Le document de synthèse du ministre

13 mars 2009

Suite à la réunion de la filière viticole avec le ministre Gaymard le 21 juillet dernier, l’ONIVINS et l’INAO ont émis un document commun dit « de synthèse », repenant la position du ministre. Peu ou prou cette présentation a vocation à devenir la « feuille de route » des vins tranquilles français, l’an I de la réforme. Nous publions le texte
in extenso.

Segmentation des vins français

Document de synthèse

 

La segmentation actuelle de l’offre française n’est plus adaptée à la demande. Ce constat est désormais partagé par tous les partenaires de la filière, de l’amont comme de l’aval, des partisans de l’orthodoxie la plus traditionnelle aux commerciaux les plus mondialisés, sans oublier les consommateurs. Sauf à se résoudre à un déclin économique de la viticulture française, une réforme s’impose.

Un tiers de la production de vin étant vendu à l’exportation, cette évolution doit être internationalement lisible et adaptée à la structuration existante du marché mondial, qu’il serait illusoire de prétendre infléchir.

Dès lors, il faut imaginer d’organiser l’offre française en deux grands groupes de produits :

– ceux relevant d’un « marketing de l’offre », haut de gamme qui sélectionne ses clients, qui leur propose des produits typés dont il met en valeur les spécificités ;

– ceux relevant d’un « marketing de la demande », capables de répondre aux attentes de chaque catégorie de consommateurs, de chaque moment de consommation, et éventuellement d’évoluer avec chaque mode.

A chaque catégorie correspond des conditions de production, des pratiques œnologiques, et des règles d’étiquetage appropriées, homogènes et comprises des clients et des intermédiaires (médias, distributeurs…).

Et sur la base de ces règles simples et quand les professionnels le souhaitent, il conviendrait de permettre à chaque producteur, dans chaque région viticole, de conduire des vignobles dans l’une et l’autre catégorie, de façon à pouvoir être commercialement présent, s’il le choisit, sur plusieurs segments de marché.

Au sein même de ces deux grandes catégories, une hiérarchisation mériterait d’être redéfinie, reposant sur quelques règles simples : critères de différenciation, traçabilité garantie, cohérence entre régions, rigueur et transparence des contrôles.

Il reviendra à chaque syndicat, dans chaque catégorie, de vérifier si son positionnement commercial est conforme à sa situation réglementaire actuelle, et d’en tirer les conséquences.

Ces propositions correspondent à un objectif d’évolution et de progrès sans rupture brutale avec les situations existantes pour ne pas compromettre les positions commerciales acquises.

1. Vins relevant d’un marketing de l’offre

Dans cette catégorie le premier critère de référence sera naturellement celui du terroir et de la typicité : c’est donc le domaine de l’appellation d’origine contrôlée.

Mais même dans cette catégorie – et peut-être surtout, car elle propose des produits souvent plus chers s’adressant à des consommateurs exigeants – il convient de mieux répondre aux attentes des marchés et de conduire plusieurs évolutions.

a) Moderniser, actualiser, et harmoniser les textes réglementaires encadrant les AOC : réécriture des décrets selon un schéma type, plus complet que les textes actuels, redéfinition des règles d’agrément et des procédures de délimitation…

b) Intégrer, en sus de la garantie d’origine, une véritable exigence de qualité : pour le consommateur, l’AOC est désormais associée fortement à la qualité, et s’il est déçu, il abandonne le produit et lui substitue un concurrent.

c) Faire évoluer le plus rapidement possible tous les dispositifs de contrôle avec trois priorités :

– renforcer les contrôles des conditions de production ;

– consolider les dispositifs d’agrément, en clarifiant les rôles respectifs de ceux qui définissent les règles et de ceux qui en contrôlent la bonne application ;

– intégrer systématiquement une étape de contrôle de qualité réalisée au plus près du consommateur final.

d) Définir un dispositif national de hiérarchisation, applicable de façon homogène dans toutes les régions et pour toutes les appellations, explicable aussi bien aux consommateurs qu’aux viticulteurs, et contrôlable avec une réelle traçabilité.

Compte tenu de l’importance de cette catégorie dans l’offre française (467 AOC, 55 % de parts de marché en volume), il est en effet nécessaire de la segmenter sur la base de principes de hiérarchisation qui soient différenciateurs et clairs pour le consommateur.

La hiérarchisation actuelle des AOC en 5 niveaux (régional ; sous-régional ; communal ; lieux-dits avec Premier Crus puis Grand Crus) est basée en partie sur des acquis historiques et en partie sur des critères objectifs, qui ne sont pas homogènes sur tout le territoire national.

Cette situation nuit à la lisibilité et à la crédibilité de l’offre des AOC vis-à-vis du consommateur.

Le Comité national de l’INAO devra par conséquent redéfinir spécifiquement des critères d’accès aux niveaux d’excellence de la hiérarchisation (par exemple délimitation particulière, rendements plus limités, pratiques culturales et œnologiques plus exigeantes, dispositions plus contraignantes de protection de l’environnement…), qui conditionneront l’utilisation de mentions valorisantes sur l’étiquetage (Premier Cru et Grand Cru).

Par ailleurs, la question de l’identification de domaines ou d’entreprises particulièrement performantes fait débat. Actuellement, il existe des classements d’exploitations dans quelques AOC, et la question de l’élargissement de ces classements individuels aux autres régions de France pourra être approfondie par le Comité National de l’INAO.

En résumé, dans cette catégorie, les vins construisent leur notoriété sur des références aux traditions, au savoir-faire des viticulteurs, vinificateurs, et négociants français : cela impose une méthode de conduite des vignobles et des pratiques œnologiques de type traditionnel, clairement définies et contrôlées. Ces vins, basés sur les terroirs et l’approche traditionnelle, n’utilisent pas la référence au cépage, sauf à titre informatif.

2. Vins relevant d’un marketing de la demande

Dans cette catégorie, marquée par une compétition intense entre des produits de tous les pays viticoles, le premier objectif est de disposer d’une capacité à répondre à des attentes diverses, de s’adapter, voire d’anticiper et d’innover, y compris par une adaptation des pratiques œnologiques pour susciter de nouvelles demandes.

Ce type de marché est dédié aux VDP et aux VDT, identifiés principalement par leurs marques et/ou leurs cépages.

Cela signifie que le recours à des technologies nouvelles (irrigation, copeaux…) doit être accessible dans un cadre rigoureux : expérimentation d’abord, encadrement et transparence ensuite.

Plusieurs évolutions, qui sont autant de chantiers à conduire dans des délais brefs, doivent être prévues :

a) Revoir la hiérarchisation en vigueur dans le secteur des vins de pays : les VDP départementaux méritent expertise, et un dispositif ad hoc d’évolution de certains VDP de petites zones en AOC pourrait être organisé.

b) Faire évoluer les mécanismes de contrôle dans le même sens que celui proposé pour les vins relevant de marketing de l’offre : ne pas être juge et partie au sein de la procédure, et prévoir des contrôles qualité au plus près du consommateur final.

c) Organiser le territoire national en grandes zones, pour que chaque viticulteur puisse être présent sur ce type de produit ; ces zones seront suffisamment importantes quantitativement pour répondre aux besoins du marché, et à titre d’exemple, le Languedoc-Roussillon (avec 8 Mhl de VDP) apparaît comme étant de dimension appropriée.

Le choix d’une réelle mixité permettra en outre un repositionnement des AOC à un niveau mieux adapté et une évolution de l’offre française vers une meilleure adaptation aux marchés. Cette ouverture, qui doit être conduite avec vigilance et progressivité, doit accompagner le développement de débouchés commerciaux sur les marchés internationaux ; cela suppose un partenariat production/négoce actif, fondé sur une réelle politique contractuelle. Un accord cadre sera recherché avant le 31 décembre 2004.

Cette arrivée de nouveaux VDP doit se faire sans déstabilisation des marchés actuels, ce qui suppose le respect de certaines conditions :

– respecter la réglementation VDP, en particulier par
l’agrément qualitatif des cépages, et l’enrichissement par moûts concentrés ;

– être dans une logique de VDP choisi et non de repli ou déversoir d’AOC sans marché ; la transparence au niveau des exploitations sera faite à partir d’un engagement parcellaire pluriannuel (3 ans par exemple.)

Dans ce cadre, la mention du cépage sera réservée aux VDP, après l’écoulement de la campagne 2006.

De plus, il conviendra de veiller, notamment concernant l’étiquetage, à la bonne information du consommateur et à la protection des marques collectives des producteurs.

3. Une gestion par bassin de production

Le principe d’une gestion globale par grand bassin de production apparaît le plus opérant et fait consensus. C’est à cette échelle, dans le cadre interprofessionnel approprié, que s’apprécieront notamment les dispositions relatives à la gestion des marchés et à la promotion des produits : l’intérêt d’une interprofession fédérée par bassin de production est souligné par la plupart des acteurs économiques et sociaux.

Pour l’ensemble de ces orientations, des règles d’application, ainsi qu’un calendrier de mise en œuvre, doivent être arrêtés.

Il reviendra aux instances nationales compétentes (Conseil de direction de l’ONIVINS, Conseil spécialisé vins de pays, Comité national vins et eaux-de-vie de l’INAO) de fixer le cadre général pour leur domaine de compétence.

 

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