Sans Famille

26 décembre 2008

Sans famille, le Cognac le fut longtemps… et s’en porta fort bien. Il était lui et n’avait besoin de personne pour exister, avec ses pompes, ses ors, son interprofession, ses textes. Aujourd’hui, les choses en vont un peu différemment. Les premières élections des délégués du Syndicat général des vignerons Cognac, le 5 février dernier, marque à cet égard une sorte de passage symbolique. Le terme de « vignerons » n’a pas été choisi au hasard. Il fait indubitablement écho à l’univers des AOC. D’ailleurs le syndicat, depuis sa création il y a un an et demi, n’a jamais caché son empathie avec le monde des appellations d’origine contrôlées. Mais chacun sait que, comme une alouette ne fait pas le printemps, un syndicat frais éclos, fut-il général et vigneron, n’a pas les moyens d’imprimer ses vues à toute une région. Il a besoin du concours des autres. Un tel mouvement convergent, c’est justement ce qui pourrait se dessiner autour de l’agrément du Cognac. L’agrément, une pièce maîtresse du dispositif INAO. Le décret de 1936 régissant l’appellation Cognac l’inscrivait déjà à son ordre du jour. Depuis une douzaine d’années, la région, négociants compris, se dit qu’il faudra bien purger la question un jour et que le plus vite sera le mieux. Mais le temps passe. Pourtant, l’abrogation du chai jaune d’or en décembre 1999, suite à la réforme des Douanes, a activé les pendules. Même si les choses sont dissociées, les textes sur le vieillissement, du ressort de l’interprofession, font écho à l’agrément, du ressort de l’INAO. Et comme tout est lié, parmi les autres facteurs convergents, il faudrait citer la réforme de la réglementation européenne et la suppression annoncée de la double fin d’ici à deux ans. Si les vins Cognac n’ont pas vocation à devenir vins d’AOC, ils pourraient peut-être hériter du qualificatif de « vins aptes à élaborer une eau-de-vie », dans la perspective d’une affectation des hectares selon les débouchés. D’où, en corollaire, tout un travail de codification des usages déjà entamé et portant sur les critères de production des vins Cognac via la taille, le degré, etc. C’est la partie amont de l’appellation, celle relative aux conditions de la production, elle-même prévue dans le décret de 1936. En faveur de l’agrément, une autre raison a pu jouer, plus anecdotique mais non moins importante : le besoin criant d’argent du Comité national INAO, aux prises avec une refonte d’envergure. Les subsides tirés de l’agrément Cognac pourraient faire office de manne providentielle.

L’agrément, au cœur du système INAO

Comme déjà dit, l’agrément est au cœur du système des appellations d’origine même s’il n’en constitue que l’une des facettes. C’est l’acte de baptême, la reconnaissance officielle de l’appellation. La procédure d’agrément, et notamment les conditions dans lesquelles elle s’exerce, draine donc des notions fortes comme celle de l’appropriation du produit, la question de savoir qui est détenteur de l’appellation. Un groupe de travail dépêché sur le dossier de l’agrément par le président du CRINAO, Michel Pelletier, est arrivé facilement à une position unique, révélatrice d’un consensus régional sur le sujet : le Cognac est Cognac au sortir de l’alambic. C’est donc à ce moment-là que doit porter la procédure d’agrément. Autre point qui semble acquis : compte tenu des flux propres à l’élaboration du Cognac, l’agrément ne s’exercera pas sur chaque échantillon mais sur un engagement du producteur à respecter la démarche de production d’une eau-de-vie d’AOC avec, tout de même, des contrôles aléatoires par sondages aux plans analytique et organoleptique. La formule se veut simple, efficace et présentant un moindre coût au producteur qui revendique l’appellation et verse donc son obole à l’agrément. A ce sujet, il est d’usage que l’INAO charge le Syndicat de producteurs d’organiser la procédure d’agrément, avec les retombées financières associées à ce type d’opération. Dans l’univers du vin, les choses sont simples. Le Syndicat de producteurs rassemble les viticulteurs ou « vignerons ». Qu’en est-il pour une eau-de-vie, appellation d’origine contrôlée au sortir de l’alambic ? Le 14 septembre 2001, le Syndicat des bouilleurs de profession, au terme d’une assemblée générale extraordinaire, a modifié son intitulé pour adopter celui de « Syndicat des bouilleurs de profession – distillateurs du Cognac pour la défense de l’AOC Cognac ». Pour le Syndicat général des vignerons Cognac, si les viticulteurs ne sont pas les seuls détenteurs de l’AOC Cognac, ils n’en sont pas non plus exclus. A l’instar des bouilleurs de profession « qui doivent faire partie de l’agrément », les viticulteurs n’entendent pas céder leur place, pour la simple et bonne raison que sans le vin provenant de vignobles eux-mêmes implantés sur une aire géographique il n’y aurait pas d’eau-de-vie, même si la distillation constitue un acte important. « Les termes fondateurs de l’AOC sont la notoriété, la typicité, le savoir-faire et le lien au terroir. » Le SGV Cognac pourrait modifier ses statuts pour que les bouilleurs de cru soient nommément cités – on ne saurait être trop prudent – démontrant par là même que les bordures, les contours d’un syndicat des producteurs représentent aujourd’hui un enjeu régional bien réel.

Se rapprochant de la famille des AOC, le Cognac n’est peut-être pas prêt à faire partie « de la famille ». Si tant est qu’il le veuille.

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