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Une situation de risque mildiou peu inquiétante en début de saison

8 mars 2009

feuille_mildiou.jpgFaut-il craindre le mildiou en ce début de cycle végétatif 2004 ? Les techniciens du SRPV de Cognac et du réseau régional Modélisation Charentes ne semblent pas particulièrement inquiets à l’issue des deux premières décades de mai. La fréquence des pluies entre le 25 avril et le 7 mai n’a pas réellement stimulé le parasite compte tenu des niveaux particulièrement bas des températures, et à priori la chute du thermomètre a aussi considérablement gêné le déroulement des événements contaminants. A partir du 10 mai, les températures n’ont plus été un facteur limitant et la protection du vignoble est entrée dans une phase plus active.

Le début de cycle végétatif 2004 évolue d’une manière tout à fait normale en terme de précocité et après un début de mai pluvieux et froid, le retour de conditions climatiques plus clémentes a accéléré le développement des jeunes pousses. D’une manière générale, les effets nature des sols et date de taille ont influencé la précocité de l’éclosion des bourgeons, mais la sortie semble bonne et homogène dans les parcelles. Indéniablement, la période plus fraîche de début mai a eu une incidence sur la croissance végétative puisque l’on constatait que des pousses très courtes de seulement 3 à 5 cm de long possèdent déjà 3 ou 4 feuilles. La remontée des températures a été propice à un allongement rapide des entre-cœurs et le retard actuel d’environ une semaine sur une année moyenne risque d’être facilement rattrapé. Au 11 mai, la végétation semble être dans une phase d’attentisme typique des périodes climatiques déficientes sur le plan des niveaux de températures. Seules les parcelles ayant beaucoup souffert de la sécheresse l’été dernier ont un taux de bourgeons non débourrés nettement plus important. Le bon niveau de débourrement dans les vignes vigoureuses s’extériorise par la sortie de nombreux bourgeons latents au niveau des troncs et des bras de ceps qui, dès le stade 2 feuilles étalées, constituent un bon « ascenseur » pour nombre de parasites. Les travaux d’épamprage auront cette année toute leur raison d’être sur les cépages naturellement propices à émettre des gourmands et aussi sur les Ugni blancs. Les conditions sèches de l’hiver et du début du printemps ont aussi facilité la réalisation des travaux mécaniques (prétaillage, broyages et désherbages) dans de bonnes conditions de portance, ce qui a permis de ne pas « abîmer » la structure des sols. D’ailleurs, les préparations de sols en vue des plantations de ce printemps ont été réalisées dans d’excellentes conditions et les récentes pluies ont été bénéfiques vis-à-vis du développement rapide des plants.

La forte incidence de pluies pour les projections de spores de mildiou

La climatologie d’avril, avec une période sèche en début de mois et surtout une dernière décade pluvieuse, a été propice aux contaminations d’excoriose dans les parcelles précoces et préalablement infestées l’année dernière. La fin de ce mois a été aussi favorable à la dispersion des pleurs porteurs de bactéries assurant la diffusion de nécrose bactérienne, et les premiers symptômes de la maladie étaient visibles que vers la mi-mai. Les observations concernant l’évolution du risque mildiou réalisées par le SRPV de Cognac et le groupe Modélisation des Chambres d’agriculture ne semblent pas alarmistes en ce tout début de saison. Le modèle MIL VIT du SRPV de Cognac calcule les risques de contamination en début de saison en ne tenant pas compte du niveau de pluviométrie car ce sont les gouttelettes d’eau qui assurent la projection des spores sur la végétation par un simple effet mécanique.

Le rôle des rosées s’avère marginal dans le processus des contaminations primaires alors qu’il devient prédominant par rapport aux pluviométries lors du déroulement des contaminations primaires. L’eau est indispensable à la fois à la libération des zoospores, puis à leur germination et à leur pénétration par les stomates. La température joue un rôle déterminant sur la vitesse de germination des spores qui nécessite 17 heures à une température de 6 °C et une heure seulement à 18 °C (voir schéma). Le suivi de la germination des œufs d’hiver réalisé à Cognac a indiqué que la maturité en 24 heures en conditions de laboratoire était atteinte le 19 avril ; et en présence de conditions favorable liées à la climatologie et à la réceptivité de la plante, le parasite aurait pu développer sa première contamination.

Deux événements contaminants potentiels les 19 et 29 avril

mildiou_duree_de_germination.jpgLe modèle MIL VIT fonctionne cette année sur 11 sites répartis dans l’ensemble de la région délimitée et les premiers calculs hebdomadaires ont été réalisés depuis le 19 avril dernier. Les résultats fournis par le modèle MIL VIT permettent d’évaluer un risque moyen de contamination à l’échelle régionale. Le modèle MIL VIT a calculé qu’un premier événement contaminant potentiel généralisé à tous les sites aurait pu avoir lieu le 19 avril, mais à cette époque l’Ugni blanc comme les cépages précoces n’étaient pas assez développés pour être réceptifs à une éventuelle première contamination. Seuls des cépages comme le Chardonnay, le Sauvignon, le Colombard, la Folle Blanche ou le Merlot implantés sur des sites très précoces pouvaient avoir atteint le stade de manière très irrégulière une à deux feuilles étalées, et à priori ce premier événement ne présentait aucun risque en conditions naturelles. Un deuxième événement contaminant potentiel généralisé à tous les sites a été identifié le 29 avril, date à laquelle bon nombre de parcelles de cépages précoces et d’Ugni blanc étaient réceptives mais des niveaux de températures nocturnes très bas pour la saison ont, d’une part, perturbé le déroulement des contaminations et, d’autre part, allongé les durées d’incubation à 15 à 20 jours (avant de voir apparaître la première tache d’huile). Des événements contaminants localisés à quelques sites ont été repérés durant la période pluvieuse du 4 au 7 mai mais leur « poids » est nettement inférieur aux deux premiers. Tous ces éléments laissent à penser à M. Patrice Rétaud, du SRPV de Cognac, que jusqu’à la mi-mai le nombre et le poids des événements contaminants sont plus limités qu’en 2003 à pareille époque. Dans le Bordelais, l’équipe du SRPV de Bordeaux avec le modèle MIL VIT avait aussi calculé deux événements contaminants potentiels les 19 et 29 avril, et seulement deux premières taches primaires ces derniers jours sur deux sites très précoces dont l’état végétatif était à ces dates au stade 2 à 3 feuilles étalées.

L’intensité de la sporulation est étroitement liée au niveau des températures

mildiou_sporulation.jpgIndéniablement, il semble que la période du 29 avril a pu constituer le premier événement contaminant potentiel dans les parcelles où la végétation avait dépassé le stade 2 à 3 feuilles étalées, mais l’incidence des basses températures a sûrement minoré son importance sans pour autant l’éradiquer. Lorsque les niveaux de températures moyens ne dépassent pas 12 °C, l’incubation peut durer plus de 14 jours alors qu’à 18-20 °C, elle ne dépasse pas 5 à 7 jours (voir schéma). Les conditions climatiques influencent donc fortement le délai entre l’événement contaminant et la sortie des symptômes, la tache d’huile. Ensuite, c’est l’intensité des fructifications à la face inférieure des taches d’huile qui provoque des repiquages d’importance variable. Les repiquages ne sont possibles que si les fructifications sporulent en émettant un inoculum blanc à la face inférieure des feuilles. L’initiation de la phase de la sporulation débute en phase nocturne lorsque la température dépasse 10 °C et l’hygrométrie dépasse 85 %. L’influence de la température sur la sporulation est très forte et c’est autour de 18 à 22 °C que le phénomène est le plus intense (voir schéma). M. P. Rétaud, du SRPV de Cognac, considère que les pluies parfois abondantes (supérieures à 25 mm) du 4 au 7 mai représentent aussi des événements contaminants potentiels dont l’importance est moins généralisée sûrement en raison des niveaux de températures extrêmement bas. Dans le Bulletin d’Avertissements Agricoles n° 7 du 11 mai, l’antenne SRPV de Cognac conseillait de réaliser une protection généralisée contre le mildiou en fin de semaine 20 pour être protégé avant les prochaines pluies. Les dernières précipitations du 11 mai, très variables quantitativement et sur le plan de la répartition géographique, se sont déroulées dans des conditions de températures souvent proches ou supérieures à 15 °C qui ne sont plus un facteur limitant vis-à-vis des événements contaminants. Les premières taches primaires de mildiou sont apparues entre le 15 et le 20 mai, mais leur fréquence est à priori assez faible par rapport à des années à fort risque. Le beau temps entre le 12 et le 25 mai a été seulement ponctué de quelques orages qui, localement, ont pu favoriser des repiquages.

Une méthodologie d’incubation rapide pour valider les premières contaminations potentielles

mildiou_duree_de_incubation.jpgAu cours de ce printemps, la société Syngenta a mis en place en Charentes et dans le Bordelais un réseau appelé Raisomildiou dont la finalité est de détecter les premières contaminations de mildiou potentielles dans la nature. En Gironde le réseau compte 62 parcelles et au 10 mai, 6 sites répartis dans toute l’aire de production avaient extériorisé des symptômes suite à des événements contaminants des 22 et 29 avril. Dans le vignoble de Cognac, le réseau de 52 parcelles a été construit et géré en collaboration avec le SRPV de Cognac, les deux Chambres d’agriculture, l’ITV et la distribution. Tout ce travail s’appuie à la base sur une manipulation imaginée et publiée par M. Yvon Bugaret, consultant viticole, et un ancien chercheur de l’INRA de Bordeaux. Un sarment de l’année passée est placé dans le sol et recouvert de sachets contenant des feuilles sèches porteuses de mildiou récoltées dans des parcelles infestées à l’automne précédent. Les jeunes pousses se développant au niveau du sol sont alors placées dans des conditions de risque exceptionnelles (du fait de leur proximité de l’inoculum et de leur réceptivité aux projections de pluies) par rapport à celles situées au niveau des têtes de souches. La révélation précoce d’éventuelles contaminations est ensuite réalisée grâce à une manipulation de laboratoire spécifique où des jeunes feuilles prélevées sur les sarments sont mises en chambre humide à 22-25 °C, ce qui permet d’accélérer le processus d’incubation (réduit à quelques jours à ces températures).

Cette année, l’équipe du SRPV de Cognac dispose de deux sites tests Raisomildiou qui commencent à apporter des informations de laboratoire sur la validité des tout premiers événements contaminants. Une parcelle de Folle Blanche très précoce de Grézac a permis d’observer l’apparition d’une tache d’huile les 6 et 7 mai, ce qui valide la contamination du 19 avril, date à laquelle des jeunes pousses étaient déjà au stade 2-3 feuilles étalées sur ce site. Des échantillons de feuilles en laboratoire provenant de Louzac-Saint-André et de Rouffignac ont extériorisé le 9 mai deux taches de mildiou, ce qui validerait les risques de contaminations primaires de la journée du 29 avril. Ces résultats de laboratoire en durée d’incubation accélérée apportent une information qui valide les indications fournies par le modèle, mais ils ne traduisent pas la réalité de l’apparition du mildiou sur le terrain puisque les durées d’incubation et les sporulations sont ralenties et perturbées par les niveaux de températures froides pour la saison.

UN EPI devenu positif seulement depuis le 11 mai

Au niveau du réseau régional Modélisation animé par les Chambres d’agriculture de Charente et de Charente-Maritime, l’analyse de la situation mildiou est tout à fait cohérente avec celle du Service de la Protection des Végétaux. Le modèle Potentiel Système permet de déterminer deux types de contaminations. Les premières sont des contaminations sporadiques dites « 7 élites » dues à une faible population d’œufs d’hiver ayant un cycle précoce par rapport à l’ensemble de la population, et cet événement contaminant est sans conséquence pour le vignoble. Les secondes sont des contaminations épidémiques responsables d’attaques au vignoble. Au 25 avril, des simulations de pluies de 10 mm avaient juste provoqué une maturation des œufs les plus précoces et donc seules des contaminations sporadiques étaient en mesure de se produire dans les vignes à la faveur de précipitations significatives. Les calculs du modèle au 4 mai ont permis de valider les premières contaminations élites et de nouvelles simulations en présence de pluies de 25 mm entraîneraient une pleine maturité des œufs d’hiver susceptibles de provoquer des contaminations de masse avec un gradient d’intensité supérieure sur la zone sud de la Charente-Maritime (secteur Saint-Bonnet, Jonzac, Montendre). Le 7 mai, les techniciens ont clairement exprimé dans l’Epiflash n° 3 que les prochaines pluies (de 5 à 10 mm seulement) seraient en mesure de provoquer les premières contaminations épidémiques de mildiou sur l’ensemble des postes d’observation. Un nouvel épisode pluvieux a validé cette hypothèse et les premières contaminations épidémiques ont été effectivement enregistrées sur la moitié des stations du réseau qui avaient été soumises à des pluies significatives. Les valeurs de l’EPI sont devenues positives sur l’ensemble des sites. La préconisation est de réaliser à partir du 12 mai une protection pour être en situation préventive avant les prochaines pluies. L’état actuel de la végétation des Ugni blancs qui n’a guère dépassé le stade 4 feuilles étalées rend tout de même difficile l’utilisation de fongicides systémiques dont l’efficacité sera diluée par une pousse rapide. A priori, les fongicides de contacts ou pénétrants sont mieux adaptés à ces interventions de début dont le renouvellement est soumis à la fréquence des précipitations et à la rapidité de la pousse. Le retour du beau temps à partir du 17 mai a entraîné une forte pousse de la végétation qui a doublé de volume en 4-5 jours. Des orages très locaux le 19 mai ont parfois apporté sur des zones 15 à 30 mm de pluie. Les valeurs de l’EPI, qui avaient enregistré une nette progression jusqu’au 15 mai, semblent ensuite s’être stabilisées jusqu’au 25 mai, à la faveur d’un climat chaud et sec. Néanmoins, l’arrivée de nouveaux épisodes pluvieux est en mesure de relancer la dynamique épidémique du mildiou.

Au niveau de l’oïdium, une très faible proportion des organes de conservation de la maladie commençait juste à arriver à maturité sur les sites les plus précoces au 10 mai et pour l’Ugni blanc le stade de sensibilité (boutons floraux séparés) n’est pas atteint. A cette même époque, pour les cépages précoces comme le Chardonnay, le Sauvignon, le Merlot et le Colombard, le stade grappes séparées est souvent atteint voire dépassé sur les situations les plus précoces. Au niveau du black-rot, la situation a évolué assez rapidement en ce début du mois de mai. Le SRPV de Cognac a observé les premières germinations d’asques autour du 10 mai et la réalisation d’une protection précoce synchronisée à celle du mildiou ne se justifie que dans les parcelles fortement infestées l’année dernière et où l’inoculum est resté présent. Les techniciens du réseau Modélisation ont aussi observé durant cette même période qu’un faible taux de périthèces était arrivé à maturité et seulement sur quelques sites réputés sensibles à la maladie.

Bibliographie :

M. Patrice Rétaud, du SRPV de Cognac. M. Jean-François Allard, de la Chambre
d’agriculture de la Charente. Le réseau régional Modélisation des Chambres d’agriculture de Charente et de Charente-Maritime. M. Benoît Herlemont, du SRPV Aquitaine.
M. Sébastien Ricard, de la société Syngenta.

 

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