L’Horizon s’éclaircit

28 février 2009

Le ciel se dégage sur la coopérative Viti-Oléron. La facture qui plombait ses comptes depuis le début des années 90 est en passe de se résorber. Une fois la dette apurée, la restructuration en marche depuis plusieurs années va lui permettre de rebondir pour investir dans son développement. Le « Soleil d’Oléron » fêtera son soixantième anniversaire en 2006. Un anniversaire de bon augure.

 

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A gauche sur la photo, Louis Auvray.

C’est une certaine image de stabilité recouvrée que la cave a adressée à ses adhérents et aux personnalités présentes lors de son AG du 28 février. Le cadre s’y prêtait, la belle salle du château de Bonnemie à Saint-Pierre-d’Oléron. Manifestement, la cave est sur les starting-blocks, n’attendant que le moment d’investir sur l’avenir. « Nous serions tentés d’aller plus vite, a confirmé Louis Auvray, président de la coopérative. Cependant, pendant deux ou trois ans encore, il nous faudra sans doute différer nos dépenses ou le faire sous couvert d’autofinancement. Car il nous reste encore des sommes à rembourser et nous devons offrir un revenu décent à nos adhérents. En permanence, la cave doit concilier ces différents objectifs. » « Nous pouvons couvrir notre reliquat de dette en trois ans, a-t-il poursuivi, mais procéderons-nous de la sorte ? Ce sera au conseil d’administration, voire à l’assemblée, de décider et j’espère que les jeunes s’impliqueront. Dans les années qui viennent, nous allons devoir prendre des décisions lourdes de conséquences pour le moyen terme. J’estime que ce n’est pas à ceux qui partent de décider pour ceux qui paient. » En disant cela, Louis Auvray pensait sans doute au « trauma » de la coopérative, ces années folles du début 90 qui s’étaient traduites par une flambée de la rémunération des apports, avant que des adhérents se retirent de la coopération, laissant aux autres le soin d’éponger une dette qui n’était plus en rapport avec les surfaces. D’où la réflexion tout à trac du président : « Suite à cela, nous avons dû nous serrer la ceinture de trois crans. Il y a des choses qui se digèrent mal ! Depuis dix ans, les vignerons coopérateurs ont dû puiser dans leurs réserves ou exercer une autre activité pour entretenir leur patrimoine viticole. »

un schéma directeur

Mais le passé est le passé et la coopérative a trouvé l’énergie de rebondir. Ainsi, c’est du futur dont il fut principalement question à l’assemblée générale. Devant l’ampleur et la complexité des chantiers, la coopérative a missionné un cabinet spécialisé pour établir un schéma directeur d’investissements. Pour financer les travaux urgents – pré-traitement des effluents et cuverie – un terrain va être vendu derrière le chai de Bonnemie à Saint-Pierre-d’Oléron. A terme, le magasin sera sans doute étendu afin de le rendre plus performant, compte tenu de son caractère stratégique en terme de valeur ajoutée. Par ailleurs, face à la concurrence qui se développe et s’organise dans l’île, une attachée commerciale a été recrutée pour renforcer les liens avec les magasins, restaurants et autres campings. Les premiers résultats se vérifient déjà. La cave a acquis un camion de livraison mieux adapté à la circulation de plus en plus dense de l’île ainsi qu’à l’exigence des clients.

Mais la priorité des priorités concerne sans doute l’investissement humain. Avec la collecte de « seulement » 350 ha, la coopérative est bien consciente des risques que lui ferait courir une érosion du vignoble. C’est pour cela qu’elle s’est lancée dans une politique pro-active de recrutement de jeunes adhérents. Une commission foncière a été constituée à cet effet. Sa mission ? Répertorier les vignes qui deviennent disponibles et favoriser l’installation de nouvelles « pousses ». Viti-Oléron a accueilli une nouvelle recrue en 2005 et espère l’installation de trois jeunes courant 2006. Anticiper le cycle de départs lui semble la seule attitude à tenir. « Une transmission d’exploitation ne se décide pas la veille pour le lendemain mais se prépare un ou deux ans à l’avance. » La grille de paiement a fait l’objet d’une refonte sur la récolte 2004 dans une optique bien évidemment qualitative. « La coopérative et les viticulteurs doivent rester vigilants sur la qualité et réactifs par rapport au marché. L’obtention de la certification Agri-Confiance est un premier pas vers l’avenir » a noté le directeur Bruno Delage. La coopérative a profité de l’embellie sur le Cognac pour augmenter ses stocks d’eaux-de-vie en 2004 et 2005. « C’est grâce à cette “épargne” que nous allons pouvoir retrouver une indépendance financière et une dynamique d’investissement » a confirmé Louis Auvray. La coopérative s’est-elle délestée trop tôt d’une partie de ses stocks, alors que les cours étaient au plus bas ? Cette question quasi existentielle – qui se pose à tout bouilleur de cru – nourrit sinon une polémique du moins un doute. Le président de Viti-Oléron s’est interrogé tout haut : « Est-ce un manque d’appréciation qui nous a fait vendre trop vite pour rembourser un warrant ? » « Votre conseil a pris une sage décision qui a fait redescendre la charge de la dette » a rassuré le représentant du Crédit agricole.

Dans sa conclusion, le président de la coopérative a fait part d’une autre inquiétude, celle afférente à la spéculation immobilière qui sévit sur l’île d’Oléron comme sur l’île de Ré voisine. « Nous entrons dans une période de changements et de turbulences. Rien n’est simple en matière foncière. Si notre île est un “joyau”, pensons à l’entretenir et à la protéger. C’est dommage qu’il n’y est pas plus d’élus pour nous entendre. » Après avoir écouté la présentation de Benoît Stenne, du SGV, sur le projet de réforme du décret INAO Cognac, des viticulteurs oléronnais ont émis la proposition suivante : rebaptiser le Cognac de Bois Ordinaires en « Cognac des Iles ». Une appellation nettement plus poétique.

 

Les résultats de la coopérative

En 2004, les surfaces apportées à la coopérative furent de 350 ha, dont 267 ha d’Ugni blanc, 10 ha de Colombard, 13 ha de Sauvignon, 40 ha de Merlot, 19 ha de Cabernet. Quelques nouvelles plantations de cépages améliorateurs ont eu lieu en 2004 et 2005. Dès 2007, des adhérents envisagent de planter du Chardonnay. Lors des vendanges 2004, la cave a réceptionné 2 200 hl vol. de moûts Pineau. Elle a élaboré 3 600 hl vol. de vins de pays dans les trois couleurs, blanc, rouge, rosé. Le Sauvignon notamment affiche une progression intéressante. Les ventes de produits conditionnés (Pineau vrac et produits embouteillés) ont occasionné 77 % du chiffre d’affaires de la coopérative sur l’exercice 2004-2005. La moitié des produits conditionnés de Viti-Oléron a été vendue par la grande distribution. Le magasin de la cave a quant à lui écoulé 30 % des produits embouteillés. Concernant les vins de pays en bouteilles et bag in box, leurs ventes ont progressé de 13,26 % par rapport à l’année précédente et de 49 % depuis 4 ans. A noter que les volumes écoulés en bag in box ont été multipliés par 7 en quatre ans contre un coefficient multiplicateur de 1,8 pour les bouteilles sur la même période. Les ventes de Pineau ont progressé de 4 % en un an et de 5,48 % en cumul sur 4 ans. Progressivement, la cave entend affecter la majeure partie de sa production de Pineau à la vente en bouteilles.

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