans la région des Graves). En Charente, une propriété située dans le cœur du Pays Bas a implanté une tour à vent depuis une quinzaine d’années. Les retours d’expériences sur les conditions d’utilisation, les limites techniques et les coûts de ces équipements commencent à être riches d’enseignements. Le principe du brassage d’air consiste à mélanger en permanence l’air froid situé au niveau du sol (et des plans de palissage) à celui situé au dessus plus chaud pour éviter que les températures ne descendent en dessous de 0 °C. L’air froid plus dense se retrouve au niveau du sol alors que la température augmente ensuite dans l’épaisseur d’air de 10 à 12 m de hauteur. Au-delà cette hauteur, la température diminue et le niveau de hauteur de 10 à 12 m représente le plafond d’inversion de températures. Ce type de protection convient bien pour lutter contre le gel de rayonnement (jusqu’à – 4 °C) mais pas contre le gel d’advection.

 

 

Les vignobles du Centre Val de Loire, une région pilote en matière de lutte contre le gel

 

      Dans le vignoble du Loir et Cher, une Cuma de lutte collective contre le gel (baptisée Protecgel) s’est constituée en 2010 dans les communes de Noyers sur Cher et de Châtillon sur Cher. La situation de forte sensibilité au gel de cette zone a permis la mise en place d’un site pilote d’un réseau d’une quinzaine de tours à vents. Le conseiller viticole de la Chambre d’agriculture du Loir et Cher, Michel Badier a encadré le montage de ce vaste réseau de tours à vent. Le vécu des vignerons de cette région depuis 7 ans a permis de se rendre compte que l’utilisation de plusieurs tours à vent au sein d’un même bassin gélif permettait de renforcer encore plus efficacement la lutte antigel en présence de températures nettement négatives de -3, – 4, voire – 5 °C. En Charente, le vignoble Mauxion à Houlette qui dispose d’une tour à vent équipée d’un générateur de chaleur a préservé en 2016 et 2017 la production de 6 à 7 ha dans le secteur très gélif du Cluzeau. À l’issue des fortes gelées du printemps 2016 dans toute la vallée de la Loire, la région Centre Val de Loire a demandé la réalisation d’une étude sur les différentes méthodes de protection contre le gel. Le travail réalisé par, Anastasia Rocque de la chambre d’agriculture de l’Indre et Loire, une technicienne agricole a permis de faire le point sur les limites d’efficacité de chaque méthode, les aspects économiques et les contraintes réglementaires.

 

Les tours à vent efficaces sur des surfaces de 3 à 6 ha

 

      Les fabricants ont développé une large gamme de tours à vent fixes, repliables et mobiles dont la puissance est liée à la taille des hélices. Les équipements ne sont pas positionnés au centre des parcelles ou des îlots mais dans le tiers de sa longueur dans le sens des brises d’air froid les plus fréquentes. Le diamètre de l’hélice conditionne la surface protégée qui fluctue de 3 à 6 ha maximum. Les gains de chaleur sont de l’ordre de 2 à 4 °C selon la température de l’air dans la couche d’inversion et ils diminuent progressivement dans un rayon de 60 à 120 m autour des hélices (en fonction de leur puissance). La mise en route doit intervenir dès que les températures au niveau du sol (ou du fil d’attachage) atteignent 1,5 °C. Il est conseillé de démarrer la lutte avec anticipation pour que le brassage d’air soit efficace au moment du pic de baisse des températures (souvent au lever du jour) et de le poursuivre la protection jusqu’au moment ou les températures sont redevenues nettement positives (3 à 4 °C). Ce sont des équipements assez souples à utiliser qui sont dotés de systèmes de mesures des températures au sol qui permettent de déclencher leur fonctionnement automatiquement.

 

Une offre large de tours à vent fixes, repliables et mobiles

 

      L’investissement dans les tours à vent fixes se situe autour de 40 000 à 45 000 € et les modèles dotés de mâts pliables montés sur des châssis fixes ou déplaçables coûtent autour de 50 000 €. Ces équipements conçus pour protéger 5 à 7 ha de vignes font un certain bruit quand elles fonctionnent (niveau sonore proche de celui d’un hélicoptère). La présence dans les parcelles des équipements fixes nuit à la qualité des paysages viticoles. Les tours à vent mobiles avec de moteurs thermiques indépendants sont généralement moins coûteux (autour de 30 000 €) et protègent aussi des surfaces moindres de 3 à 4 ha maximum. Ces équipements présentent l’avantage de pouvoir être sortis facilement des parcelles après la période de gel et ainsi, les beaux paysages viticoles ne sont pas dénaturés par la présence de mâts d’éolienne d’une hauteur d’une dizaine de mètres. Ces équipements présentent aussi l’avantage d’être beaucoup moins bruyant que les éoliennes fixes ou repliables.

 

Réchauffage et brassage de l’air combiné, une solution controversée

 

      Conjointement au brassage, un réchauffage de l’air ambiant peut-être envisagé afin d’améliorer l’efficacité antigel des tours à vents. Certains constructeurs ont proposé pendant longtemps d’associer un générateur de chaleur à la base de la tour. La rotation de l’hélice aspire l’air chaud et le propulse dans un rayon de 100 à 150 m autour du mât. Les installations de tours à vent avec des générateurs de chaleur fonctionnaient au départ avec des moteurs thermiques puissants, encombrant et installés à poste fixe dans les parcelles. Ce type d’équipements est malheureusement souvent soumis à des actes de vandalismes et de vols (de carburant et d’accessoires) durant les périodes de non-utilisation. Les constructeurs proposent désormais des générateurs de chaleur moins encombrants fonctionnant au gaz. L’association d’un réchauffage de l’air au brassage est censée améliorer les performances des dispositifs de lutte lorsque les températures descendent fortement. La production d’air chaud doit être en théorie plaquée au niveau du sol par les rotations de l’hélice. Les avis sur l’homogénéité de la diffusion de l’air chaud au niveau du sol sont très partagés. Certains considèrent que c’est un plus et d’autres ne semblent pas du tout convaincus. Les divers retours d’expériences indiquent que la diffusion de l’air chaud est toujours plus forte du côté ou le générateur est installé au pied de la tour. L’implantation d’une dizaine de bougies de paraffine dans les zones limitrophes d’efficacité des tours à vent pendant les matinées de gel est une autre alternative qui a fait ses preuves dans la Vallée de la Loire.

 

L’utilisation des hélicoptères, une méthode souple qui nécessite de l’organisation au sol

 

      L’utilisation d’hélicoptères est également un moyen de protection qui s’est développé depuis quelques années. L’intérêt de cette stratégie de lutte qu’elle s’adapte facilement aux différentes situations de gel chaque année. Le passage des appareils à une hauteur de 20 à 30 m au dessus le sol permet de créer un brassage d’air des couches plus chaudes et froides au niveau du sol. Cela provoque une remontée des températures au sol immédiate d’environ 2 à 4 °C maximum et plus les passages sont fréquents, plus l’effet de réchauffement est stable et important. Les hélicoptères à turbines sont les plus adaptés à la lutte contre le gel. Ils couvrent à chaque passage une largeur de 30 m et travaillent à une vitesse de travail de 30 à 40 km/h. Cela permet d’optimiser les phénomènes de brassage et non pas de seulement souffler de l’air. La méthode de protection est très efficace lorsque les températures ne descendent pas en dessous – 3 à – 4 °C et un appareil protège bien 20 à 30 ha maximum. C’est la fréquence des passages qui maintient le niveau des températures. D’un point de vue réglementaire (règles de l’aviation civile), les appareils ne peuvent décoller qu’une demi-heure avant le lever du jour sauf si une dérogation est demandée auprès des autorités compétentes. Ensuite, les vols doivent se poursuivre au moins deux heures après le pic bas des températures. Le coût des prestations de vol est directement dépendant du nombre d’heures de vols et de leurs conditions d’organisation. Une stratégie de protection avec des hélicoptères nécessite un travail de préparation au sol pour identifier à l’avance les zones à risque et ensuite suivre sérieusement les chutes de températures les jours de gel dans les territoires à protéger.


 

Les vols d’hélicoptère efficace jusqu’à – 4 °C avec une organisation adaptée

 

      Dans le secteur très gélif de Mainxe- Segonzac, 5 viticulteurs ont fait appel cette année au service de la société Giragri 17 de Thénac pour protéger un îlot commun de 25 ha. L’appareil a commencé à voler à 5 h 30 le 27 avril mais ce jour-là la température dans la plaine de Mainxe était de – 5 °C et malgré un réchauffement de plus de 2 °C, la végétation n’a pas résisté. En Touraine, le syndicat des vignerons de Montlouis sur Loire a fait appel aussi cette année à la société Héliberté pour protéger 240 ha de zones basses de ce vignoble. 8 Hélicoptères ont travaillé dans huit îlots pendant 5 à 6 heures durant six matinées de gel ou les températures sont descendues entre – 2 à – 5 °C selon les endroits. Une organisation très structurée a été mise en place pour à la fois rendre la lutte plus efficace et minimiser les coûts. Les vols des appareils étaient « guidés » grâce à des mesures de températures aux sols effectuées par les vignerons. Chaque nuit, les hommes présents dans les parcelles dialoguaient en temps réels avec les pilotes. Cela a permis de concentrer les brassages d’air dans les zones les plus affectées par la chute des températures. Les résultats de cette initiative de protection collective ont été globalement très bénéfiques dans la majorité des secteurs puisque les dégâts n’ont concerné que les zones ou les températures sont descendues en dessous – 5 °C.                                      

 

 

– Bibliographie :

– Brochure sur les moyens de lutte contre le gel de printemps dans les vergers de la chambre d’agriculture du Gard.

– Étude sur les moyens de lutte contre le gel de printemps dans les vignes de la chambre d’agriculture de l’Indre et Loire

– Anastasia Rocque de la Chambre d’agriculture de l’Indre et Loire

– Michel Badier de la chambre d’agriculture du Loir et Cher

– Dominique Giraud et Pascal Gibault de la Cuma Protectgel

– Me Virginie Fleureau responsable de l’ODG de Montlouis

– M. Christophe Chevreau à Vouvray

– M. Jacky Blot à Montlouis

 

Les pulvérisations de PEL 101 GV encourageantes en 2016 et décevantes en 2017

 

      Alain Thibault et David Croizet de la coopérative de Matha ont un recul de l’utilisation de ce produit depuis maintenant plusieurs années dans diverses zones du Pays Bas. Ils portent un regard lucide sur l’efficacité des applications de PEL 101 GV et ne considèrent pas que c’est un produit anti-gel à part entière : « L’utilisation de ce produit est abordée au sein de l’entreprise en pleine transparence avec les viticulteurs. Il ne peut être utilisé qu’avec des gens de confiance qui en ont bien appréhendé les limites. Nous tenons un discours sérieux en expliquant qu’en dessous – 2 °C, il n’est plus efficace. Notre réseau d’observation de station météos, Météo-Observ, nous a permis d’étayer notre jugement. Au printemps 2016, les secteurs sensibles du Pays Bas ont été confrontés à une gelée de printemps de faible intensité avec des baisses de températures n’excédant pas – 1 à – 2 °C et là les pulvérisations de PEL 101 GV ont permis de sauver les récoltes. Plusieurs adhérents qui avaient laissé des rangs témoins non traités dans leurs îlots, ont observé des écarts de rendements allant du simple au double (de 5 à 10 hl d’AP/ha). Cette année, dans ces mêmes situations, le thermomètre est descendu à – 3, – 4 °C et le gel a détruit toute la végétation malgré le traitement. Cet échec est cohérent par rapport aux limites du mode d’action du produit et d’ailleurs, les techniciens de la société Jouffray-Drillaud ont toujours tenu un discours juste et transparent à ce sujet. Les pulvérisations de PEL 101 GV permettent d’améliorer la résistance au gel des tissus végétaux dans des limites qui sont connues ».

 

Les  fournisseurs d’équipements de lutte et de prestations contre le gel

 

                           – Agrofrost implantée en Belgique :

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      • Importateur de tours a vent fixe et mobile Amarillo Wind pour l’Europe

      • Constructeur des convecteurs d’air chaud fixe FrostGuard et mobile Frost buster

      • Distributeur en France : Sct Servan Eurl, 4 grand domaine, 33190 Montagoudin

      • – Contact : Jim Servan – T 05 56 71 08 68/06 07 06 2 517 – Mail :J.Madiss@free.fr

         

         

        – Filextra :

        – Importateur en France des tours à vent Orchard-rite

        – Commercialisation de tour à vent fixe, fixes repliable et mobile.

        – Contact : Me Elisabeth Petit-Levet

        – Coordonnées : 1 route des Bomardières, 41700 Cheverny, T : 02 54 79 83 05 – Mail : filextra@wanadoo.fr

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    •              – Tow and Blow en Nouvelle Zélande :

      – Constructeur de Tour à vent mobiles

      – Distributeur en France : Ets Rivière  et fils Sarl, le clos de Marsolle, 37 140 Benais

      – Contact : Sébastien Rivière – T : 02 47 97 46 77/06 80 93 85 25 – Mail :

           

           –  Giragri 17 :

– Prestations de lutte antigel avec des hélicoptères

– Contact : Dominique Aury

– Coordonnées : 11 rue Diderot, 17 460 Thénac – T : 05 46 92 20 23/06 85 52 53 28 – Mail : giragri17@gmail.com

 

      – Héliberté :

  •  
    •  
      • – Prestations de lutte antigel avec des hélicoptères

      • – Contact : Laurent Betton

      • – Coordonnées : Aéroport de La Rochelle Île de Ré, 1 rue du Jura, 17 000 La Rochelle – T : 05 46 43 82 87/06 13 04 55 88 – Mail : larochelle@heliberte.com.


  •      

               – Clavaud Constructeur :

    – Constructeur français des tours à vent fixes et repriables Gyromass

    – Contact : André Clavaud

    – Coordonnées : Clavaud constructeur/Gyromass, les Trois sapins, 87140 Compreignac – T : 05 55 71 05 53 ou 06 88 82 90 98 –
    Mail : a.clavaud@gyromass.fr 

– Stopgel :

– Fabricant de bougies chauffantes à base de stéarine en pots de 5 KG

– Contact : Christian Chazalet

– Coordonnées : les Vergers de l’Ile, 37 rue de Crussol, 26600 La Roche-de-glun

Tel : 04 75 84 61 11 ou 06 08 81 28 72 
Mail : stopgel@wanadoo.fr

 

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