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Un début de cycle végétatif surprenant !

13 mars 2009

cycle_sauvignon_opt.jpegLe cycle végétatif 2007, qui avait commencé sous les meilleurs auspices avec un débourrement précoce et une croissance régulière, semble maintenant rentrer dans une phase beaucoup plus difficile. Le mois de mai frais et pluvieux a modifié complètement le contexte en perturbant la floraison de la plupart des cépages, en générant une hétérogénéité de pousse et en favorisant la montée en puissance du mildiou.

 

 

La situation géographique de la région du Blayais et du Bourgeais confère à ce vignoble une climatologie soumise à des influences maritimes « régulées » par l’estuaire et bénéficiant de durées d’ensoleillement supérieures à la moyenne régionale. L’implantation des vignes sur un relief varié, des coteaux, des plaines et des plateaux reposant sur des natures de sols soit argilo-calcaires, soit sablo-graveleuses, confère à cette zone une situation propice à de bonnes conditions de maturations. L’équipe de l’ADAR des Hauts de Gironde Bourg-Saint-André-Fronsac réalise depuis longtemps un suivi du déroulement des cycles végétatifs des différents cépages blancs et rouges qui tient compte des disparités de sols et de la topographie dans toute l’aire de production du Blayais et du Bourgeais. Mme Bérangère Jeannin est la conseillère viticole qui a en charge les aspects de suivi du vignoble sur le plan de la phénologie et de l’évolution du parasitisme. Ses premières observations sur le début du cycle végétatif 2007 confirment à la fois la précocité de l’année et l’inquiétude au niveau du déroulement de la floraison.

Un débourrement légèrement plus précoce qu’en 2003

Suite à un hiver assez pluvieux et sans grande période de froid, les sols à la faveur de la douceur des mois de février et de mars se sont réchauffés plus rapidement que les années passées, ce qui a provoqué une levée de la dormance précoce. Les viticulteurs ont d’ailleurs été surpris par le réveil très précoce des bourgeons alors que les travaux d’hiver dans le vignoble n’étaient pas terminés. Cela a créé un certain affolement dans les propriétés qui ont dû mettre « les bouchés doubles » pour réparer le palissage et plier les baguettes dans l’urgence. Le débourrement est intervenu avec 15 à 20 jours d’avance dans les sols sableux et 7 à 15 jours d’avance dans les terres plus profondes (par rapport à 2006). Les Merlot, les Cabernet Franc, les Malbec en situation moyenne avaient atteint le stade pointe verte dans les premiers jours d’avril. Cette année, aucun écart de stade végétatif n’a été observé entre les Merlot et les Cabernet Franc. Les Sauvignon blancs avaient seulement 4 à 5 jours de retard et le Cabernet Sauvignon, réputé tardif, semble avoir encore plus profité du contexte précoce de l’année. En effet, dans les situations moyennes, les CS ont débourré le 10 avril, soit seulement une semaine après les Merlot. D’une manière générale, le débourrement 2007 est intervenu avec 2 à 3 jours d’avance par rapport à l’année précoce de référence 2003.

Un beau potentiel de production début

Le seul élément ayant retardé de manière significative le débourrement a été les tailles tardives de mars dans des parcelles ayant eu des montées de sèves importantes. Localement (à proximité des haies ou des fossés), des dégâts importants d’escargots ont été observés et les rameaux touchés ont accusé un net retard. Les belles conditions climatiques du mois d’avril ont permis une croissance rapide de l’ensemble des cépages et les parcelles début mai étaient très homogènes. Au niveau des Merlot, la charge de grappes était assez moyenne (en général 2 grappes/rameau) mais par contre les inflorescences possédaient de belles charpentes et de grandes ramifications. Les Cabernet Franc et Sauvignon portaient aussi une charge normale. Les Sauvignon blancs, qui naturellement ont des grappes plus petites, présentaient cette année un beau potentiel.

Un mois de mai frais et pluvieux au moment de la floraison

A partir de début mai, la fréquence des pluies et des périodes plus fraîches ont ralenti le déroulement du cycle végétatif et à l’approche de la floraison, l’avance n’était plus que d’une semaine. Les premiers Merlot et Cabernet Franc ont commencé à fleurir vers le 15 mai, mais faute de beau temps la floraison s’est étalée dans le temps. Une majorité de parcelles de ces deux cépages était au stade début nouaison vers le 30 mai mais les phénomènes d’hétérogénéité sont importants d’une parcelle à une autre. Pour les Merlot qui sont plus sensibles à la coulure, le processus de pollinisation ne s’est pas déroulé dans les meilleures conditions et une certaine inquiétude plane pour l’instant vis-à-vis de la tenue du potentiel de production. Les très belles journées du 22 au 24 mai ont sûrement été bénéfiques pour les situations les plus précoces et à l’inverse pas suffisantes dans les zones tardives. Les premières fleurs sur les Cabernet Sauvignon ont été repérées vers les 20-21 mai et le stade 80 % floraison a été atteint vers le 30 mai, pendant une période fraîche et pluvieuse. Les Sauvignon blancs ont commencé à fleurir au cours de la dernière semaine de mai. Pour ces deux derniers cépages, le processus de floraison se déroule beaucoup plus lentement que d’habitude, ce qui laisse planer quelques incertitudes.

Une hétérogénéité de développement liée au manque de beau temps

 

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Mme Bérangère Jeannin, la conseillère viticole de l’ADAR.

D’une manière générale, Mme B. Jeannin estime qu’à la fin mai, l’hétérogénéité des stades végétatifs est importante d’une parcelle à une autre et parfois d’une souche de vigne à une autre. Certaines grappes sont au stade début nouaison alors que d’autres sont seulement à mi-floraison. Si de tels écarts de développement ne sont pas nivelés par une période de beau temps d’ici la mi-juin, cela pourra poser des problèmes ultérieurement au moment de la véraison et durant le déroulement de la maturation.

Au niveau physiologique, les vignes n’ont pas forcément très bien supporté « les fraîcheurs de mai ». Les fortes variations de températures ont perturbé l’alimentation des souches et dans les sols calcaires, certains symptômes de carence en potasse et de chlorose ferrique se sont extériorisés entre le 20 et le 30 mai.

Dans les autres sols, on peut penser que les vignes ont été aussi confrontées à de fortes amplitudes d’alimentation, même si la végétation n’a pas extériorisé de symptômes de carence. La forte fluctuation de la croissance des rameaux en est sûrement la conséquence. Les viticulteurs constatent le phénomène au moment des levages qui sont beaucoup plus délicats à organiser cette année. Les forts coups de vent des 27 et 28 mai ont fait beaucoup de casse dans les parcelles peu développées (surtout les cépages blancs) qui n’étaient pas encore levées. Chaque parcelle a réagi de manière différente à ces conditions météorologiques inhabituelles et une certaine hétérogénéité de développement parcellaire est apparue au sein des propriétés.

Un « mildiou » à surveiller de près

Au niveau parasitaire, les vignobles du Blayais et du Bourgeais sont des zones sensibles à l’oïdium du fait de la proximité de l’estuaire. Cette année encore, le contexte climatique d’avril avait fait naître quelques craintes qui se sont dissipées avec le mois de mai. La fréquence des pluies depuis plus de trois semaines a été propice aux contaminations de mildiou et l’EPI a grimpé au fur et à mesure que les pluviomètres se sont remplis. Son niveau élevé atteste d’un contexte très favorable à la maladie qui doit inciter les viticulteurs à être rigoureux au niveau de leur protection. Mme B. Jeannin, qui réalise un suivi de lute raisonnée auprès de deux cents propriétés, suit le comportement d’un réseau de témoins.

Les premières contaminations de mildiou ont eu lieu début mai et des sorties de taches sont apparues vers le 20 mai. La fréquence des pluies a engendré un nombre de cycles épidémiques important mais, heureusement, beaucoup de viticulteurs étaient bien protégés durant les deux premières décades du mois. Par contre, depuis le 24 mai, les fortes pluies ont souvent empêché de renouveler correctement la protection et ces impasses involontaires sont bien sûr inquiétantes.

La vigne est actuellement à un stade de développement où sa réceptivité est forte et le respect des cadences de traitements s’avère indispensable. Des taches de black-rot sont repérées assez fréquemment dans le vignoble mais l’application des anti-oïdium polyvalents permet de contrôler la maladie jusqu’à la fermeture de la grappe. Le climat pluvieux et frais est aussi très propice au développement du botrytis et quelques taches foliaires ont été repérées dans les parcelles depuis la mi-mai.

La réalisation des traitements à la chute des capuchons floraux sur les cépages blancs ou entre la nouaison et la fermeture de la grappe sur les Merlot semble adaptée au contexte de ce début de cycle végétatif. Des contrôles dans les parcelles ont aussi révélé la présence en quantité significative de glomérules de cochylis. Un traitement devra être positionné entre le 5 et le 10 juin pour contrôler le vol de deuxième génération.

 

Bibliographie :
ADAR des Hauts de Gironde, Bourg-Saint-André-de-Fronsac.

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