La tour à vent de Houkette amortie dès la première gelée

29 juin 2017

 

 Est-il rentable d’installer des systèmes de protection du type tour à vent dans les zones sensibles au gel de la région d Cognac ? Un certain nombre de viticulteurs se pose la question après les deux années de sinistres 2 016 et 2 017. Martial et Amaury Mauxion ont décidé de s’équiper d’une tour antigel depuis 2003 et ils ne le regrettent. Depuis le début des années 2010, leur système protection leur a permis de préserver trois récoltes sur une surface de 6 à 8 ha de vignes.

Le vignoble Mauxion à Houlette est situé dans une zone naturellement sensible au gel ce qui a conduit cette famille de viticulteurs à mettre en place une tour à vent depuis 15 ans. L’histoire de cette propriété est marquée par le gel depuis des générations. Jean Mauxion, le grand-père a connu 8 années de gel successives dans les années cinquante, Martial Mauxion, son fils a subi ensuite de nombreux sinistres durant les décennies 70, 80, 90 et 2 000. Amaury Mauxion, le petit-fils qui a pris les commandes de la propriété en 2013, a déjà subi trois années de gel, 2014, 2 016 et 2 017. La moitié des surfaces du vignoble de 40 ha est située dans le secteur très gélif de Saint Sévère, Le Cluzeau, Houlette.

 

Des tours à vent plus faciles à implanter que des installations d’aspersion

 

      Ce constat d’impuissance vis-à-vis des fréquents sinistres a représenté pour Martial Mauxion un sujet de préoccupation majeur durant toute sa carrière professionnelle. Cela l’a amené à conduire la gestion de la propriété avec beaucoup de sagesse et à s’intéresser aux moyens de protection. Au début des années 2000, c’est le hasard d’un déplacement à la sortie de Bordeaux sur l’autoroute, qui lui a permis de découvrir deux tours à vent au cœur des vignes de Cadillac. M. Mauxion s’est rendu sur place pour en savoir plus : « Dès que j’ai vu les éoliennes dans les vignes de Cadillac, je me suis déplacé sur place pour discuter avec les utilisateurs. Ces équipements me paraissaient beaucoup plus faciles à mettre en place dans notre vignoble et aussi moins coûteux qu’une installation d’aspersion. La présence d’une grande parcelle de 11 ha très gélives derrière le siège d’exploitation m’a paru tout de suite être le site idéal pour installer la tour à vent. J’ai contacté à l’époque la société Milan dans le Lot et Garonne qui m’a fait une étude d’implantation et un devis. On a fait affaire et depuis je vis mieux le risque de gel ».


Le site du Cluzeau avec ses 20 m d’altitude est très sensible au gel

 

      La tour antigel a été implantée en 2003 dans un grand îlot de 11 ha de forme rectangulaire à l’entrée du village du Cluzeau. Dans cette zone, l’altitude ne dépasse pas 20 m et toute chute des températures entraîne des dégâts. La tour à vent dispose d’une hélice de 4 m de diamètre fixée sur un mât à 10 m de hauteur. Le gros ventilateur tourne à 360 ° autour de la tête du mât et brasse l’air sur 100 à 150 m de largeur en fonction de l’influence du vent. Cela permet de mélanger l’air plus chaud des couches supérieures à celui plus froid qui se situe au niveau du sol. À la base de la tour, un générateur d’air chaud a été installé pour pulser de l’air réchauffé dans l’atmosphère quand le gel est fort. Un moteur diesel 6 cylindres de 120 CV fait fonctionner l’éolienne et le générateur d’air chaud. Durant la période de risque de gel, une sonde de température installée dans la parcelle au niveau des fils d’attachage déclenche une alarme sonore indiquant qu’il faut démarrer la protection. Le réglage de la sonde a été calé à un niveau de température de + 0,7 °C.

 

Il faut anticiper la chute des températures pour avoir une bonne protection

 

      Amaury et Martial Mauxion ont acquis au fil des années un vécu de l’utilisation de la tour à vent. Dès que l’alarme sonore les réveille, ils mettent en route l’éolienne et posent une dizaine de thermomètres dans la parcelle pour observer et suivre l’évolution des températures. Leurs discours sur l’utilisation de l’équipement sont très argumentés : « Pour réussir la protection, il ne faut pas attendre que le thermomètre soit descendu en dessous 0 °C pour mettre en route la tour. Il faut réellement anticiper la baisse des températures pour que le brassage d’air soit efficace au moment du lever du jour. Nous avons réglé la sonde d’alarme à + 0,7 °C et cela marche bien dans notre site. Par exemple cette année, le 27 avril, on était dans la parcelle à 2 h 30 du matin et nous avons fait marcher la tour jusqu’à 9 ou 10 heures. Cette matinée-là, les températures sont devenues négatives dans certains endroits dès 3 heures du matin et la chute des températures a été rapide. Nous avons été obligés de mettre en route le générateur d’air chaud régulièrement. Grâce à notre réseau de 10 thermomètres répartis dans la parcelle (et un à l’extérieur), on pilote le fonctionnement de la tour avec efficacité. L’apport d’air chaud est indispensable dès que les températures descendent en dessous – 3 °C. Nous faisons fonctionner le générateur d’air chaud par intermittence en suivant l’évolution des températures. Ensuite, le brassage d’air se poursuit jusqu’au retour du plein soleil quand les températures sont redevenues nettement positives. La rotation d’hélice fait un bruit comparable à celui d’hélicoptère mais cela se produit que quelques matinées par an. La veille des jours de risque de gel nous prévenons le voisinage du risque de nuisance sonore ».

 

Moduler le fonctionnement de la tour en fonction des spécificités de chaque matinée de gel

 

      Dans le contexte du site de Houlette, le seul brassage d’air par la tour à vent permet de remonter les températures de 2 à 3 °C maximum et la production d’air chaud devient indispensable les jours de fortes gelées. La mise en œuvre de l’hélice demande peu de puissance alors que le générateur d’air chaud en absorbe beaucoup plus. Lorsque le chauffage et la ventilation fonctionnent en même temps, les niveaux de consommation de gas-oil sont de l’ordre de 120 1/h. M. & A Mauxion expliquent que d’une année à l’autre et parfois d’une journée à l’autre, les conditions de déroulement des matinées de gel peuvent être différentes. Le niveau des températures négatives, la présence ou pas de vent au lever du jour, le taux d’hygrométrie ambiant sont des éléments dont il faut tenir compte pour piloter la protection antigel. Des vents forts modifient la façon dont le flux d’air est pulsé dans l’environnement en le freinant d’un côté et le poussant de l’autre. Plus les températures de gel sont basses, plus l’aire de protection se réduit même avec l’utilisation de la production d’air chaud. La tour à vent du vignoble Mauxion a permis de couvrir 8 à 9 ha lors de gels jusqu’à – 2 °C et seulement 5 à 6 ha quand les températures descendent en dessous – 4 °C.

 

 

40 000 € d’investissement et trois récoltes sauvées en 15 ans

 

      L’acquisition par M. & A Mauxion de la tour à vent en 2003 a coûté 40 000 € et depuis son installation, ils ont préservé au moins trois récoltes sur une surface moyenne de 6 à 8 ha. Les deux viticulteurs considèrent cet investissement comme très rentable : « Aussitôt l’éolienne installée, il n’y a pas eu de gelée pendant 5 à 6 ans mais depuis 2010, nous avons été touchés trois fois, en 2014, 2 016 et 2 017. Les charges de production actuelles ne permettent plus de supporter trois années de petites récoltes. En 2016, on a réussi à protéger 9 à 10 ha car le gel s’était produit sans aucune présence de vent et les températures n’étaient descendues qu’à – 2 à – 3 °C. Cette année, nous avons mis en route la tour quatre matinées de suite les 26, 27, 28 et 29 avril. Les niveaux de températures de gel étaient plus bas, de l’ordre de -4 °C et nous avons protégé presque totalement 6 à 7 ha. Le retour sur investissement de l’éolienne a été payé dès la première année de gel et notre seul regret est de n’avoir pas pu protéger l’ensemble de la parcelle de 11 ha. D’ailleurs, nous réfléchissons à l’acquisition d’un deuxième équipement dans cette zone très gélive ».

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