Affectation préalable des surfaces

20 mai 2010

Cela faisait tellement longtemps que l’on en parlait que c’était presque devenu une chimère. Surtout qu’année après année, la région prenait des petits accommodements avec le ciel pour que l’affectation colle à la récolte. L’affectation existait bien sur le papier mais elle était indolore. Et puis, en ce printemps 2010, la voici qui pointe son nez, pour de vrai. Cette fois-ci, on entre dans le vif du sujet. Il va falloir dire, avant le
30 juin 2010, quelles destinations donner à sa prochaine récolte : tant d’ha au Cognac, tant d’ha aux « Autres débouchés », Vins de pays, Pineau… Le juge de paix, ce sera la récolte elle-même et la réalité des marchés au 25 novembre, date de la déclaration de récolte. On saura alors si l’on s’est « loupé » ou pas.

Avec l’affectation préalable des surfaces, la région est rattrapée par le système qu’elle a souhaité mettre en place, ou qui s’est imposé à elle pour sauver la double fin (pouvoir faire autre chose à côté du Cognac). Le prix à payer ! Une certaine anticipation de marché. Dans une région habituée à faire feu de tout bois, où l’adaptation aux circonstances est érigée en religion, on comprendra qu’il s’agisse d’une véritable révolution copernicienne.

Je ne sais pas trop », « je m’interroge », « c’est compliqué »… A écouter les viticulteurs, l’enthousiasme n’est pas au rendez-vous, c’est le moins que l’on puisse dire. Ce serait plutôt « mater dolorosa ». Doute et questionnement dominent. L’affectation préalable suscite même de la colère rentrée – « si on est obligé d’affecter, il faudra bien le faire mais je trouve ça aberrant, dangereux ! » Principale raison invoquée : les nombreux points d’incertitudes qui persistent à cette période de l’année – « on ne connaît pas la récolte, on ne connaît pas les prévisions d’achat du négoce ni les prix ». Pour ceux très engagés contractuellement, le problème est sans doute moins prégnant. Ils ont tout affecté au Cognac l’an dernier et il n’y a pas de raisons objectives qu’ils n’en fassent pas de même cette année. Beaucoup ont l’honnêteté de le reconnaître. « Nous ne disposons pas d’une grosse marge de manœuvre, surtout avec les rendements qui ont tendance à baisser. » Non, les vrais cas de conscience se poseront chez ceux qui ne jouissent pas d’un très bon accès au Cognac. Quelle décision prendre ? dilemme cornélien. Aller vers les « autres débouchés » ! Oui mais que faire si la récolte se soldait par des petits degrés ? On sait que les 8 / 9 % vol. ne sont guère prisés par la filière vins ou alors à des prix « au ras des pâquerettes ». Ceci dit, la grosse question reste quand même l’accès au marché du Cognac et les intentions du négoce à l’égard de ses livreurs. « Tout le monde nous assure que nous aurons la bonne information au bon moment » veulent se rassurer les professionnels. Mais chat échaudé craint l’eau froide. Non seulement la communication « en temps et en heure » n’est pas acquise ou alors le « 15 juin pour le 30 », mais les opérateurs se souviennent encore de certaines « rallonges » accordées après le 26 novembre 2009. Dommage pour ceux qui avaient affecté aux vins de table. Que peut-il en être avec une affectation au 30 juin, sans parler d’un accident climatique comme la grêle, toujours possible et qui changerait la donne ? Ainsi, aujourd’hui, l’idée la plus largement répandue consiste à dire que la viticulture « va jouer la sécurité en affectant principalement au Cognac ». Au petit jeu des pronostics, certains se hasardent même à avancer des chiffres. « Par rapport à la dernière récolte, nous pourrions perdre un tiers à la moitié des ha affectés aux “autres débouchés”. » La filière vin, elle, garde le cap et « veut y croire ». Lors de la dernière réunion du CIMVC (Conseil interprofessionnel des moûts et vins des Charentes), a encore été confirmé le chiffre de 1,350 million d’hl vol. Des viticulteurs assurent quant à eux qu’ils ne se détourneront pas de la diversification des débouchés. « Si j’avais joué “petit bras” l’an dernier, je n’aurais affecté que 500/600 hl vol. Je me serais donc trompé de 700/800 hl puisque, au final, j’ai affecté 1 400 hl de vin. » Le même viticulteur, installé en Fins Bois et Bons Bois mais aussi entrepreneur de travaux agricoles, remarque que les viticulteurs « frileux » – comprendre dans sa bouche ceux qui en sont restés au Cognac – viennent juste de lui régler ses vendanges. « Ils sont en proie à de lourds problèmes de trésorerie. » Pour beaucoup, le véritable danger de l’affectation préalable consiste à être moins réactif sur les marchés, à perdre de la souplesse. « Cela ne nous aidera pas à optimiser la récolte. L’embêtant, c’est qu’à chaque fois, les viticulteurs y laissent quelques milliers d’e. » Heureusement pour la région, les sorties de Cognac retrouvent de la consistance. Sans être euphorique, le marché n’est pas à genou. « Si les ventes continuent d’évoluer comme aujourd’hui, le schéma Cognac ne devrait pas trop mal se passer. » Même optimisme mesuré en ce qui concerne le renouvellement des contrats. « Cela devrait le faire. »

Concrètement, comment va fonctionner la déclaration préalable d’affectation ? Avant le 30 juin, les viticulteurs devront remplir le document d’affectation ; un document qui ressemblera à s’y méprendre à la déclaration de récolte, sauf qu’il n’y aura pas de colonnes pour les volumes. Lors de la déclaration de récolte proprement dite, au 25 novembre, les producteurs recevront un document prérempli au niveau des surfaces. Ne restera plus alors qu’à remplir la colonne volume. Toutefois, des changements d’affectation seront toujours possibles, avec les conséquences qui en découlent (repli au rendement initial).

Libération des droits de plantation : une actualité mouvante

Quand Pascal Bobiller-Monnot, le directeur de la CNAOC, affirme qu’il s’agit d’un dossier « très technique, très compliqué », on le croit sur parole. Et les dernières évolutions en date ne sont pas là pour prouver le contraire, même si la thèse du maintien des droits de plantation se trouve renforcée. Car, à un mois d’intervalle, deux déclarations importantes sont venues apporter de l’eau au moulin des droits de plantation. Elles émanent de deux personnalités de poids puisqu’il s’agit d’Angela Merkel, la chancelière allemande et de Bruno Le Maire, le ministre français de l’Agriculture. Hasard ou imprégnation ! En tout cas l’un et l’autre ont dit en substance la même chose : « Hors de question de libéraliser les droits de plantation. » Pour Angela Merkel, c’était le 24 mars dernier à Intervitis, le Salon allemand des vins, et, pour Bruno Le Maire, 17 avril, à l’occasion du concours des Grands vins de France de Mâcon. Face à de telles déclarations, le secteur viticole n’a pas boudé son plaisir. Ceci dit, des questions se posent. En parlant de tous les vins et non des seuls vins de qualité, les politiques ne sont-ils pas en train de brouiller la stratégie mise sur pied par la communauté viticole et relayée par l’Efow (European Federation of Origine Wines). Cette stratégie s’inspirait directement de celle du « cheval de Troie ». L’idée ? Inscrire « par la bande » le maintien des droits de plantation parmi les instruments de régulation de la qualité, eux-mêmes justifiés par la réforme « horizontale » de la politique de la qualité au niveau européen. Aujourd’hui, en revient-on à un débat plus typiquement OCM vin ? Si oui, les professionnels savent qu’ils ne pourront pas se contenter de propos rassurants, même venant de politiques de haut vol. « Il va falloir dégager une majorité en faveur des droits de plantation et donc faire preuve de lobbying auprès des autres pays membres. » Un grand pays viticole comme la France, surtout allié à l’Allemagne, est certes en mesure de le faire mais en aura-t-il la volonté, quand on connaît le niveau de mobilisation de Bruno Le Maire en faveur du lait ? Ou alors il faudra que le ministre mette du lait dans son vin. Dans tous les cas de figure, la filière vin recommande « de ne pas relâcher la pression ».

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