L’IFV s’implique dans l’étude des solutions ed biocontrôle : des approches fondamentales et concrète

17 janvier 2018

Le développement des recherches de solutions de biocontrôle est désormais rentré dans une phase d’étude de plus en plus dynamique. On est passé en quelques années du stade de la « douce utopie » à un intérêt grandissant. La mise en place progressive de pôles de recherche de plus en plus structurés contribue à acquérir des connaissances qui permettent de mieux valoriser l’efficacité des substances naturelles. L’IFV qui a été l’un des organismes précurseur au niveau de l’étude des solutions de biocontrôle a largement contribué à cette évolution.

 Nicolas Aveline, l’ingénieur de l’IFV de Bordeaux spécialisé dans les recherches de solutions de biocontrôle en vigne pour remplacer les traitements chimiques observe que depuis une dizaine d’années, ce nouvel axe de lutte mobilise de plus en plus de fournisseurs. Il constate que l’arrivée de nouveaux acteurs porteurs de projets ambitieux et l’implication plus récente des leaders de l’agrochimie attestent d’une véritable accélération des moyens investis dans les recherches. Il semble que dans les toutes prochaines années, une vingtaine de produits de biocontrôle utilisables en vignes seront  homologués.

 

La matière vivante soigne les végétaux en intervenant sur les équilibres

      La notion de biocontrôle englobe une grande diversité de produits d’origine naturelle, de la matière vivante (l’argile, le soufre), des macro-organismes (insectes, trichogrammes,…), des micro-organismes (champignons, bactéries, virus), des substances naturelles (extraits de plantes, d’algues, d’éliciteurs naturels, …) et de nouvelles technologies à faibles risques (émissions de phéromones, perturbations sonores, …. ). Les modes d’action de tous les produits alternatifs sont très différents de ceux des intrants issus de la chimie de synthèse et souvent aussi beaucoup moins connus. Le principe du biocontrôle est de soigner les tissus végétaux en utilisant de la matière vivante qui intervient sur les équilibres pour réduire la nuisance des pathogènes. La stimulation des défenses naturelles des plantes, l’accentuation des phénomènes de concurrence dans le milieu ou se développe les agresseurs, la synthèse de molécules gênant les pathogènes font partie des modes d’action les plus connus.

 

Bien comprendre « le fonctionnement » des produits dans les plantes

      L’efficacité des produits de biocontrôle est directement liée à des principes et à des méthodes d’application bien spécifiques qu’il faut découvrir et apprendre à maîtriser. L’utilisation de cette nouvelle génération de bio-pesticides est et sera plus complexe que celle des intrants chimiques actuels dont le mode d’action, les avantages et les limites sont bien connus. Elle demande un encadrement et un investissement technique conséquent pour s’adapter aux effets de la pression parasitaire, de la sensibilité des cépages, des microclimats et du contexte de chaque terroir. L’une des missions prioritaire de l’équipe de N Aveline est de recueillir le maximum d’éléments pour connaître et mettre en œuvre les moyens d’optimiser l’efficacité des produits de biocontrôle dans le contexte du vignoble Bordelais. La mise en œuvre d’expérimentations rationnelles et aussi d’essais de terrain permettra de comprendre le « fonctionnement » des produits au niveau des plantes et ensuite d’améliorer leurs conditions d’utilisation.

 

Une dynamique de recherche de plus en plus positive

       N Aveline et son équipe ont testé beaucoup de produits de biocontrôle homologués ou en cours d’homologation depuis dix ans. Il possède une vision assez juste des potentialités de cette famille de produits et des acteurs qui, aujourd’hui, développent en vigne de plus en plus d’efforts de recherche : « Pendant longtemps, le développement des produits de biocontrôle n’a pas été considéré comme une voie de recherche crédible par les grands acteurs de l’agrochimie. Les premiers projets d’études ont été portés par des PME motivées qui ont en quelque sorte ouvert la voie. Les démarches étaient intéressantes mais pas toujours assez finalisées pour obtenir de bons niveaux d’efficacité. Des pistes intéressantes étaient explorées mais les moyens manquaient pour passer la vitesse supérieure. Le public de viticulteurs, hormis, les bios n’était pas sensible à ces nouveaux concepts de protections. Quelques projets ont pourtant démontré que cette catégorie de produits était porteuse d’espoirs. La volonté affichée des pouvoirs publics depuis 3 à 4 ans de promouvoir le développement du biocontrôle a ensuite fait évoluer les choses. Les grandes firmes d’agrochimie ont commencé à s’intéresser à cette catégorie de nouveaux pesticides souvent en nouant des partenariats avec des acteurs ayant déjà travaillé le sujet. On a vu également arriver de nouveaux acteurs spécialisés dans l’expertise des potentialités des substances naturelles. Des projets structurés et innovants sont en cours de développement et d’ici, 2, 3,5 ans, des choses intéressantes vont sortie. Les recherches au niveau des produits de biocontrôle sont désormais rentrées dans une phase dynamique avec une saine émulation entre les petits et les grands acteurs ».

 

Le biocontrôle opérationnel pour lutter contre les tordeuses

      Les études réalisées par l’IFV de Bordeaux révèlent de véritables avancées au niveau de la lutte contre les tordeuses ou les solutions de biocontrôle sont désormais efficaces et en phases avec les spécificités du terrain. La confusion sexuelle, l’emploi des insecticides à base de BT, les lâchers de trichogrammes ont démontré leur efficacité mais, il a fallu une décennie pour expliquer, faire comprendre et diffuser leurs spécificités et leurs modes d’action. Les techniciens estiment que l’utilisation de façon complémentaire de ces trois pratiques de biocontrôle est en mesure de représenter une alternative totale aux insecticides chimiques.

 

Des résultats convaincants au niveau du Botrytis

      Des travaux de recherches importants ont été aussi conduits sur la lutte contre le botrytis avec des pratiques alternatives dans le cadre des projets RESAQ Vitibio (fédérant les associations de développement de la viticulture biologiques d’Aquitaine, l’IFV et les chambres d’agriculture départementale 33, 24 ,47,40 et 64) et Biobot (porté par L’IFV de Bordeaux, la Chambre d’agriculture de Gironde, et l’INRA de Bordeaux). Des essais importants ont été réalisés entre 2014 à 2017 sur plusieurs sites (et cépages) avec deux produits de biocontrôle homologués, l’Armicarbe à base de bicarbonate de potassium et le Botector à base de micro-organismes antagonistes. Les résultats ont montré un niveau d’efficacité supérieur et surtout plus régulier dans l’ensemble des situations de l’Armicarbe. Les différences d’efficacité d’un site à l’autre sont très souvent liées au contexte de la conduite agronomique des parcelles sur l’intensité de l’expression du botrytis.

 

Mildiou-Oïdium, des perspectives avec l’arrivée de nouvelles substances naturelles

       Au niveau du mildiou et de l’oïdium, l’ensemble des produits de biocontrôle homologués qui ont été testés seul dans des programmes, ont jusqu’à présent, des niveaux d’efficacité bien inférieurs aux fongicides issus de la chimie de synthèse. Leur intérêt en tant qu’alternative aux pratiques de protection conventionnelles ne peut s’envisager que si la présence de pression de parasitisme reste faible. Néanmoins, N Aveline se dit assez optimiste pour les 4 à 5 années à venir avec le développement de nouveaux produits à bases de substances naturelles nouvelles (des concentrés de micro-algues, des stilbénoïdes extraits des sarments, ….) ayant des niveaux d’efficacité au laboratoire très intéressants. Dès le printemps prochain, des essais avec les nouveaux produits seront conduits à l’IFV de Bordeaux et parallèlement, une unité mixte de recherche commune va être mise en place entre l’IFV, l’INRA et Bordeaux Sciences Agro. Un autre projet de recherche de protection contre le mildiou avec des produits de biocontrôle est engagé par l’IFV Centre Val de Loire sous la tutelle de Guillaume Delanoue.

 

Les plateformes d’essais ALTFONGI-biocontrôle opérationnelles dès 2018

       Une autre initiative sous la forme de plateformes d’étude de plein champs, ALTFONGI-Biocontrôle sera mise en place durant les trois prochaines années dans le Bordelais. L’objectif est d’implanter dans trois contextes différents, trois expérimentations, l’une dédiée à la lutte contre le mildiou, la seconde à la lutte contre l’oïdium et la troisième à la lutte contre le botrytis. Ce dispositif permettra de tester 7 stratégies de biocontrôles différentes dans chaque site. La finalité est de recueillir des références sur les produits de biocontrôle homologués ou en cours d’homologation qui seront testés durant toute la saison en respectant les préconisations des fournisseurs. Le CIVB (le comité interprofessionnel des vins de Bordeaux) finance ce projet qui est piloté de manière conjointe par l’IFV de Bordeaux, la Chambre d’agriculture de la Gironde et le lycée viticole de Montagne Saint-Emilion. Deux plateformes d’essais seront implantées dans le vignoble du lycée de Montagne et la troisième sur un autre site qui n’est pas encore défini.  Séverine Dupin, la responsable des expérimentations protection du vignoble à la Chambre d’agriculture de la Gironde, est le pilote du projet ALTFONGI-Biocontrôle. Les résultats des essais seront présentés aux viticulteurs sous la forme de visites publiques à la fin de chaque été.

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