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« Se tenir prêts »

9 mars 2009

Nommé préfet de la Charente en 2001, Jacques Gérault a quitté le département fin juillet pour remplir ses nouvelles fonctions de préfet de l’Oise. Il est remplacé à la tête des services de l’Etat par Hugues Bousiges, qui vient de Haute-Loire (*). Pendant les deux ans et demi passés dans le département charentais, le préfet Gérault s’est beaucoup investi dans le dossier viticole, un dossier qu’il a appris à bien connaître et sur lequel, de l’avis de tous, il a joué un rôle « d’accélérateur ». A l’issue de la rencontre programmée le 1er juillet dernier au cabinet du ministre de l’Agriculture, à laquelle il participait, Jacques Gérault fait un point d’étape sur l’état d’avancement du Projet d’avenir viticole, dans la perspective d’une disparition de la double fin.

Le Paysan Vigneron – Pouvez-vous nous parler de cette réunion du 1er juillet ?

jacques_gerault.jpgJacques Gérault – Comme prévu, Jean-Yves Perrot, directeur de cabinet du ministre de l’Agriculture, a effectivement réuni le 1er juillet dernier les membres de l’interprofession, tant la famille du négoce que celle de la viticulture, les présidents des Chambres d’agriculture des deux départements, les présidents des Conseils généraux, les élus ainsi que les fonctionnaires de l’Administration et de l’Etat dont le préfet de région et votre serviteur. Le directeur de cabinet du ministre a rappelé d’emblée que le mécanisme dit de la double fin serait définitivement supprimé l’année prochaine. En cela, il n’a fait que confirmer ce que nous savions déjà car exprimé par le Premier ministre et le ministre de l’Agriculture. Mais certaines rumeurs semblaient se développer depuis quelques semaines, laissant entendre que, peut-être, la double fin pourrait se maintenir. J.-Y. Perrot a souhaité être très précis sur le sujet et ne pas laisser planer d’ambiguïté : à échéance, la double fin est condamnée à disparaître. Par ailleurs, le représentant d’Hervé Gaymard a indiqué que le plan Zonta devrait être mis en œuvre dans les meilleurs délais. Plan qui, faut-il le souligner, a été proposé par l’interprofession et adopté à l’unanimité par cette même instance en juillet 2003. Validé juridiquement par les services du ministère de l’Agriculture en octobre 2003, le rapport Zonta a fait l’objet d’une décision par M. Raffarin lui-même à Matignon le 17 décembre 2003, en présence des membres de l’interprofession qui s’étaient rendus à son invitation. Le 1er juillet dernier, le directeur de cabinet a fait le point sur les textes et décrets en cours de préparation, qui, a-t-il dit, devront être finis d’élaborer avant la fin de l’année 2004, afin de permettre juridiquement l’application du plan Zonta. Il s’agit-là d’une réforme très profonde puisqu’elle vise à modifier des textes qui datent, pour certains, de 1936 et 1938. A l’évidence, le rapport Zonta ne va pas régler à lui seul l’ensemble des problèmes. Aucun plan ne peut y prétendre. Mais, de par le système juridique qu’il préconise, il doit permettre de mieux prendre en compte la filière économique du Cognac. Dans le domaine de l’économie, chacun sait que la décision finale revient au client. Il paraît donc indispensable que cette filière s’organise de telle sorte qu’elle favorise le développement de la production et de la vente du Cognac dans une économie mondiale sans cesse évolutive. Cela suppose d’être attentif au client bien sûr mais aussi de prendre en considération tous ceux et celles qui vivent du Cognac, soit près de 25 000 personnes dans les deux départements, entre viticulteurs, négociants, professions intermédiaires, secteurs de la tonnellerie, de l’emballage… Les personnes qui travaillent autour du Cognac doivent bénéficier de revenus suffisants pour pouvoir vivre de cette filière. Dans ce contexte, le plan Zonta apparaît un remède absolument nécessaire, du fait de l’achèvement du mécanisme de la double fin mais aussi à cause de l’évolution en dents de scie des ventes de Cognac sur plusieurs décennies. Le plan Zonta a le mérite de segmenter les productions entre le Cognac, les vins de base mousseux, les jus de raisin, l’objectif étant que chacune de ces catégories puisse offrir un revenu suffisant grâce, selon les cas, à une augmentation de la QNV ou à une progression du rendement agronomique. Bien évidemment, ce système devra évoluer dans le temps en fonction de l’économie et il faudra aussi en vérifier l’exécution. Mais je suis persuadé qu’il est de nature à apporter un grand mieux.

L.P.V. – L’arrêt de la double fin et le passage à un nouveau système sont subordonnés au changement d ’OCM vitivinicole. Sait-on quand l’actuelle OCM sera modifiée ?

J.G. – En la matière c’est la Commission qui décide. Nous n’avons pas à précipiter le mouvement dans quelque sens que ce soit. Par contre nous devons nous tenir prêts pour assurer le changement dans les meilleures conditions. On peut raisonnablement penser que la nouvelle OCM verra le jour en 2005 ou 2006.

L.P.V. – Vous mentionnez le travail de « toilettage » des textes en train d’être accompli par le ministère de l’Agriculture à échéance fin 2004 mais une partie de cette réécriture ne relève-t-elle d’initiatives régionales, telle que la constitution d’un syndicat de défense ou encore la sortie de l’arrêté agrément ?

J.G. – Il va sans dire que la région est pleinement associée à ces travaux et que cette tâche, à mes yeux, constitue même une opportunité. L’interprofession a toute sa place dans ce processus. Lors de mon séjour en Charente, j’ai pu constater les immenses qualités de compétence des personnes travaillant au BNIC. On ne s’en rend peut-être pas très bien compte mais c’est une chance pour une région de disposer d’un organisme aussi représentatif. Il est essentiel que cette structure parle d’une seule voix car l’union fait la force. Il s’avère important, crucial même que dans les mois à venir, par-delà les divergences d’intérêts – qu’il faut d’ailleurs relativiser – la région se montre unie. Mais je suis très optimiste et ce d’autant plus que les propositions du rapport Zonta émanent en tout premier lieu de l’interprofession. Dans cette affaire, l’Administration n’a jamais voulu imposer les choses d’en haut, de manière unilatérale, mais, au contraire, s’intégrer dès le début dans une démarche interprofessionnelle.

L.P.V. – Avec le système défendu dans le Plan d’avenir viticole, l’interprofession redoute de perdre du pouvoir face à l’INAO.

J.G. – Je comprends cette crainte. C’est pour cela qu’en ce qui me concerne, j’ai totalement appuyé la démarche qui consistait à ce que ce soit l’interprofession qui pilote le changement. C’est à elle que revient la maîtrise de son avenir. Ainsi, me suis-je montré très favorable à la création d’un comité spécifique eaux-de-vie au sein du Comité national vins et eaux-de-vie de l’INAO, voire un élargissement des compétences de la commission spécifique eaux-de-vie et une meilleure représentativité du Cognac à l’INAO. Ne partageant pas la typicité du vin, le Cognac ne répond pas aux mêmes critères de qualité et ne doit donc pas risquer d’être soumis à amalgame. J’espère que dans le cadre de la réforme réglementaire, un comité eaux-de-vie pourra voir le jour.

L.P.V. – Que pensez-vous de l’action du SGV ?

J.G. – Je rends hommage au travail très remarquable accompli par le Syndicat général des vignerons, qui a d’abord été créé par M. Guionnet puis ensuite repris par M. Boujut. Nous avons là deux personnalités très fortes et indiscutables qui ont permis à la viticulture de parler d’une voix unie. Ceci est très important et j’espère que cela demeurera. Le SGV est l’interlocuteur responsable des pouvoirs publics. A titre personnel, j’ai beaucoup d’estime pour M. Boujut.

L.P.V. – En tant que préfet, pourquoi vous êtes-vous autant investi sur le dossier Cognac ?

J.G. – Je considère comme tout à fait normal que l’Etat accompagne des évolutions parfois difficiles et apporte son aide et son appui à toutes les parties prenantes. Le Cognac constitue un des phares de la région Poitou-Charentes et ce depuis longtemps. La Charente ne serait pas ce qu’elle est sans le Cognac. L’économie du Cognac lui assure une place à part.

L.P.V. – Quelle fut votre action ?

J.G. – Dans un premier temps, j’ai écouté très attentivement l’ensemble des intervenants, viticulteurs, négociants, professions dérivées du Cognac. Et puis, dans un second temps, j’ai essayé d’être tour à tour celui qui tentait de faire en sorte que tous parlent d’une même voix autour de la table, afin de prendre des positions communes et je crois pouvoir dire que cela s’est réalisé.

L.P.V. – Dans les rouages décisionnels de l’Etat, quel rôle joue un
préfet ?

J.G. – Dans la mesure de ses moyens, il peut être un facilitateur voire un accélérateur. A ce titre, je me souviens avoir appris avec grand plaisir qu’une des toutes premières réunions organisées par le cabinet du ministre de l’Agriculture, en juin 2002, l’était sur le thème du Cognac. Régulièrement et chacun à notre place, l’interprofession, M. Zonta et moi-même, nous avons pu faire avancer le dossier. Il rentre dans les missions du préfet de défendre tous les intérêts de son département. Concernant le Cognac, je crois m’y être employé avec beaucoup de passion. Pour moi, il s’agissait d’un domaine nouveau, très complexe mais d’une matière très riche.

L.P.V. – Vous quittez le département fin juillet.

J.G. – En effet, je pars dans le département de l’Oise. Je pense que le dossier Cognac réclame encore d’être très présent. J’ai prévu d’en parler de manière approfondie à mon successeur.

* Nommé préfet de la Charente, Hugues Bousiges arrive de la Haute-Loire. Agé de 56 ans, il est originaire d’Ille-et-Vilaine. Il a commencé sa carrière au ministère de l’Economie et des Finances, en 1974, avant d’être affecté dans différents cabinets ministériels. Sa carrière préfectorale proprement dite a débuté en Eure-et-Loir puis en Seine-et-Marne et dans le Val-de-Marne. Il rejoint la Haute-Loire en 2002. Il remplace Jacques Gérault, lui-même nommé préfet de l’Oise.

A sa sortie de l’ENA, Jacques Gérault a débuté sa carrière au ministère de l’Intérieur, est devenu directeur de cabinet attaché à différentes préfectures (Alpes, Haute-Savoie, région du Limousin, Haute-Vienne) avant d’exercer des fonctions de conseiller technique auprès du ministre des DOM-TOM. Nommé préfet en 1995, il fut chargé de mission des réformes de l’administration territoriale à la délégation interministérielle à la réforme d’Etat. Préfet délégué pour la sécurité et la défense de la zone Sud-Ouest, il fut nommé préfet de la Charente en 2001. Il est âgé de 52 ans. Il rejoint Beauvais, chef-lieu du département de l’Oise (région Picardie). Installée dans une ancienne abbaye, la préfecture est réputée être une des plus belles de France

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