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Une unité de refroidissement d’un Alambic « fabriquée maison »

24 février 2009

disti.jpgLe refroidissement des eaux de refroidissement des alambics et l’alimentation en eau des distilleries deviennent des préoccupations importantes pour de nombreux bouilleurs de cru. L’allongement des campagnes de distillation, la succession d’années de sécheresse et un environnement réglementaire au niveau des rejets d’eau risquant de devenir plus contraignant font émerger un certain nombre de réflexions autour des économies d’eau. L’initiative d’un jeune viticulteur à côté de Jonzac s’inscrit dans cette logique de recherche d’une solution technologique abordable pour concilier la maîtrise qualitative du refroidissement d’un alambic et la réalisation d’économies d’eau importantes.

 

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M. Albert Combes.

M. Albert Combes est un viticulteur bouilleur de cru à Meux très ingénieux qui a installé seul un système de refroidissement des eaux de la pipe de son alambic. Sur cette propriété de quinze hectares, la petite chaudière de 10 hl a été remise en route en 1995 pour distiller au départ de petits volumes. Au fil des années, les quantités de vins distillés ont augmenté progressivement à la faveur de l’obtention d’un contrat avec la société Rémy Martin. Pour satisfaire les attentes qualitatives de la maison de négoce, la conduite des cycles de distillation a été adaptée avec notamment la mise en œuvre des mises au courant progressives et une parfaite maîtrise des températures de coulages des distillats. L’installation d’un tank à lait a été une évolution importante pour mieux réguler les températures de coulages durant les périodes où la climatologie hivernale reste douce. Par contre, le refroidissement de la pipe fonctionnait à eau perdue comme chez beaucoup de bouilleurs de cru. A. Combes n’était pas pleinement satisfait de cette situation en raison du gaspillage de volumes d’eau importants et aussi des conséquences des rejets d’eau chaude dans la nature. Cela faisait plusieurs années qu’il avait réfléchi à l’aménagement d’un système de refroidissement de type circuit fermé, mais les démarches réalisées auprès de plusieurs fournisseurs de la région avaient « buté » sur le coût trop élevé des investissements. A l’issue de la campagne de distillation 2005, ce jeune bouilleur de cru doté d’un sens de l’observation avisé et des capacités de bricolage bien supérieures à la moyenne avait imaginé de concevoir lui-même un système de refroidissement fermé.

Des dalles de refroidissement comme un échangeur thermique intermédiaire

Aussitôt les dernières vendanges terminées, A. Combes a pris la décision de construire lui-même sa propre installation de refroidissement en circuit fermé en remettant au goût du jour le bon vieux système des dalles de refroidissement extérieures. Il est parti d’un constat tout simple :ce n’est pas un hasard si la plupart des distilleries de la région étaient reseaux.jpgautrefois équipées de dalles de refroidissement extérieures pour refroidir les eaux des pipes. Les eaux chaudes circulaient sur un réseau de dalles extérieures et dégageaient leurs calories au fil de leur cheminement. Plus la longueur de dalles est importante plus le phénomène de cession de calories s’amplifie. L’utilisation de ces systèmes simples permet de refroidir les eaux correctement pendant les périodes froides de l’hiver mais par contre il s’avère insuffisant lorsque la climatologie devient douce. Dans ces conditions, le refroidissement des eaux à un niveau de températures suffisant pour pouvoir les réincorporer directement dans les pipes s’avérait incomplet. Il fallait souvent les mélanger à des eaux plus fraîches provenant souvent des puits des fermes, ce qui diminue l’intérêt de ce système de refroidissement. Le démarrage des distillations tout début novembre pendant des périodes douces devient de plus en plus fréquent et cela amplifie les problèmes de refroidissement. Ces systèmes souvent assez rustiques ont été aussi progressivement abandonnés car ils n’étaient plus suffisants pour refroidir les eaux des pipes aux niveaux de températures souhaités pour obtenir une parfaite maîtrise qualitative des coulages. Tout en ayant pris conscience des limites en matière de capacité d’échanges thermiques des dalles de refroidissement extérieures, A. Combes a décidé de s’appuyer sur ce système pour en quelque sorte prérefroidir les eaux avant de les incorporer dans le tank à lait.

Incorporer des eaux à moins de 19 °C dans le tank à lait

Après avoir acheté quelques tôles d’inox et écouter les conseils de plusieurs autres distillateurs, ce jeune bouilleur de cru a construit un réseau de dalles inox à l’extérieur de sa distillerie qui a été successivement rallongé pour obtenir de bons résultats. Le circuit de canalisations ouvertes (de 15 cm de largeur) possède une pente régulière et la présence

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Les ralentisseurs d’eau.

tous les 1 à 2 mètres de ralentisseurs d’eau (petites barres transversales d’inox de 2 cm de hauteur) freine la descente de l’eau et surtout améliore la cession de calories. A l’extrémité des dalles, les eaux sont recueillies dans un bac inox de 9 hl qui sert de tampon en amont du tank à lait. Une sonde de température a été installée à la sortie du bac tampon afin de contrôler la température des eaux avant qu’elles ne soient pompées dans le tank à lait. Toute la validité du système réside dans la capacité du réseau de dalles à prérefroidir suffisamment les eaux avant de les incorporer dans le tank à lait. Cette étape a été la plus difficile à maîtriser car A. Combes ne s’est pas appuyé sur une étude thermique, mais son sens de l’observation et son expérience de la distillation qui lui ont permis d’imaginer une solution. La bonne maîtrise des températures de coulage des différentes fractions de distillats nécessite un apport d’eau suffisant en volume et bien refroidi (autour de 7 °C) dans la pipe. Après différents essais, il s’est rendu compte que le tank à lait était en mesure de refroidir une quantité d’eau suffisante à 7 °C que si l’eau dans le bac tampon avait une température inférieure à 19 °C. Au début du mois de novembre, le climat doux a rendu nécessaire la mise au point d’un petit système automatique d’apport d’eau fraîche pour ramener la température de l’eau du bac tampon en dessous 19 °C. Une sonde de température installée à la sortie du bac tampon est reliée à un petit boîtier de commande qui déclenche automatiquement (par l’ouverture d’une électrovanne) un apport d’eau plus fraîche (provenant du réseau) dès que la température dépasse 19°C. Les compléments d’eau liés à l’évaporation sont aussi effectués à ce niveau.

Des économies d’eau de l’ordre de 80 % et un fonctionnement satisfaisant

A. Combes a réussi à installer seul toute l’unité de maîtrise de refroidissement des eaux en deux semaines de travail à la fin du mois d’octobre. Ce jeune viticulteur possède des capacités au-dessus de la moyenne pour réaliser un tel travail sans faire appel à du personnel compétent. Tout le monde n’est pas capable de souder de l’inox, de faire de la plomberie et de réaliser des branchements électriques assez sophistiqués. Le résultat est tout de même assez spectaculaire puisque l’installation aux soudures et aux finitions peut-être pas tout à fait orthodoxes pour des professionnels a donné

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Le bac tampon de réception des eaux refroidies.

satisfaction pendant plus de deux mois de distillation. La remise au goût du jour du bon vieux système des dalles de refroidissement associé à un tank à lait permet de refroidir un alambic à un coût très compétitif. L’ensemble des fournitures, l’inox, les accessoires de plomberie, les sondes de températures et les composants électriques représentent un budget total de 1 200 € HT auquel il faudrait rajouter 90 heures de travail. L’aspect économique très « alléchant » de cette installation n’aura été complètement validé que si les objectifs techniques étaient atteints. En effet, l’important était de savoir si cette installation avait ou non répondu aux attentes qualitatives et à l’objectif de réduction de consommation d’eau de ce bouilleur de cru. Sur le plan de la fonctionnalité, la petite unité de refroidissement a permis de réguler les apports d’eau automatiquement sans incident et les températures de coulage ont été correctement maîtrisées. Le travail quotidien dans la distillerie pour maîtriser la thermie des coulages s’est effectué avec beaucoup plus de confort que les années précédentes. Les apports d’eau du réseau pour « rafraîchir » le bac tampon ont été nécessaires pendant une dizaine de jours et surtout au début du mois de novembre. A. Combes a vérifié les niveaux de consommation d’eau en installant deux compteurs et les résultats à ce niveau sont riches d’enseignements. Durant les deux mois de distillation, l’économie d’eau se situe autour de 80 à 82 % de la totalité des volumes mis en œuvre. La consommation totale d’eau pour distiller plus de 50 hl d’AP est passée de 195 m3 en 2005 à 35 m3 en 2006. Le témoignage de ce viticulteur a le mérite de remettre au goût du jour le procédé des dalles de refroidissement comme moyen de refroidissement partiel des eaux des alambics. Cela permet de ramener les eaux de 80 °C à environ 20 °C sans mettre en œuvre des moyens technologiques complexes et coûteux en entretien. Par contre, la seule limite à ce système est la longueur des dalles de refroidissement qui pour des chaudières de 25 hl de charge serait importante et dont l’implantation nécessite de l’espace et une facilité d’accès à l’arrière de la distillerie.

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