Pour un extournement obligatoire et égalitaire des surfaces Cognac

17 janvier 2009

homme_atabl.jpgAvec quatre collègues viticulteurs, Jean-Christhophe Baraud représentent les Bons Bois et les Bois Ordinaires au sein du conseil d’administration du SGV Cognac. Au titre de son cru, il fait partie des cinq vice-présidents du syndicat. Agé de 30 ans, il incarne cette viticulture « qui va de l’avant » dans une région où il faut puiser plus loin qu’ailleurs les raisons d’avancer. A ce titre, sa position et celle de ses collègues est d’autant plus intéressante à entendre.

« Revue Le Paysan » – Pourquoi avez-vous adhéré au Syndicat général des vignerons ?

Jean-Christophe Baraud – L’idée qu’un syndicat allait représenter l’ensemble des viticulteurs me semblait intéressante. S’il existe plusieurs sons de cloches au sein de la viticulture, il faut pouvoir arriver à parler d’une même voix. Adhérent de l’OVCR, le syndicat viticole issu de la Coordination rurale, il est normal que notre voix soit entendue parmi d’autres. Mais une fois ces différences exprimées, quand on vote quelque chose, tout le monde se tient derrière. Et c’est effectivement ce qui se passe au SGV Cognac. L’an dernier, la QNV est tout de même sortie du Syndicat des vignerons. D’ailleurs, pourquoi en serait-il autrement ? Dans toutes les régions viticoles, ce sont les syndicats viticoles qui gèrent la production.

« R.L.P. » – Cette année, le débat autour de la QNV est tout aussi vif, pour ne pas dire plus.

J.-C. B. – Notre position est simple sur le sujet, à mes quatre collègues du conseil d’administration* et à moi-même : rien ne doit bouger tant que l’on ne change pas de régime de production. C’est d’ailleurs ce qui est ressorti du vote en assemblée générale de cru à Saintes. A 75 %, les viticulteurs présents se sont prononcés pour un maintien de la QNV, les autres penchant pour une baisse. Ce qui ne veut pas dire, à mon sens, que la QNV ne puisse pas évoluer. Mais il y a des préalables à respecter.

« R.L.P. » – Ces préalables, quels sont-ils ?

J.-C. B. – C’est bien sûr tourner la page de la double fin, qui a vécu, et mettre en place un système d’hectares différenciés. Mais selon moi, cette solution n’a de chance d’aboutir que si l’on prévoit un extournement des surfaces Cognac, un extournement obligatoire et le même pour tous. A mon avis, si quelque chose peut se faire dans la région, ce ne sera qu’à cette condition. Quand on parle avec les gens, et pas simplement dans nos crus, la grande majorité réclame une égalité de traitement. On ne peut pas imaginer qu’un cru ou qu’une catégorie de viticulteurs portent seuls l’effort de l’extournement. Ce serait contraire à toute justice.

« R.L.P. » – Quid de la faisabilité juridique ?

J.-C. B. – Oui, je sais, on nous rétorque toujours cela. Je ne dis pas que ce sera facile mais si la volonté existe, rien n’est impossible. A la base, il revient tout de même à la viticulture de décider de son avenir.

« R.L.P. » – Un consensus peut-il se dégager au sein de la profession ? On se souvient qu’en son temps, la proposition de 15 % d’arrachage obligatoire sur toutes les exploitations avait échoué.

J.-C. B. – Arrachage et extournement ne répondent pas à la même logique. Personnellement, je considère qu’en arrachant, on dévalue une région, même si l’arrachage correspond sans doute à des situations particulières. L’extournement pour affecter des ha Cognac à d’autres destinations me semble jouer dans l’intérêt de tous, de ceux qui vendent bien comme de ceux qui vendent mal. D’ailleurs, l’on s’aperçoit que malgré les tiraillements entre crus, de plus en plus de gens se retrouvent sur ces idées. L’évolution récente de la politique d’achats de certaines maisons y contribue sans doute. Il n’y a plus de situations acquises, même pour la viticulture qui se croyait à l’abri. A mon avis, le négoce a également intérêt à une différenciation des ha, ne serait-ce que pour des raisons de traçabilité. D’ailleurs le négoce sait très bien où sont les parcelles les plus aptes à faire du Cognac. Il n’y a pas de souci à se faire de ce côté-là. Pour revenir à l’arrachage, je voudrais dire que suis opposé à ce que la viticulture paie pour l’arrachage. Pourquoi créer des caisses qui, en général, ne sont pas utiliser à 100 %. On le voit avec la modulation en grande culture. Un dispositif d’Etat existe. Servons-nous en, quitte à l’améliorer.

« R.L.P. » – Au sujet de l’évolution de la réglementation, le négoce semble surtout intéressé par une hausse de la QNV.

J.-C. B. – Si les choses n’évoluaient pas dans le bon sens, on se retrouverait, à mon avis, dans l’impossibilité d’augmenter la QNV. Le négoce nous dit toujours qu’en cas d’augmentation de la QNV, il augmentera les prix. Le lien entre une progression des volumes et une progression des prix ne saute pas immédiatement aux yeux. En outre, jusqu’à présent, le négoce ne nous a pas habitué à croire à l’augmentation des prix. Par contre, en cas d’affectation des surfaces, il faudrait bien tenir compte du fait que les ha Cognac ne disposeraient pas de surplus au-delà de la QNV. Quand les gens parlent de 8 hl de pur, ils ont tendance à tout mélanger. D’abord, ce chiffre de 8 de pur représente une projection dans le temps et qui plus est, il n’a pas vocation à intéresser tous les ha. D’où la nécessité de pouvoir compter sur un extournement obligatoire. Par ailleurs, l’engagement du négoce Cognac me semblerait consubstantiel d’une augmentation de la QNV. Même chose pour les opérateurs vins de base mousseux. Ces gens-là nous parlent beaucoup d’augmentation de rendement, sans effleurer le sujet des prix. On ne peut pas fonder une politique à long terme en ignorant la question des prix.

« R.L.P. » – Comment percevez-vous le négoce ?

J.-C. B. – Je considère qu’il fait remarquablement son boulot en tant qu’entreprise privée. Nous devons rechercher un partenariat plus fort, qui aille dans le sens aussi bien du négoce que de la viticulture.

« R.L.P. » – Lors de la manifestation organisée par le Syndicat général, le 30 mai dernier, la participation des crus éloignés n’étaient pas massive.

J.-C. B. – Il y a des raisons de distance mais c’est clair que les gens de Champagne se sont plus mobilisés que nous. Peut-être parce qu’aujourd’hui les grandes maisons leur cassent les reins. Cela a été souligné lors de l’A.G. des Bons Bois – Bois Ordinaires : dans les années 80, quand cela allait mal pour les Bons Bois, nous n’avons pas vraiment senti le soutien des Champagnes. Mais il faut arrêter de tourner en rond. L’important est d’aller de l’avant. Je regrette par exemple qu’un syndicat comme le Modef ne soit pas à nos côtés. Même si je ne partage pas toutes ses idées, il a quand même des choses à faire passer.

« R.L.P. » – Représentant de cette viticulture des confins, qui éprouve des difficultés particulières, qu’est-ce qui motive votre engagement au sein du SGV Cognac ?

J.-C. B. – Justement cette envie d’aller de l’avant, de passer au-dessus des clivages et du scepticisme qui empêche de faire bouger les choses. En fait, l’on se retrouve face à deux viticultures : une viticulture qui veut durer, qui diversifie, qui s’investit et un viticulteur qui aurait plutôt envie de tout laisser tomber, au nom d’un ras-le-bol que je comprends d’ailleurs. Le syndicat incarne à mes yeux cette volonté de s’accrocher. Il a tout de même permis l’émergence de nouvelles têtes, même si les « grosses têtes » sont toujours là et que, parmi les nouvelles têtes, quelques-unes ne vont pas dans un sens positif. Mais il faut de tout pour faire un monde.

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