Acteur du territoire

27 juin 2009

La coopérative Uniré a tenu sa première AG le 30 janvier 2009. Fruit du rapprochement de la Coopérative des vignerons, de la coopérative La Maraîchère et de l’activité appro., cette nouvelle entité « globale » colle bien aux attentes d’élus pour qui l’aménagement du territoire se trouve au centre des arbitrages. Mais qui dit coups de pouce de la collectivité dit aussi contraintes. Les agriculteurs rétais sont sommés d’exprimer leurs attentes… et de s’engager, en particulier sur le chapitre du développement durable.

 

ag_r_opt.jpegSi les élus rétais se sont toujours montrés attentifs au devenir de l’agriculture insulaire et donc, par extension, de celui de la coopérative, ils n’avaient jamais été aussi nombreux à se presser dans la salle des fêtes de Bois-Plage-en-Ré. Sauf erreur, le 30 janvier dernier, étaient présents pas moins de neuf maires sur dix. Autant dire un raz-de-marée. Une élection en vue ? A priori non. Par contre, le Scot (Schéma de cohérence territoriale), héritier des Schémas directeurs d’aménagement et d’urbanisme (SDAU) rentre en discussion fin mars. Ce document qui fixe les axes prioritaires dans tous les domaines – logement, transport, commerce, activités primaires… – devra être bouclé fin 2010. Autant dire que le temps des grandes manœuvres débute sur l’Ile, même si le terrain est largement déminé. Voilà fort longtemps en effet que l’île de Ré fait partie des territoires les mieux protégés de France. Le classement de ses espaces naturels ou agricoles, terrestres et maritimes, remonte à plusieurs décennies. Territoire fini, territoire fragile autant qu’à forte valeur touristique, on peut même dire que Ré l’insulaire a servi de laboratoire à la réglementation sur l’aménagement de territoire, au risque parfois « d’essuyer les plâtres » : mise en place des textes sur la protection de l’environnement, sur l’urbanisme. Pas un maire rétais qui ne soit devenu un spécialiste des plis et replis des POS (Plan d’occupation des sols) transformés aujourd’hui en PLU (Plan local d’urbanisme). Reste que chaque nouvelle discussion entraîne son lot d’arbitrages, non pas tant sur la destination des sols, relativement balisée dans ses grandes masses – 20 % à l’urbanisme, 80 % aux espaces naturels et agricoles – qu’à l’organisation des activités sur le territoire. Ainsi les élus parlent-ils « d’un Schéma directeur de l’agriculture rétaise ». « Mettre l’agriculture qui va bien dans le terrain qu’il lui faut » propose le charismatique – et jeune – président de la Communauté de communes de l’île de Ré, Lionel Quillet, maire de Loix, qui propose également de réfléchir à la question du bio : « oui, non, peut-être, un peu ? » Sans mettre la pression aux agriculteurs rétais, il s’agit quand même de leur mettre « le marché en main ». Et de les sommer de réfléchir ensemble. Cela tombe bien ! La coopération représente une forme très aboutie d’organisation collective. D’où la satisfaction des élus d’avoir une « coopérative forte dans un territoire qui a des projets ». « A vous de les défendre » lancent-ils aux agriculteurs. En n’oubliant pas de préciser, à l’instar de L. Quillet, que si les occupants agricoles ont des droits, ils ont aussi des devoirs. « Nous sommes dans un territoire compliqué, qui a ses propres contraintes. Un agriculteur peut estimer avoir le droit d’autoriser un petit dépôt de gravats sur sa propriété. Mais il faut savoir que ce ne sera pas du goût de tous. Nous avons des astreintes d’environnement partagé. Une haute qualité d’espace naturel suppose une haute qualité d’engagement. » En contrepartie de cette attente, les élus rétais semblent tous prêts à soutenir à « donf » les activités primaires, bien d’accord sur les nécessaires équilibres à sauvegarder. « Il ne faut pas faire n’importe quoi ! » Si quelqu’un en est viscéralement convaincu, c’est bien Léon Gendre, emblématique personnalité rétaise, ancien président de la CDC, maire de La Flotte-en-Ré, conseiller général du canton de Saint-Martin-de-Ré, un des vice-présidents du Conseil général 17 chargé des questions d’urbanisme et d’environnement. Sur sa commune, en collaboration avec la Chambre d’agriculture, il vient d’envoyer un courrier à 500 propriétaires. Objectif : demander à ces propriétaires s’ils veulent louer ou vendre leurs terrains dans une zone bien déterminée, celle proche de la station d’épuration de sa commune. Aujourd’hui, après traitement, l’eau est rejetée à la mer, en pure perte. Demain, elle pourrait servir à irriguer des terrains maraîchers. A condition de s’assurer la maîtrise foncière. « Cela va grincer ! » glissaient de vieux adhérents de la coopérative à l’assemblée générale. Cette opération d’irrigation occasionnerait un budget de 900 000 €. Déjà le maire envisage de solliciter l’Europe en plus du Conseil général. D’ailleurs, au sujet des financements, les élus insulaires s’interrogent sur la pertinence de l’échelle : qui va financer les investissements structurants : la commune, la communauté de communes, le département ? Une réflexion qui fait échos aux débats actuels, relancés par la commission Balladur.

A un niveau plus pratico-pratique, la reconquête des friches constitue un autre enjeu insulaire, de même que la construction de hangars agricoles, qui conditionnent souvent l’installation de jeunes agriculteurs. La commune de Sainte-Marie par exemple prévoit l’emplacement de deux futurs hangars. Des élus se sont vus féliciter pour leur action. Pince-sans-rire, le président Enet a recommandé de ne pas trop encenser les élus « sinon ils vont se dire qu’il n’y a plus rien à faire ». Le président de la coopérative est revenu sur le problème des lapins de garenne qui, par leur nombre, ravagent sols et cultures. « Ce problème peut faire sourire mais il est crucial. Tant qu’il y aura des friches, il y aura de l’espace pour les nuisibles. »

« On peut avoir des projets, mais il faut dégager des moyens. » Le président d’honneur de la coopérative, Michel Pelletier, a interpellé les élus sur cette question. D’autant qu’un nouveau paramètre se précise à l’horizon. En 2012, autant dire demain, les emprunts du pont de l’île de Ré, construit en 1988, tomberont et, avec eux, le péage. Que faire ? Instaurer la totale gratuité ou remplacer le péage par autre chose ? Avec l’appui du secrétaire d’Etat au transport Dominique Bussereau et du député-maire de La Rochelle Maxime Bono, les élus défendent un projet de loi sur le déplafonnement de l’écotaxe. Car il faut savoir qu’une écotaxe figure déjà dans le droit de passage. Elle s’élève aujourd’hui à 3,05 €. Si le projet de loi passait, l’écotaxe pourrait représenter 12 à 15 €. Comme aujourd’hui, elle servirait à la gestion du patrimoine naturel de l’île. Patrimoine naturel ou patrimoine agricole ? Michel Pelletier défend l’idée d’accrocher à l’écotaxe un volet « secteur primaire » intégrant les activités agricole, saulnière et ostréicole. « Un espace entretenu n’est-il pas le meilleur gage de développement durable ! »

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