Désarroi, cohésion et moralité

20 juin 2018

« La vigne ne flatte qu’une fois » disaient les anciens… En 2018, les viticulteurs et acteurs de la région se seraient bien passés d’avoir à vérifier de visu la sévérité de ce dicton. Cette impitoyable vague d’orages ultra violents qui a traversé le vignoble en cette fin de printemps est porteuse de tellement de désarroi ! La Grêle d’abord s’est abattu à plusieurs reprises et avec une violence inouïe sur les vignes et les cultures, réduisant à néant ou presque le potentiel de production qui s’annonçait très prometteur. Comme si cela ne suffisait pas, les conditions exceptionnellement humides et chaudes deviennent aujourd’hui le terrain idéal pour le développement du Mildiou. On constate une véritable explosion du parasite dans les rangs témoins et l’intervention urgente que justifiaient certaines parcelles est parfois compromise par des abats d’eau encore tombés ces derniers jours.

L’économie du Cognac repose sur un modèle industriel, certes, mais il est sujet à des contraintes agricoles et ces derniers temps, la nature est venue cruellement rappeler l’ordre des choses.

Après l’amertume des constats à chaud vient le temps de la réflexion constructive. Comment surmonter cet aléa et organiser la résilience des entreprises touchées ? Comment lutter plus efficacement contre ces fléaux toujours plus violents et récurrents ? Comment ne pas en subir les conséquences à moyen terme sur l’équilibre économique de la filière toute entière ? Chacun en va de ses idées et de ses propositions. Quelles que soient les réponses, elles ont toujours un dénominateur commun : le collectif.

Car c’est précisément ce collectif qui permettra aux sinistrés, via la solidarité et les assurances de se remettre à flot. C’est aussi le collectif qui permettra d’organiser sur le territoire un moyen de lutte contre la grêle à la hauteur de l’enjeu en dotant les associations de moyens suffisants. Enfin, seule la raison collective pourra limiter les risques de spéculation sur le prix des eaux de vie, protégeant ainsi les petites sociétés de négoce et leurs débouchés multiples.

Dans le paquebot Cognac, chacun a son rôle et la cohésion est une vertu précieuse pour tenir la cadence et le cap. A contrario, les excès et l’individualisme de quelques-uns peuvent nuire au collectif à moyen ou long terme en raison de l’inertie du bâtiment.

 

Excès et individualisme. Voilà deux termes qui caractérisent l’attitude des vautours Charentais. Ces derniers ont attaqué FranceAgriMer le 30 mai dernier au tribunal administratif au motif que l’administration refusait de leur délivrer des autorisations de replantation de vignes achetées en dehors de la zone du Cognac. Si le tribunal suit le plaidoyer du rapporteur public, les vautours sortiront vainqueurs de ce jugement et pourront librement planter les 48 hectares correspondants. Mais tout ceci est-il bien moral ? Pas le fait que la justice leur donne raison car celle-ci juge des faits selon la loi et n’y peut rien si la loi est mal faite ! Non, le problème est sur le fond du dossier. N’est-il pas profondément immoral de la part de quelques viticulteurs qui tirent au quotidien les bienfaits d’une organisation collective (l’AOC Cognac) de décider de contourner les règles de cette organisation collégiale pensée dans l’intérêt de tous ?

 

La région se fixe des objectif de croissance très ambitieux et pour y parvenir, elle devra être unie et jouer collectif, c’est un fait ! Mais la grêle du mois de mai vient aujourd’hui fissurer ce désir d’unité du « team Cognac ». Les débats en cours pour fixer le niveau de rendement annuel pour la prochaine récolte en attestent.

D’un côté, les besoins annoncés par le négoce sont grands, pour ne pas dire énormes. De l’autre, il y a la viticulture dont la dispersion des rendements s’annonce on ne peut plus éclatée : Certaines exploitations vont probablement afficher des récoltes records et d’autres ne sortiront même pas leur machine à vendanger. Suite à l’épisode de grêle, le préfet de région est venu au chevet de la filière et a organisé la mise en place d’un dispositif d’achat de vendange fraîche et de moûts entre exploitants. Mais à quoi cela pourrait-il bien servir si le rendement annuel est déplafonné à 13, 14 ou même 16 hl ap/ha ?

Dans l’hypothèse d’un rendement fort, le négoce disposera, certes, d’un peu plus de volumes à commercialiser sur cette récolte. Mais l’écart entre les exploitations robustes et les malchanceuses affectées par le gel et la grêle des années passées va se creuser. Ces dernières vont continuer de se fragiliser et auront donc des difficultés à assumer leurs investissements, la croissance de leur vignoble et leur productivité sur plusieurs campagnes. Le « collectif Cognac » y sera-t-il gagnant sur le long terme ? Du côté des exploitations plus chanceuses, il y aurait l’opportunité de faire un très beau résultat en profitant d’un marché porteur en partie lié au déficit de production de leurs voisins sinistrés. Mais est-ce bien satisfaisant sur le plan moral ?

Dans l’hypothèse d’un rendement plus raisonnable, les réserves climatiques vont se reconstituer ce qui sécurisera l’approvisionnement sur les récoltes à venir. Côté viticulteur, peut-être y aura-t-il aussi quelques opportunités d’achats de vendanges et de moûts qui permettront aux plus sinistrés de passer le cap en profitant des prix en cours de revalorisation…

 

Parfois les décisions collectives sont difficiles à prendre… Mais lorsqu’elles font preuve d’éthique et de moralité, l’unité s’en trouve durablement consolidée.

 

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