La CUMA Protecgel : 10 ans de recul avec des tours à vent

29 juin 2017

Le vignoble de la commune de Noyers- sur-Cher dans le Loir et Cher qui est très sensible aux gelées de printemps depuis de nombreuses décennies, est devenu un site pilote de protection contre le gel avec des tours à vents fixes. L’initiative de 3 ou 4 vignerons soucieux de préserver leurs productions après plusieurs années de gel successives à la fin des années 2000 a débouché sur la mise en place d’une démarche de protection collective.

 

Dans ce vignoble du centre Loire, la présence d’exploitations viticoles très morcelées avec beaucoup de petites parcelles 0,5 à 2 ha maximum (appartenant à différents propriétaires) semblait peu propice à la mise en œuvre d’actions collectives mais le sujet gel a « cimenté » l’entente entre un petit groupe de vignerons. Ils ont décidé de monter en 2004 une première tour à vent fixe pour « voir ». Dès l’année suivante, l’efficacité du matériel a été démontrée avec petite dizaine d’hectares totalement sauvée du gel. Les vignerons ont donc décidé d’aller plus loin  en implantant progressivement un réseau de tours à vent dans toutes les zones sensibles de Noyers-sur Cher et de Chatillon-sur-Cher.


Une première tour installée en 2004 et aujourd’hui le site comprend 17 équipements

 

      L’idée de créer un Cuma pour gérer le financement, l’implantation et l’utilisation des tours à vent s’est rapidement imposée d’autant qu’une structure commune permettait d’obtenir des aides de la région Centre Val de Loire pour financer ces équipements. La Cuma Protecgel a vu le jour à la fin des années 2000 et un réseau de 17 tours à vent a été installé dans les deux communes. Dominique Girault, le président de la Cuma et Pascal Gibault, l’un des vignerons adhérents se félicitent d’avoir pu mener à bien un tel projet : « La fréquence des sinistres de gel dans notre commune déstabilisait l’économie et les réseaux commerciaux de nos propriétés même si certains d’entre nous avaient contracté des assurances. Lorsqu’au début des années 2000, on a vu fonctionner les premières éoliennes dans des vergers, on s’est dit que ce genre d’équipements pouvait convenir à la situation de notre vignoble. L’initiative a été portée au départ par 3 ou 4 vignerons et très vite, nos collègues ont compris que ces équipements s’avéraient efficaces. Aujourd’hui la Cuma qui a pris une dimension départementale, gère un parc de 40 tours à vent dans tout le Loir et Cher. Dans nos deux communes de Noyers-sur-Cher et de Châtillon-sur-Cher, un réseau de 17 tours à vent protège aujourd’hui de 250 à 300 ha de vignes. Leur implantation au sein d’un territoire concomitant crée un phénomène de brassage d’air puissant et nettement plus efficace que celui d’une éolienne isolée ».

 

Déclencher le brassage d’air suffisamment tôt avant le lever du jour

 

      Les investissements dans les infrastructures antigel de la Cuma ont bénéficié au départ d’aides de la région de 40 % qui sont aujourd’hui réduites à 35 % d’une valeur de base de 35 000 € par éolienne. Les deux ou trois premières tours qui ont été installées étaient équipées de générateurs d’air chaud avec des moteurs diesel puissants qui ont malheureusement fait l’objet d’actes de vandalisme. Les nouvelles tours à vent fixes fonctionnent toutes avec des moteurs au gaz et possèdent des systèmes de mise en route automatiques pilotés à partir d’une sonde de température. Les vignerons de Noyers-sur-Cher ont acquis depuis 10 un vécu de l’utilisation des tours à vent. Dans leur secteur très gélif, ils déclenchent la mise en route des tours à partir d’une température de + 1,8 °C pour bien assécher l’atmosphère et créer une ventilation efficace l’air avant le lever du jour. Les tours fonctionnement en général 6 à 7 heures par matinée de gel. Elles donnent d’excellents résultats jusqu’à des températures de – 4 °C. En dessous ce niveau de températures, leur aire d’efficacité se réduit. La protection n’est plus efficace en dessous – 6 °C, mais de tels niveaux de gel sont rares chez nous. Les jours de gelée, les vignerons implantent dans les parcelles une petite dizaine de bougies de paraffine en périphérie des zones d’action de chaque tour pour renforcer l’efet de réchauffement par le brassage d’air.

 

Des niveaux de charges comparables au coût de la protection phytosanitaire

 

       D Girault considère que l’utilisation des tours a permis aux viticulteurs de sa commune de sauver de nombreuses récoltes et aujourd’hui, le coût de ces équipements n’est plus un sujet de débat : « L’investissement proche de 45 000 € dans chaque machine a été très vite amorti. La préservation d’une seule récolte sur 6 à 10 ha engendre déjà un retour sur investissement important et dans notre secteur, les sinistres de gel se produisent trois années sur 10. En 2016, les tours ont fonctionné 9 matinées et nous avons sauvé une grande partie de nos récoltes. En 2017, durant le mois d’avril, nous avons déclenché la protection durant 8 matinées en avril et  les dégâts sont très limités. Le coût de notre réseau de 17 tours à vent n’est pas un sujet de débat. Beaucoup d’entre nous l’ont intégré comme un poste de charge permanent et au final pas plus important que la protection phytosanitaire. En effet, l’amortissement de l’ensemble du matériel est de 450 €/an pendant les 10 premières années d’utilisation et les coûts de fonctionnement varient entre 100 et 250 € en fonction du nombre de jours de gel. En 2016 et 2017, elles sont élevées mais nous avons sauvé nos récoltes ».

                                        

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