Libre expression : « Le négoce est dans son rôle, la viticulture doit être dans le sien »

21 décembre 2016

C’est un signe ! Quand, spontanément, les viticulteurs souhaitent s’exprimer, c’est qu’il y a de l’inquiétude dans l’air. Aujourd’hui « la base » ne se sent pas forcément entendue, sur le niveau de production Cognac, sur le contingent de plantation. Un viticulteur parle.

« Moi, je me réjouis de voir nos ventes de Cognac se développer. Nos maisons de négoce incarnent cet optimisme et cet espoir et c’est tant mieux. Nous avons beaucoup de chance. Le négoce est dans son rôle quand il dit qu’il faut produire. Maintenant c’est à la viticulture de regarder si les aspirations, les prévisions du négoce sont à l’unisson des faits. Les faits, que disent-ils ? Que la totalité de nos ventes de cognac, évaporation comprise, représente aujourd’hui 8,5 hl AP par ha. Un résultat formidable, merveilleux mais qui se situe en deçà du rendement annuel de 11 de pur ha. La question, c’est que voilà six ans que ça dure. Depuis 2010, nous sommes en état de surproduction. On a un peu perdu la boule ! Certes, quand dans les années 2010, 2011, 2012, nous vendions énormément de rassises, on pouvait considérer qu’il fallait anticiper les besoins à l’échelle de 2020.  Aujourd’hui, la situation a changé. VS et VSOP dominent le marché. Nos ventes d’XO sont redescendues au niveau de 2004/2005. Dans ces conditions, il me semble de la responsabilité de la viticulture de dire au négoce – « D’accord, on vous suit mais quand un déséquilibre se manifeste entre production et ventes, on s’adapte ! » Le marché doit-il s’adapter à la production ou la production au marché ? Cette dérive me semble éminemment inquiétante. J’ai tendance à comparer ce cycle à ce que certains d’entre nous ont déjà vécu, la période des années 88 à 94/95. Alors que les sorties étaient déjà en baisses depuis 1990, il fallut attendre 1995 pour commencer à réagir. Conséquence : nous avons mis dix ans à nous en relever. Est-ce ça que nous voulons ? Certes, on nous dit « qu’il y a un pilote dans l’avion », en l’occurrence le Business plan.  Mais doit-on lui faire confiance ? A regarder les projections émises depuis 2011, nous devrions être déjà à plus de 600 000 hl AP de ventes. Mais voilà déjà 5 ou 6 ans que les courbes contredisent les prévisions. On ne peut pas, indéfiniment, rentrer plus de marchandise qu’il n’en sort. C’est pourtant ce qui se passe. Chaque viticulteur qui fait du portage a vu ses stocks enfler ces dernières années. Personnellement, pour calculer le rendement, je préférerais m’en remettre à la division toute simple des sorties augmentées de 15 % d’évaporation par le nombre d’ha. Si Business plan il y a, faisons au mois en sorte que sa formule soit présentée, explicitée au plus grand nombre. Tout se passe comme si sa grille de lecture n’était réservée qu’à une poignée de personnes, intra-muros.

 

Clairement, celui qui détient la clé de l’avenir de la région, c’est le syndicat UGVC. C’est pourquoi nous devons aller voter aux prochaines élections ; en demandant aux candidats de présenter leur vision de l’avenir.

 

Les représentants viticoles donnent l’impression d’avoir du mal à s’opposer au négoce. C’est vrai que cela demande un vrai courage de s’interposer à des gens qui, entre autres, possèdent beaucoup plus d’informations que nous sur les marchés. Peut-être nos représentants devraient-ils jouer la carte de la sincérité et dire aux adhérents de base – « on a du mal à dire non, on n’y arrive pas ! ». La construction d’un vrai dialogue entre nous représente sans doute la condition nécessaire pour que la viticulture occupe son rôle de partenaire à la discussion, un rôle reconnu par les statuts.

La fixation, par certains négociants, d’un volume d’achat à la surface engendre un climat malsain. Pourquoi ? Parce que le négociant va défendre « son » rendement et mettre toutes ses forces dans la balance pour l’obtenir. Sauf que ses besoins ne sont pas ceux de la maison X ou de la maison Y. Pourtant, c’est ce rendement qui va prévaloir pour l’ensemble de la région. A la limite, aujourd’hui, pour sortir de cette situation, il faudrait que tous les négociants expriment leurs achats en volume ha. Mais que met-on  dans les bouteilles, du liquide ou des hectares ?

 

Dans notre système, si nos besoins ne sont que de 8,5 hl AP ha, évaporation comprise, mais que l’on produit 11 de pur ha, cela signifie, quelque part, que celui qui vend 11 de pur contraint peu ou prou un autre viticulteur à ne sortir que 6,5. Moralement, ce n’est pas acceptable. Peut-on envisager que certains se disent – « moi je suis couvert, je suis bordé », en laissant les autres au bord de la route ? L’AOC Cognac couvre toute la région, des Bois ordinaires aux crus centraux.

 

Encore une fois, on peut comprendre l’attitude des négociants qui sont dans leur rôle en s’inscrivant dans une dynamique positive. Ils sont parfois stressés, subissant la pression de leur direction, de leurs actionnaires. Ils ne veulent pas prendre le risque de manquer de marchandises, pour ne pas perdre de chiffre d’affaires. C’est même légitime de penser que le Cognac « puisse faire exploser les compteurs ». Après tout, il ne représente que 2 % des spiritueux dans le monde. Viser les 4 % – un million d’hl AP – n’est pas idiot. En même temps, l’histoire du Cognac et des spiritueux en général nous enseigne que la progression est beaucoup plus lente et pas toujours linéaire. C’est déjà très bien d’être arrivé là où nous en sommes, à 580 000 hl AP. Je le répète, la sagesse de la viticulture consiste à dire – « adaptons-nous ». Un hl AP supplémentaire par hectare , c’est deux millions de caisses. Il y a de quoi voir venir ! Même chose pour les plantations. Quand nos sorties atteindront 9,5 hl AP ha, peut-être sera-t-il temps d’examiner l’opportunité de planter. Mais avant, est-ce bien raisonnable ?

 

Nous vivons une situation paradoxale. Les ventes de Cognac n’ont jamais été aussi hautes et pourtant nos collègues ne sont pas sereins. L’inquiétude s’entend partout. Ce n’est pas normal. N’attendons pas d’être dans le mur pour réinterroger notre politique de production.  

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