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Syndicat des producteurs, les conditions d’un dialogue équilibré

4 janvier 2009

Le 11 avril dernier, naissait le Syndicat des producteurs de vins de pays charentais et Henri Jammet fut porté à sa tête. L’occasion de revisiter avec le président de la coopérative de Saint-Sornin les fondamentaux d’un syndicat de producteurs, un syndicat chargé d’accompagner les ha qui arrivent sur le marché. Réflexion d’un observateur : « et si, pour une fois en Charentes, on ne marchait pas à l’envers ! »

henri_jammet.jpg « Revue Le Paysan » – Pourquoi un Syndicat des producteurs de vins de pays charentais ?

Henri Jammet – Dans un marché déjà occupé par d’autres, le vin de pays charentais va devoir faire ses preuves. Moi, je fais le pari que l’on y arrivera si l’on sait travailler et si l’on sait s’organiser. C’est tout le sens de mon engagement et rien d’autre. Si dans les deux-trois ans qui viennent, nous sommes capables de mettre en place une organisation représentative, cette organisation se révélera payante. La réussite de la reconversion passe par là.

« R.L.P. » – Mais encore ?

H.J. – L’idée de base est de dire que la reconversion du vignoble Cognac vers des vins de pays ne peut fonctionner que si le Cognac y trouve son compte mais si les producteurs de vins de pays y trouvent également le leur. Les choses ne sont pas gagnées d’avance mais pas perdues non plus. Je suis convaincu que le débat sur la commercialisation des vins de pays charentais va s’enclencher très vite, dès l’arrivée en production des hectares supplémentaires. Il faudra dès ce moment-là que les conditions d’un dialogue équilibré soit posées, aussi bien à l’intérieur du petit monde des vins de pays charentais qu’à l’extérieur, que les interlocuteurs s’appellent Cognac, Pineau, ONIVINS, Confédération nationale des vins de pays… Le vin de pays charentais a des lettres de noblesse à gagner, des liens à établir. Ce sera d’autant plus facile que le syndicat aura une vraie légitimité. Et cette légitimité ne lui viendra que par l’adhésion de nombreux producteurs, adhésion prise au sens fort du terme.

« R.L.P. » – La création d’un syndicat de producteurs manifeste-t-elle une certaine déficience à l’égard du négoce ?

H.J. – Je ne souhaite surtout pas que cette démarche prête le flanc à une telle interprétation et je sais que le négoce lui-même ne l’interprète pas ainsi. La pire des choses serait d’arriver à une suprématie de l’un ou de l’autre : suprématie des producteurs qui n’auraient peut-être pas toutes les armes qu’il faut pour assurer la commercialisation ou suprématie du négoce qui ne disposerait peut-être pas de tous les ressorts pour que les producteurs vivent correctement de leur métier. Par contre, une représentativité réelle de l’ensemble des interlocuteurs est saine pour tout le monde. Elle n’empêche d’ailleurs pas des discussions animées mais favorise l’émergence d’un rapport de force équilibré, au-delà des intérêts de Pierre, Paul ou Jacques.

« R.L.P. » – Ce rapport de force existe déjà aujourd’hui.

H.J. – Oui et il est plutôt bon. Au niveau des forces en présence, la coopération représente peut-être 60 % de la commercialisation des vins de pays charentais. Vendeurs directs et commerce se partagent le reste, en sachant qu’à l’intérieur des coopératives, des négociants interviennent dans la commercialisation.

« R.L.P. » – Derrière le syndicat, voyez-vous se profiler une interprofession des vins de pays charentais ?

H.J. – Il est encore trop tôt pour en parler mais nous avons tous dans la tête un schéma très simple : une organisation des producteurs pour faire valoir les droits de ces derniers ; une organisation du négoce et un syndicat du même nom, si telle est la volonté des négociants ; et une structure qui rassemblerait tout le monde, pour prendre des décisions intéressant tous les opérateurs.

« R.L.P. » – Quel devenir pour le comité de diversification ?

H.J. – Cette structure tire sa justification de la collecte de fonds pour promouvoir l’idée des vins de pays charentais auprès des professionnels. Dès lors que les campagnes de plantations arriveront à leur terme, l’existence de cette structure sera forcément remise en cause. Il s’agit de bien déterminer le rôle de chacun et il n’est pas utile non plus d’empiler les instances de décision, au risque de ne plus arriver à prendre de décisions.

« R.L.P. » – Et si l’on revient au syndicat des producteurs.

H.J. – Pour l’instant, c’est là notre priorité. Nous voulions surtout que les producteurs puissent prendre certaines choses en main comme les quantités produites, la qualité produite, l’évolution des quantités à produire. Les producteurs doivent être maîtres de ces paramètres.

« R.L.P. » – N’était-ce pas le cas jusqu’à présent ?

H.J. – Si, dans les faits mais il vaut toujours mieux qu’une organisation vienne encadrer l’existant. Jusqu’à présent, au sein du comité de promotion, tout était mélangé, négociants, producteurs, partie promotion, partie production. Même si les deux activités sont liées, il paraissait utile de faire le distinguo. C’était un minimum dont on pouvait difficilement faire l’économie.

« R.L.P. » – Comment s’est opérée la création du syndicat des producteurs ?

H.J. – Lors de la réunion constitutive du 11 avril, nous avions invité les membres du comité de promotion, ceux du comité professionnel de diversification ainsi que les viticulteurs qui s’étaient déplacés dans le Sud-Ouest. En tout, une bonne trentaine de viticulteurs. Dans un premier temps, il semblait important de mettre le syndicat sur les rails, en douceur. Il n’en reste pas moins que le syndicat n’aura de légitimité que s’il rencontre une forte représentativité des producteurs. C’est pourquoi nous allons envoyer un courrier aux 800 producteurs de vins de pays pour les informer de notre existence et provoquer un peu plus tard une sorte de grand-messe pour essayer de mieux sensibiliser les vignerons.

« R.L.P. » – Qui dit syndicat, dit membres du syndicat et donc adhésion. Qui pourra adhérer au Syndicat des producteurs de vins de pays charentais ?

H.J. – Pourront être membres tous ceux ayant revendiqué du vin de pays charentais sur leur déclaration de récolte. Ce critère de déclaration de récolte a été retenu comme le plus simple et le plus efficace. Par contre, pour être membre du conseil d’administration il faudra être producteur de manière régulière.

« R.L.P. » – Quand pourra-t-on adhérer ?

H.J. – L’appel de cotisation n’interviendra qu’en 2003 même si la mécanique commence à se mettre en place dès maintenant. Pour l’heure, rien ne change. C’est toujours le comité qui s’occupe des agréments même si, à terme, agrément et critères de production reviendront au syndicat, le comité de promotion se chargeant d’amplifier les actions de promotion. Mais on se donne une année pour préparer cette évolution en douceur, en plein accord entre les deux instances. C’est 2003 qui verra la répartition des fonctions entre syndicat et comité, l’aménagement budgétaire. La période charnière que nous vivons devrait nous y aider, avec la montée en puissance des agréments, en terme de cotisation comme de charge de travail et l’augmentation idoine du budget promotionnel. Surtout, je voudrais dire que chaque entité a son rôle, qu’elle est importante pour la filière et qu’il n’y a pas de parent pauvre là-dedans. Je suis bien placé pour le savoir. A Saint-Sornin, nous vérifions tous les jours l’importance des actions promotionnelles. Qui plus est, les mêmes hommes se retrouvent dans les deux structures. Roger Girard, président du comité de promotion, est l’un des deux vice-présidents du syndicat comme je suis l’un des deux vice-présidents du comité de promotion. C’est une volonté délibérée de notre part, pour bien montrer notre souhait de faire marcher ensemble les deux entités. La même logique nous a conduits à retenir, pour le syndicat, le même siège que celui du comité, au 23, allées du Champ-de-Mars.

« R.L.P. » – Vous insistez beaucoup sur la notion de « passage en douceur ».

H.J. – Le syndicat ne se construit pas sur du sable. Il n’arrive pas en plein désert. Voilà vingt ans que le vin de pays charentais existe et qu’il poursuit son bonhomme de chemin à l’ombre de bien plus grand que lui. Ainsi, allons-nous partir de l’existant pour aménager, transformer, faire évoluer, voire brusquer les choses, ce qui n’est pas antinomique. Il y a deux ou trois ans, je fis partie de ceux qui soulevèrent la question de la part de l’Ugni blanc dans les vins présentés à l’agrément. Je ne vois pas comment l’on peut travailler à l’équilibre d’une production si la production n’est pas stable dans le temps. Ainsi, en 2005 et les années suivantes, l’Ugni blanc ne devrait plus représenter que 50 % de l’encépagement des VPC, uniquement sur les vins soumis à agrément et non sur l’ensemble de l’exploitation. Nous allons faire en sorte que le décret entérine cette évolution. C’est du rôle du syndicat de producteurs de mieux verrouiller les conditions de production. Ainsi, la profession a-t-elle aussi la volonté d’inscrire dans le décret les cépages et la densité, densité de 4 000 pieds minimum pour un maximum d’écartement de 2,50 m.

« R.L.P. » – Avez-vous entamé le dialogue avec les autres syndicats ?

H.J. – Je sais que les familles du Pineau et du Cognac voient d’un bon œil la création d’un Syndicat des vins de pays mais il y aura des relations à établir. J’ai peut-être la fâcheuse habitude, du coin de ma fenêtre (Henri Jammet habite au village « la Fenêtre », commune de Saint-Sornin – NDLR), de ne pas prendre suffisamment en compte la problématique Pineau-Cognac. J’ai parfois du mal à faire le lien avec les autres produits. Mais si je ne le fais pas, d’autres collègues le feront à ma place, notamment au plan de la réglementation. Des producteurs plus au fait de la matière informeront régulièrement le syndicat des évolutions. Je pense déjà à certains noms. Je tiens beaucoup à ce fonctionnement démocratique. Je ne suis pas un homme clé au niveau du syndicat mais le porte-parole des décisions du conseil d’administration.

« R.L.P. » – Croyez-vous à l’expansion des vins de pays charentais ?

H.J. – C’est un peu la question piège. J’aurai envie d’y apporter une réponse en deux temps. La première part du besoin du Cognac de reconvertir, dans l’absolu, 20 000 ha. Cette reconversion n’est pas gagnée d’avance. Il faudra se donner les moyens de produire et surtout se doter des moyens de mettre en avant et de vendre cette production. Je dirai qu’au nouveau global le meilleur s’en sortira et que, malheureusement, cela se vérifiera aussi à l’échelon des entreprises. Dans cette course à l’excellence, j’inclus le syndicat. Si nous sommes meilleurs que le Syndicat des vins du Languedoc, la région ne s’en portera que mieux. Quand je dis « meilleur », je ne veux pas forcément dire « plus beau », « plus riche », mais présenter un bon rapport qualité/prix, innover, promouvoir, se fixer une politique et s’y tenir. A ces conditions et à ces conditions-là uniquement, nous pouvons essayer de relever le défi des 20 000 ha. L’autre réponse, je ne sais pas si je dois la faire mais oui, je comprends les gens qui hésitent. Je vous dis tout de suite que je ne fais pas partie de ceux-là. Si l’on est entrepreneur et que l’on veuille « foncer dans le tas », oui, il faut y aller mais si l’on a pas cette ambition, ce n’est pas la peine.

« R.L.P. » – En tant que président de la coopérative de Saint-Sornin, vous êtes en prise directe avec la commercialisation.

H.J. – Quand on est confronté à un marché, on en comprend les exigences. Je suis le premier à dire qu’il faut vendre cher. Tous les jours, je promets à mon commercial une prime s’il obtient de meilleurs prix. Mais le marché est segmenté. Ou l’on a une vision d’ensemble et l’on considère le marché dans ses différentes catégories ou l’on reste confidentiel. Dans ces conditions, ce ne sont pas 5 000 ha qu’il faut vouloir reconvertir.

« R.L.P. » – Quel est votre moteur, celui qui vous fait vous investir à la tête du syndicat ?

H.J. – Dans ma zone et sur mon exploitation, je ne vis que des vins de pays. J’ai 12 ha de vignes plantées en Merlot, Cabernet Franc, Cabernet Sauvignon et Gamay, et je n’ai jamais produit une goutte de raisin de table. C’est peut-être triviale comme raison mais il y a là une relation qui n’échappe à personne. Si j’ai une certaine légitimité, je pense qu’elle vient du fait que je suis plongé à fond dans les vins de pays charentais.

Syndicat des producteurs de Vins de pays Charentais

Conseil d’administration
Henri Jammet (Saint-Sornin)
Bernard Georgeon (ACV)
François Xavier Labrousse (Club Phénix)
Mme Magrenon (Coteaux de l’Angoumois)
Jean-François Rault (Coop. Vignerons Bio)
Guy Vidaud
Jean-Claude Courpron
Jean-Yves Marilleau (Siecq)
Yves Bouyer (Ré)
Caroline Quéré
Louis Auvray (Viti-Oléron)
Jean-Claude Ferchaud
Alain Robertière (Burie)
Eric Hauselmann
Jean-Pierre Mariau (CVS)
Jean-Claude Benassy
Bureau
Président : Henri Jammet
Vice-présidents : Roger Girard, Pascal Gonthier
Secrétaire : Jean-Claude Courpron
Trésorier : Guy Videau
Membre associé : Yves Bouyer

Composé de 18 membres, le conseil d’administration a tenté de respecter les équilibres 16-17 ainsi que la répartition entre caves particulières et caves.

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