Libéralisation des droits de plantation : La CNAOC à la rencontre des Charentes

1 mars 2012

A l’invitation de la Fédération des interprofessions du bassin viticole des Charentes, la CNAOC a rencontré les trois filières Cognac, Pineau et Vins. L’occasion d’éclaircir les stratégies mises en œuvre et de délivrer un message, celui du rassemblement autour d’un objectif commun, la préservation de l’encadrement de la production, y compris pour les vins sans IG.

p8.jpgC’est le 27 janvier dernier que Bernard Farges, président de la CNAOC et Pascal Bobilller-Monnot, directeur de la Confédération nationale des producteurs de vins et eaux-de-vie AOC, sont venus à Cognac rencontrer les représentants des trois filières viticoles charentaises, Cognac, Pineau et Vins. Pour Bernard Farges, il s’agissait de son premier déplacement en région en tant que président de la CNAOC*. Une sorte de baptême du feu. Pascal Bobillier-Monnot, lui, était déjà venu en Charentes à deux reprises, début janvier 2011, à l’invitation du président Guionnet et le 23 mai 2011, lors de l’AG du Syndicat général des vignerons. A chaque fois, la thématique était la même : expliquer les dangers de la libéralisation des droits de plantation ainsi que les forces en présence. Il faut dire qu’au fil du temps, Pascal Bobillier-Monnot a acquis une dimension d’expert. Pour le vivre de l’intérieur, c’est certainement l’un de ceux qui, en France voire en Europe, connaît le mieux le sujet.

Aux dires de certains participants à la réunion, les deux intervenants surent allier « brio et diplomatie ». « Ils ne se sont pas posés en donneurs de leçon. Ils ont présenté l’action de la CNAOC et écouté ce que la région avait à dire. »

Voilà au moins deux ans et demi que la CNAOC est mobilisée sur le sujet des droits de plantation. Le début de son action remonte à son congrès d’Angers, en juin 2010. « A l’époque, nous nous demandions comment réussir à mobiliser les professionnels. La date de 2016 pouvait paraître bien lointaine. Eh bien non ! Les viticulteurs ont tout de suite compris l’exceptionnel danger que faisait courir une libéralisation à terme des droits de plantation. »

D’emblée, la CNAOC endosse le rôle de chef de file viticole. « Qui d’autre que nous avait la légitimité de le faire ? indique Bernard Farges. C’eut été une faute pour la CNAOC de ne pas assumer cette responsabilité. Nous devions défendre nos mandants. Par ailleurs, grâce à nos contacts avec le Copa-Cogeca*, l’Arev*, nous dispositions déjà d’une fenêtre à Bruxelles. Par la suite, nous avons participé à la création de l’EFOW, la Fédération européenne de la viticulture d’origine. Cette légitimité à intervenir sur les droits de plantation, nous la tirons à la fois de notre travail et de la visibilité communautaire que nous procure l’EFOW. » Ainsi, la CNAOC va se livrer à un intense travail de lobbying, auprès des instances nationales et communautaires, auprès des pays viticoles européens comme des relais d’opinion… Le président de la CNAOC a rendu hommage à son directeur Pascal Bobillier-Monnot. « Il porte le dossier au quotidien et plus que ça encore. Mais s’il le fait, c’est aussi parce que la CNAOC le lui a demandé. C’est une décision collective. »

« La région la plus avancée »

La CNAOC a salué dans les Charentes « sans doute la région la plus avancée sur la problématique des droits de plantation ». Reste que nul n’ignore les divergences d’appréciation qui existent sur le dossier des droits de plantation. Avec le Pape (Potentiel annuel de production par exploitation), la région de Cognac propose une alternative au droit de plantation, un « plan B » qui permette de contrôler la production dans un cadre interprofessionnel. C’est la carte que certains, dans la région délimitée, aimeraient bien jouer… et voir jouer collectivement. D’ailleurs, le BNIC a adopté plusieurs motions en ce sens. La CNAOC, elle, se positionne un peu différemment. Dans un premier temps, elle défend la restauration d’un principe, celui de l’encadrement du potentiel de production communautaire. Dans un second temps, il reviendrait à chaque Etat membres de décliner ce principe en fonction de son mode d’organisation. « Il faut instituer une règle générale et ensuite laisser aux Etats membres la latitude d’appliquer ce système selon leur propre sensibilité professionnelle » affirme l’organisation nationale qui soutient « un cadre assez large pour être applicable à tous les Etats membres, à toutes les régions. »

« Il y a un temps pour tout, complète Bernard Farges, un temps politique et un temps réglementaire. Aujourd’hui, nous sommes toujours dans le temps politique. Il s’agit d’abord d’obtenir de la Commission qu’elle révise son texte sur l’OCM vin, dans le cadre de la PAC. Nous y travaillons d’arrache pied, en essayant de décrocher une majorité qualifiée au Conseil des ministres. Rien n’est acquis, même si la majorité qualifiée au Conseil est à portée de main. Ne brûlons pas les étapes. Une équipe ne peut emporter la finale que si elle a joué la demi-finale. Aujourd’hui, nous sommes en demi-finale ! »

Quel regard porte la CNAOC sur le Pape. « Un travail important a été fait ici. Le Pape est un outil qui peut avoir son intérêt mais dans un second temps. Pour l’instant, l’objectif n° 1 consiste à se battre pour que soit réintroduit le principe général d’une régulation du potentiel de production. Cela dit, le contexte charentais ne nous inquiète pas. Autant une certaine ambiguïté semble régner au sein du négoce français des vins sur l’intérêt d’un encadrement communautaire – oui, non, peut-être ? – autant ici rien de tel. L’encadrement paraît aller de soi. C’est pour cela que nous avons dit aux représentants du négoce charentais qu’ils avaient un rôle très important à tenir auprès de leurs collègues français – « faites passer le message de l’encadrement ». Reste qu’il faut jouer uni. Chaque message est légitime dans sa région. Mais si chaque région se met à défendre son projet, au final, le discours sera dissonant. Une région comme la Champagne l’a très bien compris. Elle prône une démarche unie. L’EFOW n’est forte que parce qu’elle représente l’ensemble des pays viticoles européens. Malgré tout son poids, Cognac est moins fort à Bruxelles que s’il s’associe à la Champagne, à Bordeaux. Courir le risque d’interventions non concertées, c’est ouvrir à l’Administration communautaire un boulevard. Nous venons de le voir avec le secteur laitier où l’encadrement risque de jouer que sur les AOP. Veut-on de cet avatar pour le secteur viticole ? Dans cette bataille, il ne faut pas disperser nos forces. Au contraire, elles doivent se concentrer vers un même but : la restauration de l’encadrement du potentiel de production. »

* CNAOC : Confédération nationale des producteurs de vin et eau-de-vie de vin à appellation d’origine contrôlée – AREV : Association des régions européennes viticoles. COPA-COGECA : Comité des organisations professionnelles agricoles de l’Union européenne – Confédération générale des coopératives agricoles. EFOW : European Federation of Origin Wines.

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