Les fongicides de biocontrôle en vigne : une voie d’avenir si les nouveaux acteurs sont soutenus

17 janvier 2018

L’univers de la protection du vignoble va peut-être vivre dans les toutes prochaines années des évolutions fondamentales avec l’arrivée de nouveaux intrants phytosanitaires issues de substances naturelles. Indéniablement, la montée en puissance des exigences environnementales émanant de la société civile et des lobbies écologistes qui mettent de plus en plus souvent en cause les nuisances occasionnées par les pesticides de synthèse, contribue à faire évoluer les méthodes de protection des cultures. Le développement des bio-pesticides qui est espéré depuis longtemps, n’a pas été jusqu’à présent une alternative suffisante sur le plan de l’efficacité mais les choses sont peut-être en train de changer. L’arrivée de nouveaux acteurs travaillant le sourcing des substances végétales commence  à porter ses fruits au niveau des cultures spécialisées comme, la vigne l’arboriculture et le maraîchage.

Les viticulteurs qui sont aujourd’hui de plus en plus réceptifs aux préoccupations environnementales, semblent intellectuellement prêts à intéresser à de nouveaux concepts de protection si ceux-ci s’avèrent efficaces. L’exemple récent du développement spectaculaire des ventes de tunnels de traitements en Charentes illustre parfaitement ces propos. En 2010, les ventes annuelles de tunnels confinés se limitaient à une petite dizaine de modèle alors que depuis deux ans, elles représentent plus de 80 % ventes de pulvérisateurs neufs. Alors, si dans deux ou trois ans, de nouveaux fongicides biostimulants issus de substances naturelles démontrent leur efficacité, ils prendront aussi très vite des parts de marchés. Le contexte sociétal autour de l’utilisation des intrants phytosanitaires évolue profondément.  Il ne faut pas se voiler la face, désormais, l’utilisation des pesticides issus de la chimie de synthèse est devenue un sujet sensible et clivant. Personne n’aurait imaginé il y a 5 ans que la ré-homologation du glyphosate aurait été aussi difficile.

 

Un dynamisme des recherches portés par de nouveaux acteurs     

      Néanmoins, est-il sage de penser que les bio-pesticides seront à court terme une alternative réaliste ? Pour l’instant, les chercheurs de l’INRA, de l’IFV pensent que le domaine de la lutte contre les insectes, les solutions de biocontrôle comme la confusion sexuelle, les traitements à base de BT  (Bacillus Thuringiensis) et les trichogrammes ont démontré leur efficacité. Au niveau du mildiou et de l’oïdium, ils sont beaucoup plus mesurés car tous les fongicides biostimulants homologués jusqu’à présent ont des niveaux d’efficacité nettement inférieurs aux molécules issues de la chimie. Néanmoins, l’intérêt de nouveaux acteurs dans le développement de fongicides de biocontrôle et des produits biostimulants spécifiques à la lutte contre le mildiou et l’oïdium ouvrent de nouvelles perspectives.

 

Les substances naturelles, un réservoir de molécules encore très peu exploité

      Une dynamique de recherche « de fongicides verts » s’est réellement enclenchée et le sérieux d’un certain nombre de projets ne peut pas laisser indifférent. Le sourcing au sein du réservoir de substances naturelles représente une nouvelle voie de développement qui a été jusqu’à présent très peu exploitée. L’univers de la production des intrants de la protection des cultures s’est fortement concentré au cours des deux dernières décennies et actuellement, le marché est dominé par 5 ou firmes de dimensions mondiales. Parallèlement, les exigences pour faire l’évaluation de la toxicité et de l »écotoxicité des produits dans le cadre de procédures d’homologation se sont considérablement renforcées et le coût de développement des nouvelles molécules a aussi explosé.

 

Des procédures d’homologation à la fois  indispensables et contraignantes

      La commercialisation des intrants phytosanitaires est depuis plusieurs décennies encadrée par une réglementation précise et contraignante qui débouche sur l’obtention d’une AMM (autorisation de mise en marché des produits phytosanitaires). Il est impossible pour un fournisseur de revendiquer l’utilisation d’une efficacité en tant que fongicide, insecticide ou herbicide sans l’obtention d’une AMM parfaitement identifiée à la nature de chaque produit. La procédure d’homologation a été mise en place pour apporter des garanties, d’efficacité et d’innocuité des intrants phytosanitaires vis-à-vis de la santé humaine et de l’environnement. Le fondement d’une telle procédure ne peut être contesté. À l’origine, les dossiers d’homologation ont été construits pour répondre aux besoins spécifiques de l’évaluation des molécules issues de la chimie de synthèse.

 

Les bio-pesticides sont soumis à la même réglementation

      Au sein de la CEE, un règlement régit l’ensemble des démarches d’évaluation des substances actives présentes dans les produits et ensuite, chaque état membre évalue et autorise les produits phytosanitaires dans leur pays. La constitution des dossiers d’homologation qui est parfaitement encadrée, peut-être soumise à des spécificités propres à chaque pays. Elle nécessite la présentation de résultats d’études scientifiques émanant à la fois des fournisseurs et d’organismes d’évaluation indépendants reconnus par les pouvoirs publics. La commercialisation des bio-pesticides obéit aux mêmes règles et l’obtention d’une AMM liée à la nature de chaque produit est indispensable. Si l’arrivée d’une génération de produits de biocontrôle et biostimulants représente une évolution attendue et souhaitée par la société civile dont l’avenir est aussi conditionné par le cadre réglementaire existant aujourd’hui.

 

     

La procédure d’homologation est vraiment  un rempart technique ?

 Tous les acteurs de la filière agricole, les firmes d’agrochimie, les distributeurs, les services du ministère de l’agriculture et de l’ANSES, les techniciens prescripteurs de terrain et les agriculteurs ont toujours considéré que les complexes et coûteuses (plusieurs millions d’euros) de la procédure d’homologation était un rempart sérieux et indispensable vis à vis des problématiques de santé et environnementale. Le récent scandale des Mosanto Papers a pourtant jeté un certain doute sur la validité des études scientifiques fournies et utilisées dans le cadre des procédures d’homologation. La puissante firme d’agrochimie Américaine semble avoir organisé une campagne de désinformation en faisant paraître des articles pour contrer la toxicité du glyphosate qui étaient coécrits par des cadres de l’entreprise et signés par des personnalités scientifiques indépendantes.

 

Le coût de la procédure d’homologation est devenu inaccessible pour les PME

      Les porteurs de ces projets de bio-pesticides sont toujours de nouveaux acteurs, des Start-Up, des PME qui possèdent une véritable expertise dans l’univers de la biologie. Leurs travaux sont en train de déboucher sur des découvertes intéressantes pour des cultures spécialisées comme la vigne, l’arboriculture, le maraîchage. Ces marchés  plus petits et plus segmentés sont bien appréhendés par les équipes des PME. De leur côté, les puissantes firmes d’agrochimie dont le cœur de métier est la chimie, ont moins investi dans les produits de biocontrôle qui jusqu’à présent ne représentaient pas un secteur prospère. Ces grandes entreprises ont une vision plus mondiale de leur développement fondée sur des cultures prioritaires comme, le blé, le riz, le coton et le maïs. L’investissement de 2 à 4 millions d’euros dans une procédure de dossier d’homologation ne pose pas de problème financier aux multinationales quand les perspectives de marché sont suffisantes. A l’inverse, pour des PME, un tel ticket est très souvent inaccessible. Cette situation explique en grande partie pourquoi, les innovations véritables aux niveaux des intrants phytosanitaires en vignes ont été si rares depuis 10 ans.

 

Un renouveau des concepts de protection en phase avec les attentes de la viticulture

 L’exemple des deux jeunes sociétés ImmunRise, Terre du Futur  qui est présenté dans les pages suivantes, incarne une forme de renouveau des concepts de protection pour les cultures spécialisées. Leur dynamisme et leur culture issus du cœur des territoires viticoles leur permet de développer des projets sérieux, innovants et totalement en phase avec les attentes environnementales actuelles. Leur volonté d’apporter des alternatives réalistes aux concepts de la lutte chimique traditionnelle est entrain de convaincre l’esprit de beaucoup de viticulteurs de Charentes et du Bordelais qui souhaitent protéger leur vignoble autrement.

 

Les pouvoirs publics ne pourraient-ils pas soutenir les projets les plus sérieux

      Néanmoins, le plus dur reste à faire pour ces PME. Comment vont-elles faire face aux exigences financières pour construire les dossiers d’homologation ? Tout le problème est là ! Ne faudrait-il pas que les pouvoirs publics aient une approche plus réaliste pour imaginer des systèmes plus souples et toujours aussi rigoureux. Il est souhaitable que l’innovation au niveau de la protection des cultures ne soit pas essentiellement confiée à 4 ou 5 multinationales. Souhaitons que la dynamique de développement très largement affichée par les actuels responsables de l’État Français vis-à-vis des Start-Up et des PME travaillant dans l’excellence environnementale soit suivie de faits et d’actes concrets pour permettre à de nouveaux entrepreneurs d’exister durablement. Ne serait-il pas possible d’imaginer un régime d’AMM transitoire pour permettre aux entreprises porteuses de projets sérieux d’acquérir la capacité économique de financer l’engagement dans la procédure d’homologation ?

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