2015 : Un millésime de patience et de réactivité

29 septembre 2015

Le vignoble de Cognac a bénéficié d’un climat plutôt doux et en phase avec les standards charentais, ce qui augure d’un contexte assez favorable pour la future récolte. Les volumes s’annoncent généreux et l’équilibre qualitatif des raisins semble plutôt propice à l’élaboration de belles eaux-de-vie.

Le cycle végétatif s’est déroulé sans séquences climatiques véritablement excessives du débourrement à la récolte. Les bourgeons ont éclos à des dates normales et avec un gradient de précocité conforme aux différences de nature des sols et aux effets des microclimats des divers secteurs géographiques de la région délimitée. La croissance végétative a ensuite évolué normalement sans réellement être confrontée à des situations de stress hydrique durables ou à de périodes de pluies prolongées.

Néanmoins, la conduite du vignoble a nécessité une grande attention car une série d’événements a eu des conséquences. Au niveau du parasitisme, un retour surprenant du black-rot en début de saison, un mildiou localement agressif dans les secteurs précoces et de l’oïdium en cours d’été ont affecté les feuilles et les grappes. L’abondance des pluies en début de floraison a amplifié l’hétérogénéité des jeunes grappes entre les différents terroirs et créer aussi des conditions propices à la chlorose. Le climat normal du cœur de l’été n’a pas été suffisant pour atténuer l’hétérogénéité observée au moment de la floraison.

Deux événements climatiques très localisés d’une intensité exceptionnelle se sont produits à quelques jours des vendanges dans la région. Une première tornade a eu lieu le 13 septembre en plein cœur de l’après-midi entre Saint-Ciers-sur-Gironde et Mirambeau. Quelques jours plus tard, le 16 septembre, une deuxième tornade a littéralement dévasté un vaste secteur couvrant Chaniers, La Chapelle-des-Pots, Migron, Mons, Thors, Sonnac, Massac, Beauvais-sur-Matha et allant jusqu’à Saint-Fraigne. Les vents très violents (entre 150 et 200 km/h) ont occa-sionné des dégâts spectaculaires au niveau des habitations, des bâtiments agricoles, des vignes et des cultures.

La véraison a été très étalée en raison d’une part de l’hétérogénéité de stade des grappes et d’autre part du climat d’août moyennement chaud et bien arrosé. La maturation s’est engagée avec une progressivité toute charentaise et son évolution jusqu’à la mi-septembre a été régulière. Ce contexte climatique régulier laissait augurer de bonnes choses sur le plan de la structure qualitative des raisins qui se concentrait bien sur le plan aromatique. L’épisode pluvieux abondant (60 à 100 mm) du 14 au 19 septembre est venu perturber ces conditions de maturation idéales. L’importance des pluies a affecté de manière diverse le comportement des vignes. Les effets précocité, nature des sols et l’entretien agronomique ont joué à plein soit en minimisant des pluies, soit en les amplifiant.

La conséquence bénéfique des pluies a été de favoriser une augmentation du poids des grappes et des rendements dont la moyenne régionale devrait dépasser la barre des 120 hl/ha. Par contre, l’inquiétude concerne la tenue de l’état sanitaire et l’évolution du potentiel de maturité. Le gonflement rapide des baies les rend sensibles à des phénomènes de rupture des pellicules ou de détachement des pédicelles des rafles qui sont propices au développement du botrytis. Ensuite, l’apport d’eau important engendre un effet de dilution au sein de la pulpe des baies qui a eu des conséquences sur la fin du processus de maturité des raisins Cognac. L’équilibre des teneurs en sucres, les niveaux d’acidité et le potentiel aromatique ont été modifiés. Le TAV potentiel a subi l’effet de dilution, l’acidité des moûts a chuté plus rapidement et risque d’atteindre des niveaux bas rendant la stabilité biologique ultérieure des vins de distillation plus délicate. Enfin, la concentration aromatique, qui s’annonçait intéressante, a sûrement aussi été diluée.

Les pluies n’ont pas atténué les différences de maturité entre les îlots parcellaires. Les terroirs précoces ont conservé leur avance et les zones tardives accusent toujours un net retard. Récolter à sous-maturité engendre des risques qualitatifs connus qui sont impossibles à « gommer » au cours de la vinification et de la distillation. Récolter des raisins sains présentant un équilibre sucre/acidité suffisant représente aussi un challenge qualitatif important. Les notions de maturité technologiques et aromatiques des raisins Cognac font la qualité des eaux-de-vie et l’optimisation de la date de vendange devrait permettre cette année d’arriver à concilier ces enjeux.

2015 est un millésime où les effets nature des sols, exposition, microclimats, conduite du vignoble et charge de récolte ont une importance déterminante sur le potentiel de qualité des raisins. Les parcelles les plus précoces et peu chargées ont pu se récolter à partir des 22-23 septembre alors que la majorité des autres secteurs moyennement tardifs et très tardifs peuvent encore se bonifier si le beau temps se poursuit. L’élément clé de l’année sera la tenue de l’état sanitaire des raisins qui va être directement liée au climat des 8 à 10 jours à venir. Le botrytis est bloqué en dessous de 13 à 14 °C et fait de gros ravages au-delà 22 °C. 2015 est un millésime qui va demander du sens de l’observation, de la patience et de la réactivité pour cueillir les raisins au moment opportun et réussir les vinifications.

 

 

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