Une interview de Pierre Guyot – Foulon-Sopagly

2 octobre 2009

A quelques jours du plein départ des vendanges en Charentes (article rédigé le
21 septembre), l’élaborateur français de jus de raisin ne dévoilait pas ses intentions mais se déclarait globalement acheteur de 400 à 500 000 hl vol. de jus de raisin. Sa lecture de la situation charentaise l’amène à considérer « qu’il y aura de la place pour les jus » ainsi que pour tous les débouchés hors Cognac.

guyot_pierre.jpg« Le Paysan Vigneron » – Comment se porte le marché des jus de raisin ?

Pierre Guyot – Globalement, sur les douze derniers mois, le marché des jus de fruits a perdu 3 % de son volume. Mais cet indicateur cache une réalité assez disparate. Quand l’orange progresse de + 8 %, la pomme stagne à 0 % et le jus de raisin perd – 8 %. A quoi faut-il imputer cette baisse ? L’absence des Charentes durant plusieurs campagnes a sans doute contraint la filière à abandonner un peu le périmètre haut de gamme qui était le sien. En tout cas, sur un marché stratégique comme l’Allemagne, notre propre entreprise a dû réviser ses positions. De leader, nous sommes passés à la situation de challenger avec, en face, des clients qui conduisaient une politique de prix plus dure. Les bassins d’approvisionnement se renouvellent. Depuis deux ans, est apparu dans la sphère « jus » le vignoble italien des Pouilles, spécialisé dans les raisins de table. Sur une base de 600 quintaux par ha, les viticulteurs en font tomber 100, conserve 250 quintaux pour la table et 250 quintaux partent aux jus de raisin. Dans la filière jus de raisin, ne nous le cachons pas, le vrai bras de levier, c’est le rendement. Il faut savoir que d’autres pays ont une vision du rendement différente de la nôtre. Ils nous font toucher du doigt la notion de vigne industrielle. Je ne pense pas que l’on puisse conduire une vraie politique jus de raisin, sans rechercher des coûts moindres.

« L.P.V. » – On vous fait régulièrement le grief de ne pas communiquer vos prix.

P.G. – Structurellement, il paraît difficile de s’exprimer avant le 20 septembre. Ce n’est pas par « méchanceté » mais tout simplement parce qu’il est important de connaître ce qui se passe dans les autres bassins, ce que font nos concurrents. A partir de là, on peut se positionner, sans prendre le risque d’être hors marché. Si les Charentes ont l’inconvénient de vendanger après tout le monde, elles peuvent au moins espérer en tirer un petit avantage dans la connaissance des prix.

« L.P.V. » – Comment percevez-vous la récolte charentaise ?

P.G. – En guise de rendements, il semble que l’on s’achemine vers quelque chose d’encore plus disparate que d’habitude. Qui plus est, entre la nouvelle réglementation introduite l’an passé, la réserve climatique, le nouvel environnement économique… les viticulteurs auront sans doute du mal à s’orienter et à manipuler les différentes manettes à leur disposition. Il faut bien voir qu’avec le « tout Cognac » qui a régi les Charentes pendant deux ans, ils ont manqué d’éclairages sur les marchés. Ce n’est pas facile d’émerger trois ans plus tard. Les courtiers vont les aider, eux qui possèdent généralement une vision plus large de la réalité, peut-être pas étendue à toute l’Europe mais au moins aux vignobles italiens et espagnols. Pour beaucoup, ce sont des gens compétents.

« L.P.V. » – Dans la configuration actuelle de récolte, y a-t-il de la place pour les jus de raisin ?

P.G. – Honnêtement, si les gens restent sérieux et ne paniquent pas, je pense qu’il y aura de la place pour tous les débouchés, moûts de vinif., jus de raisin. Encore une fois, sauf cas de grêle ou de gel, les chiffres de rendement apparaissent relativement intéressants. Quant au Cognac, à mon avis, il n’est peut-être pas encore arrivé au plus bas de son cycle. Les Charentes rentrent dans un nouveau cycle qui, de toute façon, ne ressemblera pas aux précédents. Dans tous les cas de figure, il convient de garder plusieurs cordes à son arc, revenir aux principes de réalité et tenter de se projeter à l’horizon d’au moins deux campagnes.

« L.P.V. » – Question récurrente : le bassin charentais reste-t-il une de vos sources d’approvisionnement privilégiées.

P.G. – Incontestablement, les jus de raisin charentais demeurent une marchandise hyper intéressante, toujours pour la même raison, son potentiel d’acidité. Ceci dit, on ne reste pas impunément absent d’un marché sans que des conséquences se fassent sentir. Un client anglais qui représente chez nous 50 000 hl vol. me tenait il y a peu le discours suivant : « Je veux bien des Charentes dans l’assemblage mais à condition de conserver le même niveau d’acidité que l’an dernier. » Du point de vue technique, ces propos nous ont « scotchés ». Personnellement, je demeure persuadé que l’acidité apporte un véritable bonus aux jus de raisin. Mais, outre que le client à toujours raison – même quand il a tort – je répète qu’il est toujours dangereux de déserter un marché. Pour autant, je reste optimiste. L’environnement envoie suffisamment de signaux négatifs pour ne pas en rajouter.

« L.P.V. » – A plusieurs reprises, vous avez évoqué un projet « structurant » pour les jus de raisin.

P.G. – Il s’agit sans doute du gros projet de création de cépages que nous conduisons avec l’INRA, l’ICV (l’Institut coopératif du vin), les Chambres d’agriculture méridionales. Il inclut des cépages à la fois résistants et tolérants, un mode de conduite qui s’appuie sur une mécanisation de précision. Les cépages qui sortiront de ce chantier seront tracés ADN et classés dans une catégorie à part, celle des jus de raisin. C’est un projet franco-français qui restera dans nos frontières. Bien sûr vous serez concernés, comme le Languedoc l’est. Les Charentes représentent tout de même l’un des derniers vignobles à avoir la culture du volume. Cette production de jus de raisin industriel s’accompagnera de contrats pluriannuels. Si nous emmenons des gens avec nous, nous devrons assurer le suivi dans le temps. Ce genre de démarche ressemblera à ce qui se fait dans la pomme mais restera un métier de viticulteurs.

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